RDC/État de siège. F.-A. Tshisekedi si près si loin de l’objectif.

RDC/État de siège. F.-A. Tshisekedi si près si loin de l’objectif.

(Goma. Arrivée du Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi suivi des honneurs militaires à l’aéroport. Archives)

Félix-Antoine Tshisekedi a foulé le sol du Nord-Kivu samedi 12 juin 2021. Partout où il est passé, l’accueil a été délirant. C’est dire que la population (la vraie) l’attendait effectivement avec bonheur. Elle a des préoccupations à lui parvenir pour des solutions idoines. Bien avant sa tournée, les réseaux sociaux ne se désemplissaient pas pour décrier une certaine inconscience de Kinshasa face à la double tragédie de l’est (éruption volcanique et l’insécurité). Et depuis, toutes les hypocrisies réunies se sont tues. Les déclarations incendiaires reprendront naturellement aussitôt que Félix-Antoine Tshisekedi repartira sur Kinshasa. C’est comme cela que l’on a été créé. Félix-Antoine Tshisekedi est vraiment si près de l’’objectif qu’il s’est fixé, à savoir mettre fin à l’insécurité qui gangrène l’est de la RDC et particulièrement les deux provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. D’où l’État de siège décrété depuis le 6 mai 2021. tout en étant si près, cet objectif risque de s’éloigner et de ne pas être atteint.

Les premières victimes de l’État de siège

On ne le dit pas à haute voix (mais on ne saurait le cacher longtemps), les premières victimes de l’État de siège se recrutent parmi les députés provinciaux contraints à oublier les 1900 dollars $ de salaire mensuelle ainsi que les ministres provinciaux et leurs conseillers. L’État de siège qui est une nouvelle expérience, version militaire de la « territoriale de non originaires » arrêtée brutalement par l’AFDL devrait rompre avec certaines pratiques qui se sont enracinées avec le tribalisme et les guerres communautaires larvées. Et la littérature de confusion dans les propos observée depuis le lancement de l’État de siège notamment sur les opérations Sukola I en est un témoignage éloquent. Car, certains députés ne sauraient retournés d’où ils viennent et, dans la colère de la perte des privilèges leur octroyés par Carly Nzanu Kasivita, ils se livreraient à des jugements sévères contre le Chef de l’État, les FARDC et l’État de siège. Ils rejoindront le maire suspendu et « dégonflé » de Beni, Bwanakawa Masumbuko Nyonyi. La vie est compliquée. L’on craindrait aussi un regain de violence après le départ du chef de l’État du Grand Nord. Ceux qui, nombreux à l’intérieur comme à l’extérieur de la RDC, font des messes noires et autres incantations en vue de l’échec de l’État de siège se sont livrés à faire le bilan d’un mois alors que le déploiement des autorités dans les entités territoriales se poursuit. Mais ce qui crée le désespoir risque d’aggraver le phénomène d’insécurité et de violence, c’est la déclaration du Chef de l’État à Goma dimanche 13 juin 2021 : «  L’État de siège n’a pas un temps. Il sera prorogé tous les temps que la situation l’exigera. » Ne pas y croire ou penser autrement , c’est souffrir de cécité politique.

La fabrique d’un ennemi bien identifié pour distraire

La guerre, phénomène social, peut être comparée à un jeu d’échec. Plus complexe, les combinaisons y sont infiniment plus nombreuses (…) Certaines d’entre elles échappent à toute analyse logique, note David Galula. Rusé et malin est celui qui sait manœuvrer les pions. Depuis la déclaration de l’État de siège, il s’observe deux phénomènes inquiétants qui participent à brouiller les pistes et à désorienter les décideurs. Primo, une délocalisation des attaques des « MTM » du Grand Nord vers l’Irumu (Ituri). Cette délocalisation des attaques est suivie, comme par magie, d’une désignation insidieuse des liens entre les Banabwisha et les ADF/MTM (à partir de 5 armes déposées auprès des FARDC). Secundo (et comme dans le Nord-Kivu des années 1990-1993), la guerre des communiqués émanant des associations culturelles ethniques s’entraccusant les unes les autres ou se donnant des conseils tout en prenant la communauté nationale et internationale à témoin. La fabrique de l’ennemi répond à ce jeu malsain de chercher à coller à l’autre ses desseins morbides. Est-il nécessaire de rappeler qu’il y a au moins 40 groupes armés locaux dans le Nord-Kivu et qu’aucun notable communautaire ne cite nommément leurs chefs pour demander leur reddition. Que les maï-maï ont longtemps servi des béquilles au MTM et que, par enchantement, on a appris qu’à Kalunguta/Beni, ils se préparaient à aller attaquer les ADF/MTM. Oh gros mensonge  cousu du fil blanc !

Dans le même ordre, il y a lieu de souligner que la présence des islamistes MTM est une réalité attestée aujourd’hui par des assassinats ciblés de certains imams et la fuite d’autres et que les Banabwisha ne sont pas le M23 ni les ADF. C’est par machiavélisme que l’on veut à tout prix les associer aux massacres des civils dans Beni pour justement disperser les forces des FARDC. Le phénomène Banabwisha (bombe à retardement) voulu et accepté par les notables de cette partie du pays doit être analysé froidement et traité différemment de l’insécurité dans le Grand Nord et en Ituri. Il serait insensé de le confondre avec le terrorisme islamiste de MTM. D’ailleurs le bon sens exige de se poser la question suivante : « Depuis fin 2009 que les Banbwisha migrent vers l’Ituri au vu et au su de tout le monde, depuis cette année que le journal Les Coulisses fait des reportages dans l’indifférence totale des uns et des autres sur l’essaimage des Banabwisha, pourquoi en parler seulement aujourd’hui ? ». Lire utilement le livre de Nicaise Kibel’Bel Oka « Balkanisation de la RDC ? Mythes et réalités », paru aux Éditions Scribe/Bruxelles en septembre 2020 où tout un chapitre est consacré à l’essaimage des populations étrangères dans l’Ituri. Quand la prudence fait défaut, le peuple tombe. Si près de l’objectif mais également si loin si le Chef de l’État se laisse distraire par un jeu mensonger dicté par la mauvaise foi des uns et des autres.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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