RDC. Le cardinal Laurent Monsengwo, homme pèlerin, repose pour l’éternité.

RDC. Le cardinal Laurent Monsengwo, homme pèlerin, repose pour l’éternité.

Laurent Monsengwo Pasinya, cardinal émérite de la RDC, a terminé la mission que le Seigneur lui a confiée durant toute sa vie sur terre et repose désormais auprès du Père. A 81 ans, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya peut s’estimer heureux d’avoir vécu et mené le bon combat de la foi pour enfin entrer dans le repos éternel. Il aura été l’un de rares personnalités qui a marqué la vie des congolais et qui les a accompagnés sur le chemin tortueux de la démocratie. Acteur très motivé et observateur impénitent de la vie socio-politique notamment de la RDC, le cardinal Laurent Monsengwo a assumé sa mission évangélique jusqu’au bout notamment par des remarques insinuantes à travers sa voix tendre qui sonnait comme les tintements d’une cloche à la fois proche et si lointaine donnant du cauchemar et des dépressions à quiconque s’y hasardait. Voilà quelqu’un qui avait été créé pour être prêtre, pasteur au cœur attentif à ceux qui pleurent, à ceux des Congolais pour qui ce monde est trop dur. Il a mené une vie spirituelle intense et riche de qualités et de vertus. Laurent Monsengwo Pasinya, être pécheur dans un monde imparfait comme l’a souligné le père Jean-Baptiste Malenge sur la RTNC dimanche 18 juillet 2021, à travers sa personne, le Seigneur a montré que ce monde de désolation avait besoin de ses paroles et ses exhortations. Recherché par les forces d’occupation après des affrontements en plein Kisangani, Mgr Monsengwo fit le faux malade sous le drap et s’interdit de parler de peur d’être reconnu à travers sa voix unique et identifiable. Voilà comment il fut sauvé des griffes des rebelles congolais appuyés par l’armée rwandaise. Par la franchise de sa parole, Laurent Monsengwo semait à tout vent. Au point que l’un de ses paires évêques me partagea cette confidence à Joseph Kabila : « Monsieur le Président, vous avez appuyé la candidature de Mgr Monsengwo comme Archevêque de Kinshasa, vous venez de signer vos nuits d’insomnies. » Mgr Monsengwo savait parler à toutes les catégories sociales. En témoigne cette exhortation alors Archevêque de Kisangani faite le 9 octobre 2001 au Synode des évêques à Rome reprise dans mon livre « Les marionnettes congolaises » paru en 2012 aux Éditions du Panthéon/Paris : « Dans une humanité profondément divisée par la fracture sociale et une culture politique qui intègre le puissant et le riche tout en excluant le faible et le pauvre, l’Évêque doit proclamer l’Église-famille de Dieu. « Qu’as-tu fait de ton frère ? », doit crier l’Évêque à tous ceux et celles qui prennent plaisir à l’injustice, à l’oppression, à la violation des droits de la personne et de sa dignité, au trafic illicite des armes, à l’organisation aujourd’hui encore de l’esclavagisme, crime abominable et inique. A un monde fatigué et ruiné par les guerres et les conflits armés avec leur cortège de haine, d’agressivité et de violence refoulées, à une humanité abasourdie par des génocides et autres atteintes à la vie, l’Évêque proclame l’Évangile de la vie et de la paix, la vie que le Christ est venu donner en surabondance (…), l’Évêque exerçant autant que possible un ministère de médiation et réconciliation entre frère ennemis. »

Face à l’ineffable mystère d’un Dieu qui nous contient, nous maintient et nous soutient, décidant de notre sort quand ça lui plaît et comme cela lui plaît, Adieu Tata cardinal Laurent Monsengwo. Adieu Homo viator, homme pèlerin. Le Seigneur accueille votre âme auprès de lui.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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