RDC/Nord-Kivu. États généraux de la presse. L’essoufflement ?

RDC/Nord-Kivu. États généraux de la presse. L’essoufflement ?

(Les journalistes du Grand Nord lors de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse. Archives Les Coulisses).

Le staff actuel de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), section Nord-Kivu a lancé les travaux des États généraux pour débattre en profondeur de la question de la presse au Nord-Kivu qui traverse, depuis qu’elle existe, une crise déontologique et financière. Dans l’esprit de ceux qui ont pris l’initiative, ces travaux se voulaient une analyse de le presse du Nord-Kivu partant du diagnostic puis une projection dans les 10 prochaines années. Les participants devaient sans complaisance opérer ce corps malade avant d’arriver à élaborer une feuille de route qui puisse l’aider à améliorer les conditions de son travail. Lancés sur les chapeaux de roue et dans une opacité financière indigne de résultats qu’on devait y attendre, les États généraux de la presse avaient une durée de 30 jours. Curieusement, l’élan du départ a cédé à l’essoufflement avant même d’atteindre la moitié du parcours. On croirait que la proclamation de l’État de siège a porté un coup fatal aux travaux. D’où la question de l’opportunité et du bien-fondé d’une telle initiative sur promesse d’argent.

Diagnostic et thérapie

Partant du principe que l’on ne soigne que la partie du corps qu’on présente au médecin, en toute sincérité, l’on peut vite dire que dans le cas d’espèce, le malade et le médecin furent le corps infecté et affecté. Difficile alors d’exiger mieux. En gros, deux grandes plaies gangrènent la presse particulièrement celle du Nord-Kivu, à savoir la méconnaissance de l’éthique et déontologie et la non-viabilité en tant qu’institution productrice de moyens financiers et de vie meilleure. Le tout reposant sur le comment on accède à cette qualité et le financement des organes de presse pour les rendre rentables et concurrentiels.

1. Le Code de déontologie

Instrument de régulation des médias par les médias eux-mêmes, le code de déontologie des journalistes se veut un code civil de comportement qui fait appel à la solidarité et au respect des personnes. En supposant que le journaliste, de par son éducation et sa formation (instruction) est une personne responsable. Dans les rédactions des années 1990, l’on devait naturellement et obligatoire passer deux (2) années comme journaliste stagiaire certifiées par une carte de l’Union de la Presse du Zaïre (UPZa). Ce n’était qu’au bout de deux années passées dans le métier comme journaliste stagiaire que l’UPZa devait octroyer la carte de journaliste professionnel. Les Rédactions étaient bien connues. Les dérapages étaient assez contrôlables du simple fait que les radios et les chaînes de télévision privées étaient à compter sur les bouts de doigt de la main. Il n’existait pas d’internet (presse en ligne). La plupart de journalistes avaient une formation de qualité et un cursus universitaire solide. Métier exaltant, le législateur avait établi l’équivalence de niveau d’études et de fonctions et de grades avec la Fonction publique (Loi du 2 avril 1981). Alors que le premier instrument du journaliste est la langue (qu’il doit maîtriser correctement), de nos jours, on accède à la fonction de journaliste sans stage certifié par l’UNPC mais surtout avec des ateliers de renforcement de capacité financés par des ONG. Or, on ne peut renforcer les capacités que de celui qui en a déjà. Au Nord-Kivu, les quelque 200 radios télévisions sont confessionnelles, communautaires soutenues par des ONG occidentales qui distribuent des émetteurs ou par des hommes politiques et/ou hommes d’affaires qui recrutent des militants souvent sans niveau pour animer des émissions et faire des relais d’autres chaînes. Sans aucune notion d’éthique et déontologie. Chacun appréciera le contenu de nos programmes. De ce point de vue, il est difficile d’évaluer le degré d’honnêteté dans l’exercice de ce métier. Laissé à la merci de plus audacieux et de faux braves, le journalisme est devenu un mercenariat où l’on se lève le matin avec la question de « qui extorquer la journée ? ». La recherche effréné du coupage pour la survie a entraîné le manque de respect envers les pairs et de solidarité dans la corporation. On n’est pas surpris de vivre sur les réseaux sociaux des injures contre des confrères par des journalistes, que des journalistes se contredisent sur le même sujet du jour au lendemain, que des articles sont écrits sans maîtrise de la langue, avec des fautes impardonnables. La solidarité est appliquée suivant qu’on est d’une même obédience politique ou communautaire. Le cas de la journaliste Gisèle Kaj est frappant. Journaliste à la Radio Okapi, Gisèle Kaj a vécu une injustice et une indifférence dont le silence pèse jusqu’à ce jour. Des journalistes, tout en réclamant de l’État la dépénalisation, n’hésitent pas à porter plainte contre les pairs au parquet pour diffamation, menaces de mort ou injures. Le métier est livré à des mains inexpertes, des agitateurs qui n’ont pas de lignes éditoriales ni les compétences requises. Pire, qui n’admettent jamais la critique, même quand elle sert la vérité. Combien sont-ils de journalistes qui ont ouvert un livre et l’ont lu en 2020 ?

2. Rentabilité, viabilité et mercenariat

Contrairement aux médias occidentaux financés à 100 % par des multinationales, les médias en RDC singulièrement au Nord-Kivu ne remplissent pas les conditions d’être appelées « entreprises de presse ». Un média, c’est d’abord la Rédaction (bureau équipé et personnel formé), instance capitale pour débattre des orientations, du journalisme dans tous ses aspects notamment de la formation et de mise à niveau. Combien de médias disposent de salles de rédaction sinon celles qui leur ont été cédées par leurs patrons pour le cas de Radiotélévision ? La presse écrite, dans ses difficultés et abandon, est quasi inexistante au Nord-Kivu. C’est un genre difficile et exigeant pour les fainéants. Elle n’est pas équipée. L’on a beau vanté la presse en ligne croyant qu’elle remplacerait les médias traditionnels. En Occident, aucun média traditionnel n’a abandonné sa production. Bien au contraire, ils ont continué à diffuser avec ajout des sites web parce qu’ils savent que leur survie en dépend. Lors des points de presse du gouverneur de province qui ressemblent à des meetings, on est sidéré de compter au moins 100 journalistes qui attendent le coupage. Le coupage est distribué selon l’obédience et la bonne humeur du relai. La plupart de ces journalistes n’ont de rédaction ( ambulantes) que leurs cartables et leurs téléphones portables et viennent se reposer au centre de presse (marché commun), don de la MONUSCO. L’époque où les RédaChef désignaient des confrères selon leur maîtrise de domaines pour couvrir des activités au regard des invitations déposées aux rédactions, l’époque où on félicitait les journalistes pour leur plume ou leur voix, cette époque -là est révolue. A Goma, par exemple, les journalistes sont regroupés selon l’odeur de l’argent. Ils sont triés lors du partage du coupage. On trouve des « spécialistes » du gouverneur de province, des « experts » sur l’ex-1ère dame, des « spécialistes » d’un tel ou tel autre homme politique. Il existe un groupe des frustrés, né de l’exclusion lors de partage du coupage. Les JAPA (Journalistes attachés au pied d’avion). Ces confrères se sentant exclus des points de presse payants monopolisés par le cercle fermé autour de la présidente de l’UNPC, ont décidé d’installer leur bureau debout à l’aéroport pour ne manquer aucune arrivée des autorités et autres personnalités qui débarquent ou embarquent. Ce sont eux qui annoncent les arrivées et les départs des visiteurs. Eux aussi ont verrouillé leur domaine. D’autres se sont fait baptisés journalistes « scientifiques » se moquant de ceux qui doivent apprendre le métier.

La précarité des conditions de vie et de travail des personnes comme de nos organes de presse ne peut être résolue par une simple bonne intention mal exprimée par une poignée de gens. Ceux qui ont un niveau requis n’ont pas d’excuse car le savoir appris et cultivé ne peut jamais justifier ce comportement mesquin ni la nature intellectuelle mercantiliste de nos médias. L’éthique ne peut se comprendre que dans l’engagement des journalistes à honorer la dignité humaine en eux-mêmes et chez les autres membres de la société. Et la conscience du journaliste reste le premier tribunal, sa première déontologie.

Conclusion

Comme presse du Nord-Kivu, nous avons du travail à faire pour construire une vraie presse responsable capable de relever les nombreux défis de notre province. On n’apprend jamais le journalisme dans les réseaux sociaux. Dans les écoles de journalisme ou celles qui organisent les SIC, tant qu’on ignorera que l’information est un produit commercial et de ce fait, exige qu’on enseigne aux futurs journalistes les notions de rentabilité et de management, tant qu’on ne séparera pas l’information représentée par la Rédaction et la commercialisation des produits de presse relevant de la publicité, rien de nouveau sous le ciel congolais. Tant que, dans la filière de formation, on n’intégrera pas les notions du droit pénal qui constitue une épine sur la responsabilité des journalistes mais également la manière de diffuser les informations après vérification, nous resterons une presse pauvre oreille attachée à Rfi ou VOA, BBC et autres leur faisant une confiance absolue. De ce fait et sans niveau minimum de formation, la presse du Nord-Kivu, dans la multitude de ses organes, sera incapable d’élever le niveau intellectuel de nos populations. Et les états généraux de la presse au Nord-Kivu, mort né, auront servi de tentative de blanchiment d’argent.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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