RDC/Sukola I. Munitions saisies. Les FARDC exigent de démanteler la filière.

RDC/Sukola I. Munitions saisies. Les FARDC exigent de démanteler la filière.

(Caissettes de munitions saisies au camp Général Chicko et auprès du Conservateur de Mutsora)

Controverse autour de cette rocambolesque affaire des munitions en partance pour le parc national de la Garamba. Les communiqués se suivent et ne se ressemblent pas. Différents sons de cloche aussi contradictoires les uns que les autres sont entendus. « Les munitions saisies au camp Cdo Général Chicko samedi 13 et lundi 15 mars 2021 étaient destinées au parc de la Garamba. Le Directeur de ce parc se ravitaille à partir de Beni auprès des FARDC, malheureusement pas de façon officielle. Ces munitions ne sont pas destinées à des fins subversives ou à des massacres de la population comme d’aucuns peuvent le penser. » C’est la première réaction d’une source fiable qui a requis l’anonymat enregistrée par la Rédaction du journal Les Coulisses. Les officiels de l’Institut congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) que nous avons abordés sont catégoriques sur ce point : « L’ICCN est une institution de l’État congolais. Par conséquent, il ne peut pas se comporter comme un groupe armé. Sa mission fait de lui un partenaire privilégié des FARDC. On veut nous opposer aux FARDC. »

Mais pourquoi Beni où il y a des opérations Sukola I contre les terroristes de MTM ? La réponse nous est donnée par une autre source de l’ICCN : « Les aides que Garamba reçoit dans la lutte contre les groupes armés surtout la LRA et les rebelles du Sud Soudan ne suffisent pas. Le Directeur de la Garamba cherche les munitions pour le parc, et ce, auprès des FARDC qui dotent les parcs des armes. Les gardes parc sont régis par le code militaire et les statuts de l’ICCN. Seulement, leur armement est limité. »

La justification de l’incident survenu au camp Général Chicko serait due à la mauvaise répartition du « pourboire », a-t-il renchéri : « D’habitude, pareil ravitaillement est accompagné d’une motivation symbolique qu’on alloue aux FARDC qui nous servent. De tels incidents malheureux sont souvent dus à la mauvaise répartition du pourboire. Alertés, ceux qui ne sont pas au courant crient au trafic de munitions alors qu’il en est rien du tout. » Du côté des FARDC, on allègue que l’ICCN est doté en armes, munitions et tenues par le gouvernement et que toute sortie de munition doit être accompagnée d’un Bon de commande et de livraison (BCL) dûment signé. S’il existe, on le présentera au magistrat militaire qui instruit le dossier. Patience exigée !

Dans un communiqué signé le 22 mars 2021 par le général-major Léon-Richard Kasonga et parvenu à notre rédaction, Les FARDC demandent que les enquêtes déterminent les complices en remontant la filière et les coupables soient jugés . Elles insistent sur le caractère individuel de l’infraction qui ne doit pas mettre en cause les efforts et le sacrifice fournis par les FARDC au front pour ramener la paix à Beni et dans l’ensemble du territoire national. Le communiqué des FARDC, qui félicite en passant les services spécialisés de la 32ème Bde RR/Cdo basée au camp général Chicko, est tombé comme un couperet. Les FARDC exigent de la Cour militaire opérationnelle de démanteler la filière et de punir les coupables désignés au sein de l’armée nationale. Ce qui jette le pavé dans la marre et dévoile qu’il y a bien eu infraction.

Naturellement, l’ICCN devrait aussi ouvrir une enquête à l’interne. Les objectifs de l’ICCN, à ce jour inadaptés et périmés, peuvent se résumer à assurer la protection de la faune et de la flore dans les réserves naturelles, intégrales et quasi-intégrales (La loi n°75-023 du 22 juillet 1975 portant statut de l’IZCN dote les conservateurs des réserves naturelles des pouvoirs d’officiers de police judiciaire et dispose que leur compétence matérielle est limitée aux infractions à la législation sur la chasse et la pêche et à la législation sur le régime forestier). Depuis 1994, le déferlement de la presque totalité de la population Hutu rwandaise au Kivu a rendu les objectifs de l’ICCN, organisation paramilitaire visant la répression des infractions, totalement inopérants et désuets. L‘ICCN s’est retrouvé impuissant face aux bandes et groupes armés mieux lotis en armes et munitions que le garde parc. Dans l’entre-temps, les enquêtes de la Cour militaire opérationnelle soutenue par l’État-major général des FARDC continuent normalement. De même que les spéculations et l’intoxication de ceux qui veulent se réfugier derrière cette triste affaire pour cacher leur responsabilité dans le drame de Beni.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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