RDC/Beni. La fabrique de monstres.

RDC/Beni. La fabrique de monstres.

Pour l’Africain, tout enfant est un don de Dieu. Si le père, à cause de ses multiples occupations, n’y veille pas, la mère, au contraire tient beaucoup à ce don de Dieu. Et l’Église y participe dans la protection de ce don à travers le baptême et l’éducation chrétienne qu’elle assure d’une manière ou d’une autre. Le spectacle auquel on a assisté dans la ville de Beni où des écoliers et élèves passaient la nuit à la belle étoile à l’esplanade de la mairie dans une sorte de sit in n’a pas seulement choqué les bonnes consciences mais, à la révolte, a soulevé le problème de la responsabilité des parents. Quel est ce parent qui peut s’offrir le luxe de sa chambre en envoyant sa progéniture passer la nuit dehors ? Quelle est cette mère qui peut se permettre de dormir et ronfler aisément dans sa chambre en laissant son enfant seul dehors pendant une semaine au motif qu’il va la libérer ? Nous sommes avant tout les enfants de nos mères avant d’être ceux de l’État. Dans une sorte de manipulation éhontée à l’allure de l’exploitation des mineurs, certaines gens se sont servi de ces enfants dans leur quête du pouvoir. Adultes en miniature, dans cette fabrique de monstres, on a contraint des enfants à refuser d’obéir même à l’appel paternel du Chef de l’État. Agissant comme des adultes, ces enfants ont été poussés à s’exiler de leurs écoles, à dormir dehors et à braver le froid. Mais la pensée adulte est le reniement de l’enfance. Théâtre mécréant. Personne n’était dupe. Ces enfants ont été manipulés par des adultes, par des parents qui leur apportaient de la nourriture et qui ont même osé leur construire des bivouacs (WC) pour leurs besoins primaires. Filles et garçons dans une promiscuité bien préparée aux conséquences (dans 9 mois) à regretter. On voulait faire croire que ces enfants agissaient en âme et conscience, dans leur conscience de Kakule ou Mumbere. Nul ne peut tromper sa propre conscience. Car, il y a des sujets manipulables, comme le souligne le psychologue Watson, mais ces sujets ne peuvent être connus qu’en tant qu’objets. Placés dans une situation mi-fictive, mi-réelle où on leur a intimé de jouer un certain rôle dévolu aux adultes comme dans un psychodrame, ces enfants dont l’innocence se lisait sur le visage ont été livrés à l’inconscience criminelle des adultes. Après des villes mortes, après une série de violences exigeant le départ de la MONUSCO, les cyniques se sont tournés vers les écoliers et élèves. Personne ne se pose des questions sur le traumatisme subi par des écoliers de 8 à 9 ans. Ni aujourd’hui, ni demain. Quel discours leur a-t-on inculqué ? On se l’imagine bien : « Kinshasa veut nous exterminer. Le président Félix-Antoine Tshisekedi poursuit le plan de son prédécesseur de nous exterminer. Voilà pourquoi il refuse de venir habiter avec nous à Beni. » Ces enfants, devenus adultes (pas lors du spectacle) plus tard, cultiveront cette haine contre Kinshasa qui est dans le complot d’extermination d’une communauté ethnique. D’autres parmi eux, peut-être le centième, emprunteront le chemin des tatouages pour grossir le rang des miliciens maï-maï. On leur a appris qu’on ne quémande pas le le respect. Il doit s’arracher par des sit in, par la désobéissance aux appels au bon sens et par une parade contre les forces de l’ordre. A la fin, ces pauvres enfants, dans la manipulation de leur innocence, sont comparés, toute honte bue, aux enfants de Soweto dont ils ignorent complètement l’histoire. On s’en vante parmi du plus jeune prisonnier de Beni. Quel cynisme ! Ces enfants ne respecteront ni n’obéiront aux les forces de l’ordre. Et les cyniques manipulateurs en ont profité pour tirer à boulet rouge sur les forces de l’ordre. Quel est le bilan d’une semaine d’exposition des enfants sous les intempéries ? Qui en sont les initiateurs ? Tout compte fait, nous sommes tous responsables, par notre silence, par notre passivité mais surtout parce que nous n’avons pas réussi à protéger ces enfants, nos enfants en les livrant aux cyniques manipulateurs de conscience pour en faire leur cobayes. Nous avons fabriqué des monstres qui nous tueront demain. Comme les ADF/MTM. Comme les milices communautaires non autrement identifiées.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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