Une poignée de « Survivants » des tueries des ADF à Kinshasa. Pourquoi faire ?

Une poignée de « Survivants » des tueries des ADF à Kinshasa. Pourquoi faire ?

( Mme Rose Tuombane au front Sukola I visitant les positions FARDC. Photo tierce )

Ils sont une douzaine des « survivants » des massacres de Beni en partance pour Kinshasa au même moment où que 15 députés nationaux atterrissent à Beni pour s’enquérir de la situation du terrain. Conduite par Rose Tuombaene, ces survivants tiennent à expliquer au Chef de l’État le contenu de la nébuleuse ADF/MTM. Ils sont convaincus ou on leur a fait comprendre (c’est selon) que les élus du Grand Nord ont échoué à plaider leur cause. Ils sont aussi convaincus que le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi ne sait pas grand-chose de ce qui se passe au front et que ni l’État-major général FARDC moins encore le comité provincial de sécurité du Nord-Kivu ne communique proprement sur la situation des militaires au front. La délégation a quitté le Grand Nord pour Kinshasa mardi 6 avril 2021. Ce déplacement, fut-il œuvre de charité, suscite quelques interrogations. D’abord de la nature même des personnes choisies et des circonstances de temps. Ensuite, de leur prise en charge totale ( au regard de leur âge avancé) durant leur séjour depuis Goma jusqu’à Kinshasa. Enfin de la pertinence de leur démarche qui semble un double emploi. Ancienne Coordonnatrice de la ligue des femmes du BUREC/Fédération du Nord-Kivu avant de surprendre ses collègues du parti en rejoignant le MSR Muhindo Nzangi, Mme Rose Tuombeane, l’initiatrice de ce plaidoyer, dirige la Dynamique des Femmes pour la Bonne Gouvernance (DYFEGOU). Après avoir constaté l’échec des élus dans la mission de plaider sur les tueries de Beni, elle décide d’aller expliquer au Chef de l’État ce qui se passe dans la région de Beni. Elle astique une stratégie. En février 2021, elle brave la peur et visite les positions militaires au front jusqu’au PK 20 pour palper du doigt la misère des militaires. Dans la presse, elle déclare : «  Si Félix Tshisekedi a la volonté et l’esprit de se sacrifier, ces « tueries inhumaines » de Beni prendront fin. » A en croire ses dires, Félix-Antoine Tshisekedi ne se sacrifie pas assez et n’a pas la volonté de mettre fin à la tragédie de Beni. Voilà pourquoi elle décide d’aller en personne, à la manière de « Hercule » de temps nouveaux, secouer les institutions nationales et les réveiller de leur léthargie cataleptique. Une initiative qui arrive juste après l’agitation provoquée par la déclaration de l’honorable Christophe Mboso, Président de l’Assemblée nationale exhortant les élus du Grand Kivu de quitter les groupes armés. Cela rappelle aussi le jeu de ping pong dans le dossier du cannibalisme des pygmées attribué au MLC de Jean-Pierre Bemba où une délégation de pygmées a débarqué à Kinshasa pour le laver.

Hier maman Sarah… toute comparaison n’étant pas raison.

En 2015, Nicaise Kibel’Bel Oka rend visite à un colonel FARDC à son domicile. Le colonel lui raconte son émerveillement pour le geste patriotique qu’une « brave » femme a posé en faveur des troupes au front. Elle a bravé la peur (comme Mme Rose) et, comprenant la misère des FARDC, a parcouru 5 km sur une moto pour apporter un brasier et un sac de braise (makala) aux militaires au front. Après l’avoir écouté religieusement, Kibel’Bel Oka lui dit : « Mon colonel, cette femme vous a infiltré. » Le colonel pique la colère et lâche : « Journaliste, c’est un gros mot et même une insulte. Je ne te permets pas cela. » Kibel’Bel Oka attend qu’il se calme et lui donne quelques indices pour détecter si infiltration il y a ou non. 5 jours après, le colonel appelle Kibel’Bel Oka et lui confirme  : « Cette dame nous a effectivement infiltrés. Tu as eu raison. » Lors d’une des audiences de la Cour militaire opérationnelle à Beni, l’Auditeur général Tim Munkuto fait comparaître Mme Sarah Muhewa en qualité de renseignant. Devant le double langage de cette dernière, le général Tim Munkuto lit les pages 101-103 du livre de Nicaise Kibel’Bel Oka « L’avènement du jihad en RDC. Un terrorise islamique des ADF mal connu ». A la fin de la lecture de ces trois pages sur les activités de Mme Sarah Muhewa Shingwa, un prévenu ADF à la barre demande la parole et confirme la véracité de ce qui est écrit : « Personnellement, j’ai remis à trois reprises à Bulongo des enfants ADF malades à maman Sarah qui s’occupe de leurs soins. » Sarah changera de statut pour devenir prévenue. Elle avouera sur PV avoir offert l’hospitalité de son corps à des colonels FARDC. Ses descentes aux positions FARDC étaient juste pour servir les ADF. Certains colonels le reconnaîtront à des audiences publiques. Bien sûr, toute comparaison n’est pas raison. Sans mettre en doute le patriotisme de Mme Rose Tuombaene, de même que la confiance n’excluant pas le contrôle, la prudence exige toutefois de se méfier de ces gens qui bravent la peur en prenant leur courage et le risque de parcourir des kilomètres dans uen zone rouge pour compatir avec les militaires au front. Un dicton lingala enseigne : « Moto basui na nyoka abangaka ata moselekete ya pamba – celui qui a été mordu par le serpent a peur même du lézard. »

Ncaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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