RDC/Nord-Kivu. Balkanisation par essai et erreur. Cas de Beni.

RDC/Nord-Kivu. Balkanisation par essai et erreur. Cas de Beni.

(Cette phot magnifie l’innocence de cet enfant utilisé par les manipulateurs).

Depuis trois semaines, le Grand Nord de la province du Nord-Kivu livre un spectacle dont seuls les commanditaires savent la trame. Barricades des rues, marches pacifiques des groupes de pression, affrontements avec les forces de l’ordre pour obtenir le départ de la MONUSCO. Comme par enchantement, l’exigence du départ de la MONUSCO bascule en celle de la présence du Chef de l’État à Beni. Comme par hasard, certains élus nationaux quittent Kinshasa juste après la publication du gouvernement et se retrouvent à Beni. Que cache ce débarquement ? Dieu seul sait. Comme par miracle, naît une « Jeanne d’Arc » insufflée par le Saint Esprit qui a reçu mission de conduire la guerre aux côtés du Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi. Comme par surprise, les « élèves et écoliers » désertent les salles de classes pour un sit-in à la mairie et y passent nuit. Comme par enchantement, « leurs » parents leur apportent à manger. C’est de l’irresponsabilité pour ces parents qui veulent utiliser les enfants comme « chair à canon ». Comme par enchantement, les femmes de Beni (comme à l’époque avec les Kimbanguistes avec cette différence que les Kimbanguistes portaient des sacs pour le repentir en reconnaissance de nos péchés) sortent des toits conjugaux, portent des sacs en guise de deuil et descendent dans la rue le lendemain. Tous ont désormais une revendication : la présence du chef de l’État à Beni. Pendant trois semaines (et cela va se poursuivre), l’autorité de l’État est foulée aux pieds. Toutes les activités dans les villes et cités du Grand Nord sont paralysées. La population a pris la place de l’État et le défie avec joie et encouragements. Personne de sensible ne peut se réjouir de ce qui se passe à Beni mais l’on doit se demander si l’approche actuelle est la meilleure de toutes. Pas du tout. Elle fait le lit de l’ennemi. Tous les ingrédients qui accompagnent le processus de la balkanisation de la RDC à partir du Grand Nord sont réunis. Au-delà du vrai problème de l’insécurité entraînant violences, tueries et déplacements des populations, le message est capté 5/5 : « Nous avons marre de vivre avec vous. Nous sommes assez mûrs pour nous prendre en charge. Nous l’avons démontré à l’époque du RCD/K-ML. Nos enfants peuvent nous sécuriser mieux que les FARDC. »

Personne de commanditaires n’est dupe pour croire que la présence de Félix-Antoine Tshisekedi mettra un terme à la violence et aux massacres de la population de Beni. De la même façon, ils ont compris que la MONUSCO ne partira pas à travers des marches, ils ont mis en place le Plan B. Tshisekedi à Beni ou rien. La gestion médiatique de la violence passive notamment sur les réseaux sociaux a pris le dessus sur la vraie réflexion pour un problème national. On assiste à la passivité de tous les leaders et notables, toute foi confondue, comme si tous étaient tombés dans le piège de la simplification du problème de l’insécurité et de la violence dans la région. Comme si tous ont donné leur caution à ce Plan B. Personne ne pose ni se pose la question sur la nébuleuse Madina at Tawheed wall Muwahedeen (MTM). D’ailleurs, ils ont fini par dire que c’est une invention. Et, pour opérer aisément, l’ennemi a besoin d’une couverture qu’on lui donne gracieusement. Personne ne pose ni se pose des questions sur ceux qui ravissent des armes aux forces de l’ordre. Des maï-maï, n’y touchez pas. Les « élèves » enflammés en train de se construire même des toilettes. Des femmes dans la rue face aux forces de l’ordre. Ce spectacle mécréant est à la fois rocambolesque, douloureux et révoltant. Nulle part ailleurs on sait se moquer des FARDC que dans le Grand Nord. Nulle part ailleurs on a déjà désigné son bourreau : le Rwanda et les FARDC. Et cette paix, de quelle autre force viendrait-elle si on n’a pas confiance en ses forces de défense et de sécurité ? Que veulent toutes ces personnes qui exhibent leur colère, somme toute légitime, en prenant pour prétexte la présence du Chef de l’État à Beni ? Entre guerre et paix, qu’ont -elles choisi ? Soit on pose très mal les conditions pour des solutions à la paix, soit on fait express pour faire appliquer le Plan B, celui de la balkanisation du pays. Le temps de revenir aux bons sentiments est venu. On doit sortir de la logique dépassée que la guerre est exclusivement militaire. Elle est désormais plus globalisante et systémique. Et l’ennemi sait tirer profit du désordre et de la désunion pour mieux opérer. Croire que Félix-Antoine Tshisekedi peut seul, comme par une baguette magique, sans l’appui de la population mettre fin aux massacres à Beni, c’est tromper sa conscience. Pourquoi ne pas appuyer le message des évêque de la CENCO qui plaident pour une force genre « ARTEMIS » à Beni ? Pourquoi ne pas laisser l’Assemblée nationale constituer sa commission pour s’imprégner des réalités de cette insécurité ? Pourquoi quitter précipitamment Kinshasa pour rentrer dans son fief ? Enfin, pourquoi perdre la foi en Dieu ?

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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