RDC. D’une catastrophe à une autre. Les Confidences de Cléophas Kamitatu.

RDC. D’une catastrophe à une autre. Les Confidences de Cléophas Kamitatu.

( Kinshasa 2006. Mbuta Kamitatu reçoit le journaliste Kibel’Bel Oka en sa résidence de Binza/Masikita)

« Nicaise, chacune de tes visites chez moi m’interpelle. Je vis comme un drame intérieur, partagé entre la mission assumée de pionnier de l’indépendance et l’avenir de notre pays. Comment trahir sans me trahir ? Tant que la RDC restera dans sa configuration actuelle, il n’y aura pas de paix. L’est, Dieu nous l’a donné en punition. Tous nos malheurs viennent de l’est. Nous n’aurons jamais de paix, et donc pas de développement tant que nous garderons les frontières que nous avons défendues à l’indépendance. A chaque fois qu’on veut décoller, l’est nous retient. Je regrette de ne l’avoir pas compris en 1994 avant l’entrée de l’AFDL. En tant que pionnier de l’indépendance et la personne qui a proposé la date du 30 juin pour l’indépendance épargnant ainsi le Congo d’une balkanisation, je ne peux pas tenir ce langage. Ceci doit demeurer sagement posthume.» En effet, lors de la guerre du Rwanda, les Etats-Unis ont demandé à Cléophas Kamitatu de leur présenter une étude sur l’avenir de la RDC dans une option de balkanisation. Cléophas Kamitatu leur remit une étude de 200 pages avec deux recommandations essentielles, à savoir ne jamais donner la présidence du pays à un Swahiliphone et garder intact la RDC dans ses limites de 1960. Il l’a regretté. Il aurait aimé présenter un plan de balkanisation du Congo s’il avait compris plus tôt ce qui nous arrivait. Cléophas Kamitatu posa une question à Nicaise comme s’il lui reprochait toute la malédiction des richesses du Congo : «Quelle est la contribution de votre colombo tantaline (Coltan) dans le budget national ? Nous avons grandi avec les écoles (l’enseignement) et l’huile de palme. Regarde aujourd’hui, il n’y a plus de routes. Tout l’argent va dans la guerre et c’est l’est qui rayonne dans le sang plongeant les autres provinces dans la misère.  »

Ces confidences me reviennent en ce moment où la République vit un autre drame ajouté à celui des groupes armés et du terrorisme islamiste. Catastrophe humaine, catastrophe naturelle. Déplacement des populations, glissement, essaimage des populations étrangères, réfugiés. L’histoire de la RDC n’est qu’une longue suite de catastrophes. A peine, on sortait de la messe célébrant la Pentecôte samedi à 18 heures à la paroisse Saint-Esprit, le volcan crachait le feu dans Goma. Par peur et/ou peu de foi, nous abandonnâmes même les Églises, excepté les bradeurs (changeurs) de monnaie restés sur place avec des billets neufs de Francs congolais et jouant à l’équilibriste de prix et de taux de change. Dans cet esprit de vertige répandu au milieu de tous, la réalité du volcan fulminait l’acide. Les gens fuyaient en désordre. Personne ne demandait à Dieu : « Seigneur, donne-nous les règles du savoir-mourir ».

La phrase de Cléophas Kamitatu me revint : « L’est, Dieu nous l’a donnée en punition. » De catastrophe en catastrophe, Uvira et Kalemie étaient sous les eaux. Les eaux des lacs Tanganyika, Nyangara et de la rivière Ruzizi se sont rencontrées. Le niveau du lac a monté. Les maisons ont été emportées. Populations sinistrées, déplacées, réfugiées…L’on est tenté de demander à Dieu le Miséricordieux, Maître des catastrophes : « Pourquoi ne choisir que l’est de la RDC ? » L’Apocalypse est salutaire, la catastrophe est athée. Sa puissance dévastatrice n’est porteuse d’aucun enseignement. La catastrophe est cette absence de l’après. Mais qui donc a provoqué le Nyiragongo ? Personne ne le saura sans consulter l’Oracle.

L’Observatoire volcanologique de Goma a conseillé de fuir Goma et le lac Kivu. A cause du gaz. Lorsque mbuta Cléophas Kamitatu me parlait, il ne faisait pas allusion à Dieu. Il ne voyait que les hommes et leur volonté de maintenir l’est dans un état de dépendance et de catastrophes humaines. Dans cet état d’éternel assisté par des ONG et la MONUSCO. Non loin de l’éruption volcanique, Macron et Kagame célébraient la fête des morts rwandais. Et le peuple congolais, au lieu de s’adresser à Dieu, se plaignait contre le gouvernement de Félix-Antoine Tshisekedi, qui n’aurait rien vu venir. Les médias s’en prenaient à ce gouvernement pour n’avoir rien prévu ni prévenu. Comment peut-on loger, en un jour, en une semaine, 400 mille âmes à la belle étoile ?

Le Seigneur Dieu, béni soit-il, en a-t-il assez de l’est de la RDC ? Que chacun pardonne à ses ennemis et, rassemblés autour du prêtre, acceptons sans lésiner le destin nous infligé par Dieu. Dans la contemplation de ce qui nous est infligé, cultivons les valeurs essentielles, celles du silence et de la discrétion : la prière. Salue où tu reposes à Masi-Manimba mbuta Cléophas Kamitatu.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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