Sur les traces de Kanyamuhanga. Le Gén. Obed rend visite à Nicaise K. Oka

Sur les traces de Kanyamuhanga. Le Gén. Obed rend visite à Nicaise K. Oka

(Goma. Le Lt-général Obed ( à droite) écoute attentivement son frère Nicaise. )

« Nicaise, je t’envoie Obed. C’est ton frère. Encadre-le. » En ce mois d’avril 1999, lorsque mon télécel sonne, c’est la voix du gouverneur du Nord-Kivu, Léonard Kanyamuhanga. Il ne me dit pas qui est ce jeune frère qu’il me recommande mais il ajoute : « Il est de la famille. » Ainsi donc, nous avons vécu sous le même toit dans la villa en diagonale de ce qui est devenu aujourd’hui « Kivu Lodge » avec le commandant Obed durant une année. Bien avant l’arrivée du commandant Obed, lorsque je logeais sur Corniche à 300 mètres de l’actuelle résidence officielle du gouverneur, Léonard Kanyamuhanga m’invita à son bureau et me dit ceci : « Nicaise, si tu veux bien vivre au Kivu, oublie que tu es Kinois. Ici, il y a trop de haine gratuite. Pour t’éviter tout désagrément, je mets à ta disposition mon propre domestique, le vieux Patrice. »

Vingt ans après la mort de mon ami personnel, Léonard Kanyamuhanga, le commandant Obed devenu lieutenant-général des FARDC décide de venir me voir. Poussé par on ne sait quelle force mystérieuse, le Lt-général Obed m’écrit ces mots : « Nicaise, je dois venir manger chez toi. Fais de ton mieux, il faut que je mange chez toi. » Vite, je me souviens de l’histoire biblique de l’ « Enfant prodigue ». Comme l’enfant prodigue, le Lt-général Obed avait senti le besoin de venir vers le « père ». Oui, il avait faim. De cette faim spirituelle qui exige la reconnaissance du « père » pour se réconcilier et reconstituer la famille. Pour obtenir le « lupemba », la bénédiction. Dans cette rencontre autour d’un copieux repas, nous parlâmes de quelques souvenirs vécus ensemble à la résidence de Himbi. On évoqua le vieux cuisinier Patrice. Le vieux Patrice était l’œil du gouverneur. C’est lui qui faisait des rapports au gouverneur Kanyamuhanga sur le comportement d’Obed. Un jour, Léonard Kanyamuhanga m’invita au cabinet après un rapport du cuisinier Patrice qui accusait Obed de rentrer souvent en retard et/ou d’amener inutilement du monde à la maison. Ce qui mettait Nicaise mal à l’aise. On causa assez longuement. Chaque fois qu’il s’agissait de parler d’Obed, le gouverneur avait toujours un mouchoir en mains donnant l’impression d’être enrhumé pour essuyer discrètement les larmes. Ce jour-là, en discutant sur Obed, je remarquai les larmes sur les joues du gouverneur et je lui demandai : « Excellence, vous pleurez ! Mais pourquoi ? » Il voulut se dérober mais devant mon insistance, il m’ouvrit son cœur : « Je t’ai envoyé le jeune homme pour l’encadrer afin de former une famille. Mais j’ai comme l’impression qu’il échappe à ton contrôle. » Je réagis directement : « Mais, il est militaire et adulte. Il a ses fréquentations. Je ne peux pas le forcer ni lui donner une ligne de conduite. Et puis, est-ce que cela doit vous pousser à pleurer, Excellence ? Je ne comprends toujours pas pourquoi vous vous faites tant de soucis sur Obed. » Le gouverneur Kanyamuhanga m’observa d’un regard lourd puis lâcha : « Obed, c’est mon fils aîné. » On se regarda sans parler et je compris le reste sans poser d’autres questions. Une autre fois, le vieux Patrice fit un autre rapport. Obed inondait la maison de ses amis militaires et leur escorte. Et qu’à chaque fois, le vieux Patrice devait refaire la cuisine pour moi. Dégoûte, je décidai de ne plus manger à la maison. Je mangeais chez mon ami et frère Kalé Kakessa de SEP/Congo. Informé, le gouverneur Léonard Kanyamuhanga vint à la résidence un après-midi et me trouva avec Delion Kimbulumpu. Il entra dans la maison, trouva des gardes du commandant Obed confortablement assis, demanda à papa Patrice si Nicaise avait mangé. La réponse était négative. Le gouverneur et moi entrâmes dans ma chambre et on assit sur mon lit. Il était très en colère et ne savait pas articuler un seul mot. On se regarda comme deux muets puis il lâcha : « Dans 30 minutes, je t’attends à la résidence. » A la résidence, on mangea et parla d’Obed. La décision fut prise : «  C’est un militaire. Désormais, il va manger le haricot comme les autres. » Obed ne comprit pas comment le régime alimentaire avait du coup changé. Il devait se contenter de haricot comme les autres militaires. Le Lt-général Obed me répéta les dernières paroles du gouverneur Kanyamuhanga avant de rendre l’âme en prononçant le nom de Nicaise  : « Nicaise veillera sur toi. Tu dois être en bon terme avec lui. C’est le seul frère que j’avais que je te laisse. »

La visite du Lt-général Obed en 21 ans depuis la mort de son père Kanyamuhanga chez-moi fut une très grande joie. Une joie contagieuse nous enveloppa pour nous sentir si proches et vraiment frères. Le général Obed est venu deux fois à Beni en mission officielle, jamais il ne m’avait cherché. Même lorsque je venais au CHESD, alors que des officiers généraux me félicitaient sur mes interventions, avec le général Obed, on se saluait et c’était tout. il n’a jamais  su que chaque fois qu’un général FARDC lui parlait de Nicaise, c’était à ma demande . Parce qu’il est mon frère, le fils de mon ami. Pourquoi ce silence ? Je n’ai pas l’habitude de me poser des questions sur des sujets relevant du mystère. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Avant de partir, je lui remis un exemplaire d’un de mes ouvrages et je lui fis cette dédicace : «  …Celui qui nous a unis est très ravi en ces moments » et je lui fis deux recommandations sur ses jeunes frères, Fred et Emery, et sur l’entretien du caveau familial au cimetière qui porte le nom de celui qui fut pour moi un frère, un ami et un confident.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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