RDC. Capitaliser la reconnaissance par les USA de ADF/MTM, membre d’IS-CAP.

RDC. Capitaliser la reconnaissance par les USA de ADF/MTM, membre d’IS-CAP.

(Mozambique. Signature d’une de nombreuses  destructions méchantes opérée par des jihadistes d’al-Sunnah).

La venue à Kinshasa d’une délégation des membres de l’AFRICOM suivie de la reconnaissance par les États-Unis de l‘affiliation des ADF/MTM à l’État islamique ne sont pas un hasard, mais une opportunité à saisir pour la RDC. C’est une nouvelle ère qui s’annonce dans les relations entre la RDC et les États-Unis. Il y a lieu de rappeler que la menace islamiste n’est pas le seul facteur d’insécurité dans la région du Kivu singulièrement dans le Nord-Kivu et la zone de Beni. Le nier ou le déconsidérer jusqu’à présent aura été lourd de conséquence. Les milices locales (maï-maï) jouent aux béquilles des terroristes jihadistes et compliquent les actions des FARDC sur le terrain. Aujourd’hui, malin est celui qui peut définir avec précision la vraie nature des maï-maï et le rôle qu’ils jouent dans cette insécurité et le soutien dont ils bénéficient localement ou à l’extérieur (même pas Pierre Mulele dans sa tombe). La crainte est que tous ces groupes reçoivent un jour un soutien mondial via la diaspora.

Les États-Unis ne cachent pas qu’ils défendent leurs intérêts dans une approche continentale et mondiale. De ce point de vue, cette approche encourage la coopération régionale notamment avec le Rwanda. Ce qui explique les navettes observées entre Kigali et Kinshasa, mais aussi entre Kinshasa et Kampala puisque, malgré l’usure du pouvoir, le président Museveni reste encore un pion des Etats-Unis. Selon des sources fiables, l’administration Biden suit de près ce qui se passe au Congo et le président Félix-Antoine Tshisekedi pourrait jouer le rôle jadis confié au président ougandais dont le poids de l’âge devient un handicap. Cette détermination a été ressentie aussi lors de la visite de l’ambassadeur américain au Nord-Kivu. Mike Hammer a fait savoir au gouverneur Carly Nzanzu Kasivita que ce qui se passe à Beni relève du terrorisme islamiste. La montée en puissance de la présence de l’Afrique dans les intérêts américains liée à une évaluation en hausse de la menace terroriste ne fait plus l’ombre de doutes. La RDC doit fournir des efforts pour se mettre au même niveau de compréhension de cette approche américaine et profiter de ce soutien. Car, tout est à faire : réformer le budget de l’État, créer des conditions meilleures pour les militaires…

Les dividendes d’une telle reconnaissance pour la RDC

La création du Commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM) en 2007 répondait à ce besoin urgent de la guerre globale contre le terrorisme qui gagnait déjà l’Afrique. Aujourd’hui, le voile est levé. Les ADF/MTM depuis le massif du Ruwenzori (RDC) forment avec al-Sunnah depuis le district de Cabo Delgado (Mozambique), les deux épicentres de l’IS-CAP. Passé l’étape des tergiversations, les Congolais sont appelés à accompagner le gouvernement dans la lutte contre le terrorisme islamiste. Dans cette guerre contre le jihad de Madina at Tawheed Wal Muwahedden (MTM) les FARDC ont grandement besoin de l’appui des partenaires dont le professionnalisme et l’expérience dans ce domaine sont avérés. La reconnaissance, quoique tardive par les Etats-Unis de MTM à Beni comme épicentre de l’IS-CAP avec al-Sunnah au Mozambique, et ce malgré les nombreuses alertes lancées par le journaliste Kibel’Bel Oka, doit être profitable pour la RDC afin qu’elle bénéficie de l’attention particulière des grandes puissances. Mais cette reconnaissance ne servirait à rien si les Congolais ne se l’approprient pas et restent dans des discussions puériles. Concrètement, la RDC doit cesser de prendre cette menace à la légère et demander aux États-Unis :

discuter sur la forme de soutien, l’appui technique, la localisation des Chefs des groupes terroristes, interception des communications, etc.

former les FARDC à répondre aux crises et à faire face aux menaces transnationales (à l’intérieur comme au-delà des frontières nationales)

capitaliser sur l’appui des États-Unis en sachant que c’est un appui , non une substitution.

chercher un autre appui avec l’Ouganda à l’origine des ADF et qui a une vraie expérience en Somalie.

laisser la MONUSCO en second rideau parce qu’elle s’est montrée inefficace

lancer une opération de séparation des complicités en criminalisant le soutien économique et militaire au MTM qui a réussi l’infiltration partout.

Quand l’un de deux épicentres Cabo Delgado explose !

Le vent tourne avec la dernière attaque de la ville de Palma au Mozambique par les islamistes de al -Sunnah. Cette attaque de Palma a beaucoup de points communs avec celles menées à Beni notamment dans la stratégie adoptée : opération de déception. (Cfr ce qui s’est passé le 26 octobre 2017 à Malolu à la périphérie de la ville de Beni). Lire le livre de Nicaise Kibel’Bel Oka : «  RDC. Les Forces armées face à la guerre non conventionnelle », pages 23-26 , ED. Scribe, 2018. De cette même manière que ceux de Cabo Delgado l’ont fait : «  Après avoir bloqué le passage de Pundanhar, écrit Hugues Latournerie, pour empêcher tout renfort de troupes de Mwedo, ils ont attaqué Manguna. » Le district de Cabo Delgado et le territoire de Beni sont liés dans le mode opératoire des islamistes qui vouent leur allégeance à l’État islamique. Ce qui se passe au Mozambique et en RDC rappelle dans certains de ses aspects la poussée de l’État islamique en Irak en 2014. Il ne faut pas sous-estimer les islamistes de Beni. Les ADF/MTM ont toutes les capacités d’attaquer la ville de Beni, en dépit de la présence des FARDC et de la MONUSCO. Ils l’ont déjà démontré en 2016.

Les États-Unis privilégient l’approche indirecte

Depuis Obama, à travers le concept d’ « empreinte légère -light footprint » dirigée dans la lutte contre le terrorisme, les États-Unis considèrent l’Afrique comme le laboratoire déterminant de la réorientation stratégique. Dans cette approche indirecte, les interventions au sol des troupes américaines doivent rester minimalistes. Ce qui implique et exige la présence des Forces spéciales, des interventions par partenaires interposés. Les États-Unis refusent de paraître comme des co-belligérants et proposent des solutions africaines aux problèmes africains. Cette approche innovatrice à faible coût repose en particulier sur l’usage des drones militaires, des forces spéciales et autres modalités discrètes d’intervention, l’importance de la surveillance et l’appui sur les partenaires. La RDC doit saisir ces opportunités pour éviter la balkanisation qu’elle court avec la faillite de l’État.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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