RDC. Maladroite réaction du gén. T. Lion (MONUSCO) à l’annonce des troupes kényanes.

RDC. Maladroite réaction du gén. T. Lion (MONUSCO) à l’annonce des troupes kényanes.

« Nous souhaiterions avant toute intervention conjointe avec les militaires kényans, un toilettage puisse être fait dans tous les services à Beni. Même aux frontières, notamment à Kasindi. » Pour le général Thierry Lion, commandant a.i . des troupes onusiennes en RDC, « les ADF bénéficient du soutien des agents de renseignements congolais. » Thierry Lion semble tomber dans le piège d’une communication complaisante qui échappe aux réalités du terrain. Bien avant lui, un de ses compatriotes manipulé par JMAC, est tombé dans ce piège lors de l’atelier organisé au CHESD en juin 2019 par l’État-major général des FARDC. Nous l’invitons à lire utilement les deux ouvrages de Nicaise Kibel’Bel Oka « Jihad en RDC. Un terrorisme islamiste des ADF mal connu », paru en 2016 et « Jihad en RDC. Exhortation, témoignages et vitalité des ADF/MTM », paru en 2019 notamment le Chapitre 3, les deux aux Éditions Scribe/Bruxelles. La réaction inappropriée du général Thierry Lion à la décision du Chef de l’État d’un pays qui se veut souverain ne peut qu’étonner les non avertis. Rien à dire, la MONUSCO se considère comme dans un territoire conquis. Quelques jours avant, le général Thierry Lion avait déclaré  : « 12 mille hommes, c’est insuffisant pour ramener la paix dans le territoire de Beni. » De qui se moque-t-on alors ?

Pour comprendre la malheureuse réaction du général Thierry Lion, il faut remonter à la création de la FIB. Le président Joseph Kabila réalise que les casques bleus de la MONUSCO ne pourront jamais ramener la paix à l’est du Congo (le président Museveni les appelle des touristes) et qu’il faille recourir à une force de la CIRGL. Le 24 février 2013, un Accord cadre est signé à Addis-Abeba pour une Force internationale Neutre (F.I.N.) Aussitôt, les Nations-unies s’y opposent, prétextant rester dubitatives sur une solution militaire au regard des attitudes du Rwanda et de l’Ouganda. Toutefois, les Nations-unies proposent la nomination d’un Représentant spécial pour les problèmes de l’est du Congo. La solution au départ CIRGL reprise par la SADC et ouverte aux Européens et aux Américains débouche sur la FIB . La MONUSCO voit de mauvais œil la venue d’une force entièrement est africaine. Au sein des Nations-unies, le problème est mal posé : Cette force sera-t-elle en mesure de neutraliser les forces négatives sur une grande étendue du territoire avec 3 mille hommes là où 17 mille hommes ont échoué ? En quoi un Tanzanien serait-il plus motivé qu’un Pakistanais ? » Alors, tous les spécialistes de la RDC interviennent et concluent : « Du point de vue militaire, une brigade est incapable de faire ce travail vu l’étendue du territoire et la configuration du terrain. Et donc, il faut l’intégrer au sein de la MONUSCO. Seule condition qu’elle soit acceptée. » Il se fait que cette analyse militaire qui repose sur les 3 M, à savoir la Mission, les Moyens et le Milieu, enseignée dans les écoles de guerre est mal interprétée par les spécialistes et experts de la RDC. La mission, c’est éradiquer, les moyens, c’est une brigade et le lieu, c’est le Nord-Kivu. Nous sommes dans une guerre asymétrique avec sa dimension hybride. Or, dans la guerre asymétrique, le nombre ne compte pas. « L’ennemi insurgé ne livre aucune bataille rangée et trouve sa protection au sein de la population plutôt que sous l’épaisseur du blindage ou dans la loi du nombre » (David Galula, Contre-insurrection).

Finalement, l’ONU valide l’établissement immédiate d’une Force internationale Neutre avec une double mission : Contrôler et Sécuriser la frontière en assurant la surveillance des zones Est/RDC-ouest Rwanda, ouest Burundi, ouest Ouganda. Quant à la MONUSCO, sa mission est d’assurer la protection des populations civiles et appuyer les FARDC. Les Chefs d’État des 11 pays de la région, parrains de l’Accord cadre tenaient à l’appropriation régionale de la FIB par la CIRGL.

Un mandat de la FIB différent des autres

Par la Résolution 2098 du 29 mars 2013 du Conseil de sécurité, la Brigade est ainsi créée. En voici le libellé : « Force militaire offensive intégrée à la MONUSCO, son mandat est de : neutraliser les groupes armés de l’est de la RDC. » Dans ses opérations, la Brigade appuie les unités FARDC engagées en matière de Renseignements tactiques, d’Héliportage, d’évacuation sanitaire, de protection des arrières en occupant les localités libérées. L’ONU renforce sa mission : « Seule ou avec les FARDC », la brigade doit mener des offensives ciblées et robustes, en faisant preuve d’une grande mobilité et adaptabilité et dans le strict respect du droit international. » Comme souligné, la venue de cet instrument de combat est boudée par d’autres forces au sein de la MONUSCO. On ne peut pas comprendre que le Commandant des forces de l’ONU en RDC rejette d’emblée une brigade qui sera sous ses ordres. Au sein de la MONUSCO, on a des pesanteurs liés aux intérêts divergents des parties. Ce qui freine l’efficacité de la mission et la pousse à ne pas être opérationnelle à 100 %. C‘est à ce stade qu’il faut situer l’intervention du général Thierry Lion. D’où la question suivante : « Le général Thierry Lion serait-il prisonnier d’une mission qui, avant lui, a joué au déni de la vérité ? » Secret de polichinelle. Au sein des Nations-unies : La MONUSCO et la FIB n’émettent pas sur la même longueur d’ondes. »

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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