RDC/Beni. De la bombe au mortier à la bombe artisanale. Nouvelle stratégie de MTM/IS-CAP.

RDC/Beni. De la bombe au mortier à la bombe artisanale. Nouvelle stratégie de MTM/IS-CAP.

( A gauche, un éclat de bombe à mortier lancée le 11 septembre 2018 à Beni et à droite, une bombe artisanale piégée à Mavivi. Archives Les Coulisses)

Beni. Des bombes artisanales ont été découvertes dans la ville de Beni en ce 2ème trimestre de 2021. L’une a même fait exploser son porteur, Ngudu Abdallah, sujet ougandais chargé des recrues et de leur acheminement dans la forêt. On croirait à la saison des bombes artisanales. Depuis qu’ils ont fait allégeance à l’État islamique et qu’ils constituent avec al Sunnah du Mozambique la Province Afrique centrale de l’État islamique (IS-CAP), les MTM ont abandonné l’utilisation des lance-roquettes avec des bombes de mortier 60 et 80 mm pour des bombes artisanales. Ils se spécialisent dans la fabrication des bombes artisanales à l’aide des marmites, des moyeux de vélo et autres engins explosifs. Toute une alchimie pour créer mort et désolation. Connectés aux jihadistes d’autres horizons, les MTM ont complètement changé leur mode opératoire. Il a fallu cette allégeance à l’État islamique pour changer de stratégie (la guerre est dynamique). L’État islamique a envoyé des techniciens pour former quelques personnes spécialisées (pas de troupes) à la fabrication, l’utilisation/pose et au maniement des bombes artisanales. Ces engins explosifs improvisés ont moins d’impact, faciles à dissimuler dans leur transport et un coût moins élevé. Bien plus, les bombes artisanales n’ont pas de traçabilité. Aisées à fabriquer, elles constituent la force de frappe privilégiée des jihadistes. La pose ça et là, dans la ville de Beni, à des endroits très fréquentés (église, carrefour, fontaines d’eau) des engins explosifs improvisés camouflés et presque d’apparence anodine pourrait avoir une explication parmi tant d’autres. Primo, une réaction à l’État de siège vécue par les islamistes MTM comme une provocation mais aussi comme une pression sur leurs collaborateurs dont la mobilité est restreinte et (un peu) contrôlée. Secundo, cette situation leur imposée par l’État de siège a des conséquences sur leurs activités dans différents domaines dont le ravitaillement en médicament et en nourriture, le réseau de recrutement et (pourquoi pas un jour) le contrôle effectif de leur communication à travers les multinationales de télécommunication qui, officiellement, possèdent l’identité de chaque utilisateur. Outre la saison de découvertes de bombes, le 2ème trimestre 2021 a été marqué par un autre fait, à savoir deux assassinats dans les mêmes circonstances de deux imams à Beni ville et à Mavivi. Les islamistes de MTM ont beaucoup évolué dans leur mode opératoire. Désormais (et pour contourner les décisions des autorités nationales), le recrutement se fait aussi par une technique de séduction. Elle consiste à repérer des numéros de téléphone de certains musulmans, à leur faire miroiter la bonne vie dans la forêt (Dar-es-Saalam) loin des brouhaha des Kafri (païens et mondains), une vie consacrée à Allah et à la suite du prophète Muhammad en terre sainte (Madina at Tauheed) dans la pure tradition et respect des préceptes (la Sunna du prophète) et dans une prise en charge totale. Pour former et (re) constituer l’Oumma des Croyants, certains responsables de la Communauté islamique du Congo (COMICO) notamment à Beni sont contactés par les jihadistes pour le recrutement (moyennant ou pas des espèces sonnantes et trébuchantes). Selon des sources fiables, 4 Musulmans dont 3 imams ont déjà fui Beni et seraient sous protection sécrète. Ce, pour avoir refusé de coopérer avec les jihadistes. Les effets escomptés, au-delà de la mort des innocents qu’ils n’ont pas encore (Dieu soit loué) atteints, les bombes artisanales sont un puissant et dangereux moyen d’action créant la terreur et la pagaille/panique dans la population. Car, conçues pour détruire la vie humaine ou rendre handicapées certaines personnes qui se retrouvent au mauvais endroit, au mauvais moment. Il est toutefois important de rappeler un fait qui ne doit pas être escamoté par les FARDC. Déjà en 2014, une évaluation à mi- parcours du front faite sur invitation de la jeunesse de Beni, indiquait que  : « Les FARDC ont rencontré 3 résistances de grande envergure, outre de nombreuses embuscades leur tendues. Les ADF disposaient des armes individuelles de type AK 47, des armes d’artillerie de type 14,5 mm longue portée utilisées comme anti-aérien, des lance-roquettes RPG 7, des bombes artisanales fabriquées avec du fer à béton dont plusieurs récupérées. »

Pour rappel, les ADF/MTM avaient signé les premières actions/réactions par des tirs d’obus sur la ville de Beni. Les premières bombes à mortiers 60 mm sont tombées sur la ville le dimanche 16 février 2014 au niveau du quartier Mupanda et du restaurant Pic-Nic. Les éclats ont touché une jeune fille lui perçant une oreille et un jeune garçon qui a eu un œil troué. Les bombes étaient vraisemblablement lancées à partir de la colline du Graben, au-dessus de la paroisse catholique de Malepe. C’est l’axe par lequel les ADF/MTM passent depuis le Bashu-Rwangoma-Mayangose-Semuliki. Le 2 mars 2014, une pluie d’obus est encore tombée sur Beni. Vraisemblablement, les jihadistes visent encore OZACAF, lieu où est stockée la logistique des FARDC. La déviation miraculeuse de l’itinéraire des tirs a épargné OZACAF (les dégâts humains et matériels auraient été incalculables car tout le quartier Résidentiel allait être pulvérisé comme récemment au Liban). Toutefois, les obus ont fait des victimes humaines et des dégâts importants. Dans une famille non loin de COHOBE, une fille et sa mère ont été touchées. La bombe a perforé la toiture de leur habitation. La jeune fille de 16 ans a été touchée aux les deux jambes dont l’une sera plus tard amputée à Goma avec l’aide du CICR. Son bras droit et son ventre atteints. Sa mère s’en est sortie avec le bassin déchiqueté et son père la colonne vertébrale dégingandée. En face de COHOBE, dans la parcelle où habitait Nicaise Kibel’Bel Oka, des éclats de bombes repoussés par le mur de la clôture ont fait souffler des vitres de deux maisons jumelées dont celle du journaliste. C’est la deuxième série de bombes.

Comparaissant devant la Cour militaire opérationnelle en foraine à Beni, le jihadiste Fiston Muhewa a décrit les manœuvres et la possession des engins depuis que le jihadiste Amadi Shabani alias Okapi (originaire d’Itombwe) leur avait laissé des bombes et accessoires. Lors de la fouille du gîte qu’ils occupaient au quartier Ntoni et d’une habitation au quartier Malepe, les FARDC ont saisi des bombes artisanales et des moyeux de vélo servant à la fabrication des bombes.

Puis vint la 3ème série de bombes. Lancées pêle-mêle, elles furent moins de dégâts humains ( le Blanc, élément de la Police nationale touché et 4 autres personnes) sur l’artère principal en face du quartier Mabakanga. La 4ème série (engin artisanal). Les engins explosifs improvisés plantés entre la Poste et la mairie de Beni visait Bwanakawa Masumbuko Nyonyi, le Maire de la ville qu’on a dégonflé après avoir démoli la mairie. L’engin avait été actionné à distance à 19 heures juste quand il voulait quitter son bureau. Les éclats ont soufflé les vitres de la mairie et une partie de la Poste laissant un trou béant. La 5ème série lancée le 11 septembre en 2018 ( bombe à mortier 60 mm) visait à nouveau l’OZACAF (logistique des FARDC). La bombe a échoué sur un arbre devant la banque TMB et les éclats ont percuté la supérette « Alimentation de l’est ». Dans une zone où tout es permis jusqu’à la mafia, il faut craindre que d’autres forces obscures qui ne trouvent pas leur compte avec l’État de siège en profitent pour imiter les jihadistes MTM. La guerre n’est pas une soirée dansante. L’État de siège est un fait anormal qui exige d’adopter des attitudes aussi « anormales » qui cadrent avec la mission assignée aux nouvelles autorités par Fatshi Béton sinon… Fiasco.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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