Sukola I. Le gén. Chicko Tshitambue dans le feu de MTM.

Sukola I. Le gén. Chicko Tshitambue dans le feu de MTM.

(12ème partie)

( Le gén. Chicko K. au village Linzanza,route Mbau-Kamango, entouré de ses hommes. Archives Les Coulisses 2019)

Les jihadistes MTM ne dérogent pas à leur méthode, celle d’attaquer le premier mais surtout d’attaquer les unités qui arrivent avant d’être déployées. La guerre asymétrique utilise la ruse dans ses modes d’action. Lorsque le général Chicko Tshitambue prend la tête de la 32ème Brigade Commando de réaction rapide (RR) en remplacement du général Sadiki, il subit le feu des jihadistes MTM. 24Heures après la remise -reprise, son unité subit la première lourde perte : 19 commandos sont tués dans une attaque jihadiste à Ngadi. Le baptême de feu est imparable. C’est l’émoi total. Après avoir coordonné avec le général Marcel Mbangu, commandant secteur Sukola I pour mettre fin aux incursions de MTM dans la ville de Beni, l’heure est au réarmement moral de la troupe par un programme d’entraînement spécifique. Les résultats sont palpables. Février 2019, une douzaine de jihadistes MTM sont tués et des armes individuelles et mitrailleuses récupérées par les éléments de la 32ème Brigade Commando. Ils vont éditer l’exploit le 31 mai en tuant une vingtaine de jihadistes MTM et récupérer une arme anti-aérienne 12.7 mm. Désigné commandant de l’axe Nord (triangle de la mort), le général Chicko Tshitambue choisit le lieu de son campement, installe son QG à Matombe, réorganise les hommes sous son commandement (9 régiments, 1 brigade spéciale et la 32ème RR) jusqu’à reconquérir Madina. Grâce aux rendus MTM, aux otages évadés de la forêt et aux drones à vision nocturne et détection thermique de la MONUSCO. C’est au cours des combats d’une rare violence à Mapobu que l’un de chefs redoutés de MTM, le nommé Nasser Abdu Hamid Diivu alias Kikute est tué avec d’autres barbus à la façon de Ben Laden. Il y a lieu de souligner l’aspect spirituel que le général Chicko imprime à ses hommes et à la guerre. Le général Chicko Tshitambue croit fermement au Dieu des armées et tient à le placer à la tête de ses hommes. Il entame la distribution des sacs de ciment à des églises à Oïcha, institue le jeudi comme jour de l’intercession avec différents pasteurs pour prier pour les hommes engagés au front. Les hommes sous son commandement allient à leur engagement de soldat le ferment de la foi en la victoire. Jusque-là, la 32ème Brigade Commando récolte des succès au front et met les terroristes MTM en déroute. Et ce, malgré la complexité du terrain très accidenté et couvert par une forêt dense touffue. Il rehausse le moral des hommes sous son commandement avec des exemples de bravoure, des actions d’éclat qu’a connus l’armée dans le passé: 312ème bataillon parachutiste à Lomé, Brigade Commado de choc au Tchad, 21ème Brigade Léopard. Des noms sont cités pour pousser le soldat à la hargne : le général Mahele Liyeko Donatien (alors capitaine), le général Ikuku Moboti André. Partant de ce passé élogieux, le général Chicko Tshitambue rappelle la troupe qu’elle doit laisser le passé derrière et qu’elle a l’obligation de s’engager dans sa mission de sécuriser la nation : « Aucune force extérieure ne reviendra rétablir la paix dans notre pays à part les Congolais eux-mêmes. Les autres ne sont qu’en appui. Portez ce fardeau. Battez -vous pour la patrie. » Un général doit savoir conduire ses hommes. Les ennemis de la patrie ne tarderont pas à décourager tous ces efforts. D’abord, par de fausses alertes. Le général Chicko donne sa compréhension des alertes venant de la population : « Je me méfiais des alertes de la population pour des raisons simples. Au début, je suis tombé dans ce piège. Un jour, je reçois trois alertes venant de différentes personnes et de différents coins. Ces personnes me signalent les positions de l’ennemi. Je déploie les hommes pour la première alerte. Je fais de même pour la deuxième alerte. La troisième aussi. Juste après, il y a une attaque visant mon QG. Nous avons failli perdre notre QG avec tout l’arsenal logistique. J’ai compris que ces alertes, vidant mon QG de mes hommes, étaient une façon qu’utilise l’ennemi afin de lui permettre de récupérer les armes. »

Vient le gâchis. Contournant nos positions, les jihadistes MTM vont lancer des attaques sur la population civile dans les agglomérations. Les effets attendus ne tardent pas de se manifester. Les politiciens de la contrée, la société civile et les groupes de pression vont récupérer le terrain en s’attaquant aux installations de la MONUSCO. C’est la confusion totale. Les échauffourées avec les forces de l’ordre prennent l’ampleur de l’insurrection. Ce qui va rendre difficile notre collaboration. On va assister à la récupération politique par des analystes de réseaux sociaux avec des analyses erronées de la situation du terrain et du front de leur part mais surtout, chose impensable et inexplicable, la complicité des Maï-Maï avec les terroristes jihadistes dans certaines attaques des positions des FARDC. Cette complicité inexplicable et inimaginable que déplore tout commandant au front dérange totalement le moral des troupes car elle porte atteinte aux efforts de voir la paix revenir dans cette zone. Tant qu’on résoudra pas le problème des maï-maï, on ne sortira pas du gouffre. Autre chose à déplorer dans cette guerre, tout le monde veut qu’on lui explique les stratégies du front. On a des spécialistes partout qui veulent donner des avis même insensés.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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