Tueries de Kadoghu/Beni (15 oct.2014), une affaire de redevance coutumière abusivement collée au gén. Mundos (FARDC).

Tueries de Kadoghu/Beni (15 oct.2014), une affaire de redevance coutumière abusivement collée au gén. Mundos (FARDC).

Il a fallu un déclencheur pour donner le ton à la série des massacres qui endeuillent Beni ville et territoire. Le déclencheur, c’est la redevance coutumière entre deux familles des Bapakombe qui vivent autour de Beni-Mayangose.

Le 15 octobre 2014, 23 personnes sont lâchement tuées à la périphérie de la ville de Beni. Parmi les personnes assassinées, il y a Posombili Bambiti, chef coutumier de Kadoghu et cousin du chef Mbonguma Kitobi. Tout part de la décision prise par le chef Posombili exigeant à tous les « vassaux » et cultivateurs- locataires des champs de ne plus verser la redevance auprès du chef Mbonguma Kitobi. Cette décision entre en vigueur au mois d’août 2014. Ainsi mwami Mbonguma Kitobi, qui se voit priver de la redevance coutumière, ne peut accepter ni tolérer une telle décision qu’il considère comme un véritable affront et une déclaration de guerre. Au cours d’une palabre de médiation réunissant les deux cousins en conflit ainsi que tous les cultivateurs et les vassaux, le chef Mbunguma Kitobi porte la main sur son cousin et lui promet publiquement la mort. Prenant au sérieux la menace de son cousin Mbonguma et le sachant homme de parole qui ne transige pas, Posombili Bambiti entre en clandestinité. Pour rappel, mwami Mbonguma Kitobi gère une milice et avait participé à l’attaque du CBR Nyaleke et de la position des gardes parc de l’ICCN avec Selly Kawa Bana (commandant de la milice FOLC) en 2010. Recherché comme il l’avait pressenti par les sbires de son cousin Mbonguma, le chef Posombili Bambiti se cache tantôt à Maboya, tantôt à Ngadi où il passe ses nuits. Découvert dans sa cachette à Ngadi le 15 octobre 2014, Posombili Bambiti, croyant ne pas être repéré, se résout à rejoindre son fief de Kadoghu vers 15 heures. Mais les hommes de son cousin ont le flair et le cible. Il est assassiné vers 23h30 avec 22 autres personnes chez lui à Kadoghu. Au matin, le chef Mbonguma Kitobi fera une visite des lieux pour le décompte macabre et se rendre compte de ceux qui, par malchance, ont péri avec la cible visée et atteinte. Mais comme il n’y a pas de crimes parfaits, Mbonguma Kitobi alerte la sœur de son cousin vers 4 heures du matin et lui annonce l’assassinat de son frère.

Pour comprendre ce qui est advenu et qui a totalement changé le visage des opérations Sukola I cassant ainsi la timide collaboration entre les FARDC et la population, il faut remonter dans le temps où le RCD/K-ML contrôlait cette partie du territoire national. Les Bapakombe sont une communauté ethnique habitant les deux côtés de la Nationale 4 (la périphérie de la ville de Beni) jusqu’à l’aéroport de Mavivi. Les deux familles régnantes se sont partagées les deux rives. La famille du mwami Grégoire Kitobi gère la partie gauche qui va de la rivière Munyabelu jusqu’à l’aéroport de Mavivi et couvre la partie appelée « Masiani ». La résidence royale y est même bâtie à quelque deux cents mètres de l’Université Chrétienne Bilingue du Congo (UCBC). La partie Mayangose composée de trois agglomérations (Kadoghu, Tubameme et Kasinga) revient à la famille Posombili. Cette partie très fertile est disputée avec l’ICCN. A la mort du chef Posombili, la partie revenant aux Posombili est laissée sous la gestion du mwami Grégoire Kitobi qui est obligé de verser une partie de la redevance à la succession Posombili. Le mwami Grégoire Kitobi, sur sollicitation des autorités du RCD/K-ML, désaffecte la partie Masiani qui lui appartient et le lotit au bénéfice des cadres du RCD/K-ML. En contrepartie, le RCD/K-ML lui promet la récupération de Mayangose, la partie du Parc national des Virunga et l’aide à monter une milice pour affronter les gardes parc. Ce qui fut fait. A sa mort, son fils Mbonguma Kitobi refuse de verser la redevance aux ayant droit, les Posmbili. Le mwami Posombili Bambiti convoque tous les cultivateurs et les vassaux et leur demande de ne plus verser la redevance qui lui revient de droit et de coutume à son cousin Mbonguma d’autant plus que le père de Mbonguma avait vendu et/ou cédé ses terres aux cadres du RCD/K-ML. En effet, les terres cultivables de Mayangose sont louées aux cultivateurs Nande venus de Lubero moyennant la redevance qui varie entre 25 et 60 dollars $. La milice héritée de son père, composée de quelques « Démob » de l’APC et des maï-maï, vise d’abord tous ceux qui avaient suivi Posombili et, par le fait même, ont désobéi à l’autorité de Mbonguma. Naturellement, les victimes de cette folie meurtrière se comptent en très grand nombre dans la communauté des cultivateurs Nande venus de Lubero. Dans la foulée, les cultivateurs venus de Lubero sont accusés d’avoir trahi la confiance du mwami Mbonguma et désormais « envahisseurs » sur des terres qui ne leur appartiennent pas. Les massacres de Beni qui avaient débuté timidement, prennent une vive allure dès cette date. Les habitants de Beni et ceux qui ont assisté aux audiences de la Cour militaire opérationnelle ont retenu certains noms comme Shayitera, Kasereka Léandre,Thomas Salongo, Mbula Olenga, Kapisa Emmanuel, Moto Kambale Yes, Kasereka Shayikolo Jonas ( tradi-praticien ), Kas Kas, Kangeneti, Kiandenga (chef maï-maï qui tue actuellement en complicité avec les ADF), Pharaon (qui avait fait passer le message demandant à la population de se retrouver chez le capita Karos avant d’exécuter une cinquantaine de cultivateurs). Après l’assassinat du chef Posombili à Kadoghu, la milice de Mbonguma Kitobi a continué la sale besogne avec une rare violence à Vemba et Masulukwede.

Tout Beni se souvient du miracle d’un bébé, baignant dans le sang aux côtés de sa mère, qui a souri au tueur lorsqu’il voulait l’écraser avec le pilon et ce sourire, don de Dieu, a permis de sauver ce jour-là ceux qui restaient en vie afin de témoigner. La comparution de Mbonguma Kitobi ( voir photo)et ses crises de nerf (hallucinations) à l’endroit où avait été déposé le corps de son cousin Posombili (comme l’avait souligné l’Auditeur général Tim Munkuto) ainsi que les révélations des témoins avaient surpris le public qui assistait aux audiences.

Comme on peut le constater, les massacres de Beni ont commencé par une affaire de redevance coutumière entre deux cousins avant de se poursuivre dans une sorte de chasse aux sorcières. Nulle part, jusqu’au soir du 24 octobre 2014, un seul nom des FARDC n’avait été cité. Comme avec l’ancien ministre des Affaires étrangères de Mobutu, Jean de Dieu Nguz Karl i Bond qui déclarait à la face du monde connaître le charnier du massacre de Lubumbashi, un autre ancien ministre des Affaires étrangères (cette fois-ci) de Joseph Kabila emprunta le même chemin en annonçant urbi et orbi avoir été informé des tueries quelques jours avant et en mettant les tueries sur le compte du général-major Akili Muhindo Mundos. Comment pouvait-on coller abusivement pareil crime au général Mundos et aux FARDC ? Avait-on bénéficié de toutes les informations sur le dossier Mayangose qu’on était sensé mieux connaître en tant que président de la rébellion du RCD/K-ML et Commandant suprême de l’APC ? Et si la bonne foi ajoutée à l’émotion avait été trompée (ce qui est possible et humain), pourquoi ne pas le reconnaître et présenter les excuses pour le préjudice commis ? Ce n’est pas de la faiblesse mais une vertu. Cette tonitruante et surprenante déclaration permit aux experts et chercheurs du monde entier de se déchaîner sur les Forces armées de la RDC et de brouiller toutes les pistes de l’ennemi afin que les massacres se perpétuent dans un flou artistique. Mais pour quels objectifs obscurs ? Certes, dans toute guerre participent la manipulation, la désinformation et l’intoxication puisque la communication est à la guerre ce que le carburant est pour le véhicule. Passé l’euphorie, de plus en plus, cette thèse des FARDC qui tuent la population de Beni se dilue d’elle-même et vole en fumée. Malheureusement, elle contribue à la banalisation des massacres dès lors qu’elle leur ôte toute raison de leur commission. Les populations de Beni se sentent abandonnées par le monde entier. Les conséquences de telles accusations gratuites et déroutantes sans démonstration d’aucune preuve concrète sont incalculables sur la conduite des opérations au front, sur la population qu’on égorge et qui ne sait plus à quel saint se vouer, sur la collaboration indispensable FARDC-Population pour vaincre l’ennemi et sur la vitalité des terroristes islamistes ADF/MTM et des groupes armés locaux qui sont leurs béquilles. A ce jour, ceux qui ont reçu mission de compter les morts avancent les chiffres de plus de 3.500 civils tués et près de 2 mille FARDC morts sur le champ d’honneur. Et la série noire continue sans désemparer.

Nicaise Kibel’bel Oka

Les Coulisses

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