RDC. Le déni des liens ADF/MTM-État islamique cache un agenda obscur sur le Kivu.

RDC. Le déni des liens ADF/MTM-État islamique cache un agenda obscur sur le Kivu.

( Répartition géographique des militants et groupes jihadistes sur la terre africaine).

Il n’est pas rare d’entendre des gens même ceux originaires du Grand Nord (Beni-Lubero) dire que les ADF n’existent pas mais surtout qu’il n’y a aucun lien entre les résidus des NALU et le terrorisme islamiste. Ce déni de réalité sur terrain a fait que l’ambassadeur américain vienne signifier cette réalité au gouverneur Carly Nzanzu Kasivita, à en croire le service de communication du Gouverneur du Nord-Kivu, qui avait tendu le micro au sortir de l’audience à l’ambassadeur. L’on peut se permettre de dire à haute voix que ceux qui feignent d’ignorer le lien entre les ADF devenus MTM avec l’État islamique ont un agenda caché sur cette partie du pays. Et pourtant !

Voici ce qu’écrit le Rapport des experts des Nations-unies S/2012/843/. F de 2012 rendu public le 15 novembre 2012 et signé par Agshin Mehdjiyev. Nous reprenons le point 105 : «  Le Groupe a réuni indépendamment plusieurs preuves confirmant les dires de l’Ouganda selon lesquels les FDA collaborent avec les rebelles Al-Chabab de Somalie. Selon des ex-combattants, les FDA ont entraîné des groupes de jeunes dans leurs camps pendant plusieurs mois avant de les envoyer combattre en Somalie. Le premier de ces groupes a quitté les camps des FDA en novembre 2011. Après l’arrestation à Nairobi du fils de Mukulu, Bikumbi Hassan Mukulu, des agents d’Al- Chabab, Mustapha Kamau et Jacob Musyoka, ont payé sa caution en novembre 2011. Plusieurs services de renseignement kényans ont confirmé que ce sont des membres d’Al-Chabab et qu’ils ont fourni un soutien à Mukulu et sa famille pendant leur séjour à Nairobi. »

1. Le rapport des experts des Nations-unies S/2012/843/ F de 2012 montre clairement l’influence jihadiste (même s’il ne parle pas encore à cette époque de l’État islamique). 2. En décembre 2013, avant le lancement des opérations Sukola I, la télévision française France 24 avait diffusé un reportage-vidéo commenté par Teddy Kataliko, Président de la société civile du territoire de Beni et un prêtre assomptionniste sur l’identité terroriste des ADF. 3. En décembre 2013, les notables du Grand Nord ont remis au Chef de l’État Joseph Kabila à Musienene une liste de près de 900 personnes enlevées par les islamistes ADF sollicitant des opérations militaires pour les libérer. Le duo Bauma-Mundos a libéré près de 650 otages.

Le déni de la réalité jihadiste des ADF/MTM

Le déni de la réalité jihadiste commence avec Dan Fahey, ancien coordonnateur des experts des Nations-unies sur la RDC, et travaillant pour le compte de l’Université de Californie. Dan Fahey va s’attaquer aux témoignages d’Adrien Zambali qui font état des liens des ADF avec les Shabbab somaliens et qui annoncent des massacres dans les prochains mois. Dan Fahey s’attaquera aussi avec virulence à la JMAC/MONUSCO. Or, le même Dan Fahey témoignera de cette relation des ADF avec le jihad armé dans une correspondance secrète envoyée à la MONUSCO pour sauver l’imam Moussa Kasereka Amin confirmant ainsi les craintes du journaliste Kibel’Bel Oka sur la vie de cet imam. Curieusement Dan Fahey soutiendra dans ses écrits l’assertion de l’absence des liens entre les ADF et les jihadistes puis l’État islamique. Ce, en contradiction avec le rapport de 2012 et les assertions de l’UPDF. Enfin, pour la MONUSCO, les Nations-unies n’ont pas encore établi des liens irréfutables entre les ADF et l’État islamique. A se demander s’il existe combien de MONUSCO en RDC. La question demeure : « Pourquoi le groupe d’experts de 2014 n’a pas suivi cette ligne de leurs prédécesseurs de 2012 ? » La réponse est toute simple : « Il s’agissait d’accuser les FARDC et, à travers eux, de cibler le régime Kabila pour le pousser à son départ. » Quelle était la volonté de Dan Fahey et de ses sponsors de masquer tout cela ? Depuis, une certaine opinion dans le Grand Nord a épousé cette thèse, toute honte bue.

En 2019, les choses changent avec la publication à la veille des élections du rapport GEC qui reconnaît cette fois-ci le lien ADF et les jihadistes et va plus loin en accréditant même la nouvelle dénomination des ADF, à savoir MTM et leur lien avec l’État islamique. Toutefois GEC qui étale ce lien ne publie pas les vidéos qu’il dit détenir. GEC reste sur une ligne de déni pour ne pas se contredire. GEC a évolué mais la MONUSCO et les suivistes sont restés dans leur position initiale. Or, aujourd’hui, le lien des MTM avec l’État islamique formant IS-CAP est difficile à nier. Le Secrétaire général de l’ONU, le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, sont convaincus du terrorisme laïc et religieux à Beni. Sauf certains originaires de cette zone.

La réalité de l’est de la RDC singulièrement de la région de Beni est celle d’une zone grise telle que la définit Xavier Raufer (guérilla, trafiquants, création et entretien de groupes armés, politique de communication sophistiquée). Le problème de l’État islamique, de ses béquilles qui sont les Maï-Maï et leur imbrication dans un système criminel d’acteurs économiques rend toute solution si pas impossible mais difficile. La visite de travail à Kinshasa en février 2021 de la délégation américaine (Andrew Young, le Contre-amiral Heldi Berg et l’Adjoint au commandant du Commandement militaire américain pour l’Afrique, AFRICOM) pourrait constituer un pas en avant dans l’action contre le jihad des MTM. Pour vu que les notables et leaders du Grand Nord puissent en prendre conscience.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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