Wamba dia Wamba, mission (non)accomplie!

Wamba dia Wamba, mission (non)accomplie!

Le professeur le plus « prof » de la rébellion du RCD a tiré sa révérence à Kinshasa. De tout ce qu’on écrit et dit de lui, il y a un pan de sa personnalité qui n’a pas été exploité : Panafricaniste adulé dans l’Afrique de l’est anglophone, WdW est décédé comme adepte et fan de Bundu dia Mayala de ne Mwanda Nsemi. Le professeur président de la rébellion du RCD vivait un peu comme Landu, le héros du roman « Entre les eaux » de V.Y. Mudimbe. Malgré qu’il est apparu parfumé de connaissances très savantes à la manière de « Giambattista Vico » de Ngal, Wamba dia Wamba s’est retrouvé victime d’un agacement violent face à deux mondes, celui idéalisé comme rêve un séminariste et celui pragmatique où tous les coups sont permis, celui que les Kinois appellent « monde arabe ».

Le professeur Wamba dia Wamba reçut son baptême de feu dès le début de son aventure Rcdienne. Devant les tueries de Kasiki et Makobola qui font encore polémiques aujourd’hui avec la demande de l’expulsion de l’ambassadeur du Rwanda à Kinshasa, le professeur président fit une déclaration humaniste en exigeant qu’une enquête internationale soit diligentée afin de punir ceux de ses compagnons et alliés qui y seraient impliqués. Il oubliait que la guerre tue, et est donc un crime. Il énervait le Rwanda et l’Ouganda, les parrains de la rébellion. De deux, il se vit appliquer le « ciseau d’or » et son message censuré lorsqu’il voulut dénoncer à la nation rebelle les dérives du mouvement. Ses co-légionnaires le mirent en quarantaine jusqu’à lui priver même de l’eau à boire. Ainsi le président pouvait passer toute une journée sans manger ni boire de l’eau. Dans sa naïveté, Wamba dia Wamba découvrit un monde fait d’intrigues et de haine au point que tuer n’était pas une aubaine. Et la preuve en est donnée à sa mort. Aucun chef rebelle (Jean-Pierre Ondekane, Alexis Tambwe Mwamba, Mbusa Nyamwisi, John Tibasima, Ruberwa Azarias, Jean-Pierre Bemba, Moïse Nyarugabo, Roger Lumbala) n’a présenté des condoléances à sa famille. Il en est de même des adeptes de Bundu di Mayala. Soit !

Comme d’ailleurs la plupart de rebelles qui nous dirigent, Wamba dia Wamba fut un leader stressé, frustré notamment à la mort de son mentor, Julius Nyerere. Je me souviens du désarroi qui le prit quand le président Museveni lui demanda de pardonner à Mbusa Nyamwisi et Tibasima Mbogemu et de continuer ensemble le RCD/K-ML. Wamba dia Wamba rétorqua sèchement à son ancien étudiant avec déception : «La mutinerie n’est pas une soirée dansante, Hour Excellency. Ces deux personnes voulaient attenter à ma vie… » La mort dans l’âme, Wamba dia Wamba fut conseillé par d’autres Chefs d’État de la région de quitter l’est de la RDC et de s’installer dans une petite ville de la Tanzanie. Au frais de l’État tanzanien (le professeur panafricaniste vivait toujours aux frais des États de l’Afrique de l’est).

Son engagement aux côtés de ne Mwanda Nsemi

A la clôture du dialogue de Sun City, WdW fut recommandé par le chef de l’État tanzanien auprès de son homologue Joseph Kabila pour un poste ministériel notamment celui de la Coopération régionale qu’il rata au profit de Mbusa Nyamwisi. Et pour cause ? Avant la fin de l’audience lui accordée par le président Joseph Kabila, WdW souleva le dossier BDK et essaya de donner une leçon de droits de l’homme à son hôte. Il perdit le poste lui promis. L’engagement de WdW aux côtés de ne Mwanda Nsemi trouve son origine dans leur Luozi natal. Ils seraient du même village, le village des « illuminés » qui a produit pour la république des personnalités emblématiques comme Simon Kimbangu, le professeur Kinzonzi, Zamenga Batukezanga, l’ancien vice-gouverneur de la Banque centrale Nestor Diambwana, Ernest wamba dia Wamba, ne Mwanda Nsemi. Ce village est connu par ses visions prophétiques et ses prédictions sur les choses à venir. Déçu dans le panafricanisme, WdW opta pour un retour aux sources d’un lignage des «Ngunza illuminés » pour fabriquer le présent sur base d’un passé irréel dans une opération de déconstruction de l’être et dans une ethnicité historique qui produit la dégradation des adeptes du culturalisme ethniciste. Livré à autrui, offert au BDK, exposé comme une proie pour enfin être dénaturé intellectuellement, le professeur sombra dans l’oubli. L’annonce de son décès ainsi que de son enterrement dans le Kongo central ont été faites par sa famille biologique, le détachant pour ainsi dire de cette appartenance (déshonorante) à Bundu di Mayala. La seule fois que l’on vit WdW sourire publiquement, c’est quand il rendit visite à l’un de ses disciples devenu ministre, Thomas Luhaka.

Un sort commun aux seigneurs de guerre

Rattrapé par le tribalisme sur fond de la coutume, de l’ethnicité et de la religion, il rêva désormais à la création d’un État « kongo ». Il entra dans le groupe de ceux qui veulent « balkaniser » en sacrifiant l’unité nationale. Son discours devint ambigu comme pour la plupart de ses compagnons dans la rébellion. Ceux qui sont restés « rebelles » jusqu’au bout vivent totalement déconnectés des dynamiques changeantes de la vie. Ce qui leur donne le visage de la morosité face à la venue sur la scène d’une jeunesse qui ne leur reconnaît aucun mérite et face à leur âge. Ce qui provoque en eux des crises, le désordre, des positions floues et de ramer à contre-courant dans une Afrique qui vivote, s’encanaille.

Dans la poubelle de l’histoire récente de la RDC, on les retrouve confinés et déphasés d’avoir raté le train et de n’avoir pas saisi leur chance, les vivants comme les morts  : les Nkunda, Lubanga, Ntaganda, Mbusa Nyamwisi, Lumbala, Makenga, Runiga… qui ont vécu une sorte de quête du Graal sans savoir où il se trouve. Comme WdW, ils ne connaissent pas les vertus de l’aveu, de la confession ou de l’abréaction. Leaders solitaires et esseulés, ils vivent la solitude prophétique. Par ce que leur désir d’être est devenu source d’inquiétude et d’illusion tant la fibre ethnique bégaie. WdW aurait mal lutté pour libérer le peuple congolais ? On peut le lui concéder sauf que, vivant ou mort, il reste un rebelle.

Au rebelle qui a endeuillé le pays, hommage incertain et hypocrite.

Mathias Ikem

Les Coulisses

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