RDC/Grand-Nord. 4 ans après, le kidnapping de 2 prêtres de Bunyuka non élucidé.

RDC/Grand-Nord. 4 ans après, le kidnapping de 2 prêtres de Bunyuka non élucidé.

Ce qui est invisible n’a pas forcément cessé d’exister,  écrivait Modiano, et que le fantôme soit là toujours prêt à revenir dans le visible, non pour une vengeance, mais comme si de rien n’était. Aujourd’hui 4 ans sans aucune nouvelle de Charles et Jean-Pierre, tous deux prêtres du diocèse de Butembo-Beni.

Octobre 2018, l’Auditorat militaire de Beni tombe sur les traces de nos prêtres de Bunyuka grâce au téléphone d’un monsieur qui était à la fois maï-maï et AD/MTM. Des messages concernant les prêtres Charles et Jean-Pierre et permettant leur localisation sont retrouvés dans ce téléphone. Nos deux prêtres étaient déjà remis entre les mains des ADF/MTM comme leurs frères de la paroisse de Mbau. Ils se trouvaient au niveau de la vallée de Mutwanga. A ce jour, personne n’en parle. Tout ce que l’on sait est que la nuit de leur enlèvement, les deux prêtres ont passé la nuit à la ferme de Peruzi, commerçant de Butembo. C’est là d’ailleurs qu’on a retrouvé leurs habits. Le commerçant sera arrêté pour raison d’enquête. Curieusement les étudiants de l’UCG/Butembo comme envoûtés menacent de descendre à Beni incendier le parquet si les personnes arrêtées ne sont pas libérées. Ils sont appuyés par quelques députés nationaux du Grand Nord (Beni et Lubero) arrivés à Beni. Ils obtiennent la libération de trois personnes arrêtées pour raison d’enquête dans le dossier des ADF/MTM. Quelques temps après, les maï-maï attaquent le cachot de l’Auditorat militaire et libèrent tous les détenus dont le propriétaire du téléphone. Dossier clos. Le mythe autour de deux dignes fils insaisissables du Grand Nord, Kakolele Bwambale et Lafontaine Kakule, dépasse l’imaginable. Cités dans de sales besognes, ils disparaissent et réapparaissent. L’un peut se permettre d’aller dire bonjour en plein Kinshasa à son leader, et l’autre peut tout bonnement passer saluer des prêtres dans leurs couvents. Cela n’émeut personne. Toute honte bue, l’on attend que la justice désigne les commanditaires de cette sale besogne. De qui se moque-t-on dans une région où il y a suprématie de la coutume sur l’État ?

Les faits autour de l’enlèvement de 2 prêtres.

Dimanche 16 juillet 2017 aux environs de 20 heures, les abbés Charles Kipasa et Jean-Pierre Akilimali, du presbytère de la paroisse Reine des Anges, sont enlevés par une dizaine d’ hommes en armes portant des tenues militaires, venus dans deux jeeps. Ils emportent avec eux une moto de la paroisse. Le lendemain 17 juillet 2017, leurs véhicules sont abandonnés à près de 2 km non loin d’une position des FARDC. Les ravisseurs ont pris la précaution d’enlever les batteries de véhicules. Selon une source fiable, durant la matinée du 17 juillet 2017, Lafontaine Kakule Sikuli avait appelé l’Évêque pour lui confirmer connaître les ravisseurs des prêtres posant ainsi comme condition le versement d’une somme d’argent (3.500 $) à titre de rançon pour obtenir le retour de deux prêtres. Selon une autre source, Lafontaine Kakule Sikuli avait confirmé dans l’un de ses appels que le nommé Guillaume, son ancien bras droit et numéro 2 de son groupe maï-mavant de le quitter gardait les deux prêtres de Bunyuka. Seulement, lui Lafontaine n’avait plus assez d’influence sur Guillaume Kinyamwenza, ex-APC de Mbusa Nyamwisi qui s’est rallié à un certain Guru (rebelle à Tshiabirumu) avant de répondre désormais de Kakolele Bwambale. Il se portait garant de convaincre les ravisseurs et leur chef Kakolele Bwambale de libérer les abbés Charles Kipasa et Jean-Pierre Akilimali. Si la rançon lui est versée.

Les chances de retrouver nos deux prêtres annihilées.

Une première erreur dans la suite des événements sera celle de faire intervenir les jeunes gens de la Véranda Mutsanga, un groupe de pression de la ville de Butembo, à l’époque sous influence de l’Église catholique se définissant comme « anti terrorisme ». Ils effectueront effectivement une descente à la paroisse de Bunyuka sans aucun résultat concret.

La deuxième erreur intervient avec l’arrestation, dans l’enceinte de l’évêché, de Me Kakurusi (conseiller juridique privé de l’Évêque ) et Jonas Kabuyaya (ex-APC impliqué dans la démobilisation des maï-maï et agent à l’ANR/Butembo) sur instigation de l’ abbé procureur qui ne voyait pas d’un bon œil leur implication dans le dossier. Arrêtés, humiliés, ils sont conduits manu militari à Goma puis retournés libres à Butembo sans que l’évêché supposé être le plaignant ne donne un éclairage sur cette arrestation trop médiatisée. La troisième, conséquence de deux premières. Le silence de l’évêque face à l’agissement de son prêtre qui prend son avion pour l’Occident mais également le piège lui tendu par des personnes sans foi ni loi pour qu’il leur verse des sommes considérables d’argent sans que les deux abbés ne soient relâchés. Et ce, malheureusement, jusqu’à ce jour.

Charles Kipasa et Jean-Pierre Akilimali, votre malheur, c’est d’être nés prêtres « pauvres » de qui personne ne souvient sinon en cachette. Vous n’avez pas et ne pouvez avoir de chance comme les autres morts connus et vénérés à qui on réserve avec fanfare et trompette dans des coins de rues bustes et mausolées. Le défi que nous lance cette bestialité qui conduit à la disparition de l’autre, c’est , in fine, « Qu’est-ce qu’une vie ? Qu’est-ce que vivre parmi les autres ? ». Vivants ou morts, où que vous soyez, il y a des personnes qui vous gardent dans leurs cœurs.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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