RDC. Gouvernement Sama Lukonde. Vers l’émancipation de F. Tshisekedi ?

RDC. Gouvernement Sama Lukonde. Vers l’émancipation de F. Tshisekedi ?

La folie, c’est vouloir conduire une politique sans en avoir les moyens, enseigne la sagesse. Le gouvernement Sama est désormais connu. A juste titre (sauf s’il s’agit d’un slogan) qu’il se fait appeler « warriors ». La RDC ploie sous le poids de la dette aggravée par le manque d’argent dû aussi à la mauvaise « cueillette » des recettes dues au trésor public mais également à la non canalisation (coulage). Félix-Antoine Tshisekedi a hérité d’un pays gangrené par la corruption. Le procès de 100 jours l’a bien démontré. La corruption en RDC, tout le monde la dénonce (même les corrupteurs et les corrompus), mais seulement du bout des lèvres. Ses effets sont dévastateurs qu’ils rendent le pays davantage plus pauvre. Il faut actionner la justice non pas pour arrêter les délinquants économiques mais pour récupérer les fonds et les biens détournés et les reverser dans le compte du trésor. Qu’on laisse les prisons aux malfrats, violeurs et autres bandits. La RDC a besoin de récupérer l’argent qu’on lui vole. C’est avec cette manne récupérée que Sama Lukonde va gérer le pays. Deux secteurs retiennent notre attention aujourd’hui : les missions diplomatiques et l’insécurité à l’est du pays.

1. L’absurdité de la diplomatie de présence

Avant la sortie du gouvernement Sama, la ministre des Affaires étrangères a fait un aveu d’impuissance d’une diplomatie inadaptée aux réalités de notre pays depuis plus de 30 ans. Les chancelleries de la RDC à l’étranger sont souvent dans un état de délabrement et les nouveaux diplomates affectés cohabitent avec les anciens qui ne savent pas retourner au pays. Ce qui crée la pléthore. Les diplomates congolais sont impayés depuis des mois. Nombreux diplomates ont acquis d’autres nationalités et les membres de leurs familles ont obtenu le statut d’exilés politiques. Dans certaines chancelleries, ce sont les « engagés locaux » qui assurent le secret du pays. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula Apala, un homme intelligent et réfléchi, est appelé à mettre de l’ordre. Mettre de l’ordre signifie recenser et apurer les dettes, réduire le personnel et fermer des missions diplomatiques moins rentables en regroupant certaines d’entre elles. Est-il normal, au regard de maigres moyens de l’État, d’avoir une représentation diplomatique dans chaque pays de la SADC ? La puissance d’un État ne se mesure pas au nombre de missions diplomatiques entretenues à l’extérieur. Il faut une adéquation des rapports inter étatiques avec les ressources disponibles. Outre que l’ouverture d’une mission diplomatique devrait être justifiée par les intérêts évidents attendus de part et d’autre, il faille prendre l’autre dimension : les moyens financiers. La diplomatie de présence est une absurdité pour un pays aux maigres revenus comme la RDC.

2. l’insécurité à l’est du pays

Pour tout État, la sécurité est une nécessité impérieuse. Le désordre spontané ou organisé peut à tout moment ébranler les institutions et le pouvoir en place. Surtout pour un pays convoité et qui vit la surenchère de la balkanisation. A l’est, foisonnent des groupes armés locaux. Au nom de la sécurité de leurs communautés. Mais la sécurité du citoyen ne doit pas faire ombrage à celle de l’État. Aucun État ne peut se passer de son armée et des services de sécurité, même en temps de paix. Or, la RDC subit les menaces de tous les côtés. A l’intérieur comme de l’extérieur. De la part des voisins proches comme des voisins lointains. Les marchands d’armes ont trouvé un marché fructueux avec certains compatriotes. Le nouveau ministre de la Défense nationale, Gilbert Kabanda, homme expérimenté et du domaine de la défense, doit s’investir d’abord à stabiliser tous les fronts qui ont connu un relâchement depuis l’alternance au sommet de l’État. Il doit ensuite corriger les inégalités de traitement au sein des services de défense et de sécurité. Enfin, il doit remonter le moral du soldat mais aussi exiger du gouvernement d’être sociable à l’égard du soldat. Il doit réactiver la justice militaire afin de traquer ceux des militaires indisciplinés et tous ceux qui démoralisent les troupes au front. Le ministre de la Défense doit exiger à chaque fois que le besoin se fait sentir la levée de l’immunité parlementaire de ceux des députés qui salissent les services de défense sur les réseaux sociaux. Saisir les opportunités qu’offre la reconnaissance par les États-Unis du jihadisme des ADF/MTM et de ses liens avec l’État islamique (IS-CAP) en se servant des données existantes. Nous y reviendrons.

3. Le Premier ministre. Lutter contre l’immobilisme

On a connu des Premiers ministres abonnés à l’axe Kinshasa-Lubumbashi qui, durant tout leur mandat, n’ont jamais mis leur pieds à l’est du pays faisant croire que la sécurité est l’affaire du Chef de l’État seul. L’immobilisme d’un Premier ministre est souvent à la base de l’inefficacité de son équipe au point que certains compatriotes croient naïvement que si le Chef de l’État venait résider à Goma ou à Beni, l’insécurité prendrait fin. Voilà pourquoi il faut équiper les FARDC. Voilà pourquoi il faut solliciter la collaboration de la population avec les institutions. Comme au jour du jugement dernier, les morts de Beni se sont retournés dans leurs tombes et les vivants (groupes de pression et autres forces négatives) sortent de leur profond sommeil pour paralyser les institutions de la république. La situation de l’est du pays nécessite des efforts de tous mais surtout un engagement républicain de la part du gouvernement. Il est temps de canaliser les aspirations légitimes de cette population en restaurant l’autorité de l’État et en prenant en compte leurs doléances. Autrement, le pays devient ingouvernable et l’anarchie s’installe au profit des charognards. Ce qui serait contraire à la mission du gouvernement Sama Lukonde, dit des « warriors ». De la sorte, le Chef de l’État n’aura plus d’excuses.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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