RDC/Beni. Assassinat du cheikh Ali Amin. Signature des ADF/MTM.

RDC/Beni. Assassinat du cheikh Ali Amin. Signature des ADF/MTM.

Beni. Ce samedi 1er mai. Il est 19h15. Une vingtaine de croyants sont à la mosquée Al Jammiya de Mupanda pour la prière du soir. Un homme apparaît à la fenêtre de la mosquée et ouvre le feu sur le Cheikh Ali Amin Ousman, responsable du culte musulman dans la région islamique de Beni et repart avec un sang froid incroyable. Dehors, son coéquipier l’attend sur une moto. Ils démarrent en trombe et disparaissent dans la nuit. Les croyants ont le temps de constater que leur Cheikh baigne dans le sang. Pleurs et émois. Cheikh Ali Amin Ousman succombera quelques minutes après. Cheikh Ali Amin a été enterré dimanche au cimetière musulman de Beni selon les rites musulmans devant une foule inconsolable, incapable de retenir ses larmes.

Accusé d’avoir trahi les ADF/MTM

Cheikh Ali Amin se savait en danger de mort. Il savait que ses heures lui étaient comptées depuis qu’il avait été mis en liberté conditionnée. Ses dernières prêches indiquaient qu’il se préparait au pire. En effet, Cheikh Ali Amin avait été cité par des jeunes jihadistes MTM arrêtés vers Kasindi comme étant l’un de ceux qui travaillaient avec les ADF/MTM. Interpellé le 4 avril 2021 par les services du renseignement T2 Sukola I, Cheikh Ali Amin avait tout rejeté en bloc. Les jeunes ADF/MTM avaient toutefois révélé deux faits. Primo, Cheikh Ali Amin aurait reçu de l’argent de la part des ADF/MTM pour le recrutement des jeunes gens mais aussi pour prêcher le jihad armé à la mosquée. Secundo, il est sous une fatwa pour n’avoir pas exécuté le contrat. Pendant les deux jours passés entre les mains des services, Cheikh Ali Amin Ousman a été confronté à ses accusateurs et avait tout nié. Il savait qu’il allait être assassiné. Les services du renseignement de Sukola I lui avaient même conseillé de rester en garde à vue en lui présentant le danger qu’il courrait. Cheikh Ali Amin avait accepté de bout de lèvres mais face à la tension et à l’agitation des musulmans et des groupes de pression dans la ville de Beni qui envisageaient des actions pour sa libération, Cheikh Ali Amin ne put que rejeter l’offre. Bien que son avocat se portât garant de sa sécurité, Cheikh Ali Amin se savait en danger et compatit les heures. Nul autre mieux que lui ne peut ignorer la signification du terme « fatwa ». Deux semaines après sa relaxation, Cheikh Ali Amin reçoit la concrétisation de la fatwa à travers des messages qui lui demandent clairement et sans équivoque de choisir entrer « servir les Kafri comme il le fait alors qu’Allah lui a donné la connaissance du Coran et enseigner correctement le Coran et la sunna ». La veille de sa mort (le 30 avril, soit 10 jours après avoir reçu ces menaces), un militaire FARDC, musulman tout aussi, est abattu à Mabolio par les mêmes qui vont assassiner Cheikh Ali Amin. Ils se promènent sur une moto. Cheikh Ali Amin comprend que son heure est venue. Il va être tué. Il va prêcher avec ferveur tenant un discours de vérité contre ceux qui veulent faire de l’islam une religion de la violence, condamnant pour ainsi le jihad armé. Ça sera son dernier message à ses ouailles.

Un crime planifié et exécuté avec méthode

Selon des sources fiables, les assassins, tous des jihadistes en provenance de Mughalika (lisez Mwalika) étaient arrivés jeudi sur moto à Beni. La présence parmi les croyants ce vendredi à la mosquée d’un garçon de Beni ayant disparu depuis de la circulation avait tiqué. Cheikh Ali Amin, ayant pressenti cette infiltration ce vendredi, a alors donné son dernier message en dénonçant les pratiques jihadistes interdites par la Communauté islamique du Congo (COMICO) dont un vrai musulman ne peut pratiquer. Le fait que l’assassin a choisi le temps de la prière pour abattre Cheikh Ali Amin Ousman en cette période du Ramadan, dans la mosquée, est un message fort de terreur envoyé aux autres musulmans pour leur montrer qu’ils ne sont pas à l’abri des jihadistes MTM. L’islam a grandi dans le sang et les jihadistes n’hésitent pas de punir par l’épée. Invité à donner une leçon publique à Kinshasa lors du 19ème anniversaire de la mort de Mzee Laurent Désiré Kabila, le journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka a fait savoir à l’assistance et aux musulmans que la première cible des MTM reste le musulman. Car, les jihadistes ne leur pardonnent pas le fait qu’ils n’appliquent pas ce qu’on appelle la « part d’Allah ». Ils sont sans pitié pour les croyants qui ne respectent pas le jihad armé. Ajoutant que dans la tradition de laquelle dépendent les MTM ( à savoir d’origine Tabliq), une de leurs missions reste la recherche des brebis égarées qui sont des musulmans qui n’utilisent pas le Coran et la Sunna du Prophète et la conversion forcée des kafri.

Que conclure pour Cheikh Ali Amin ?

Les accusations portées contre Cheikh Ali Amin étaient elles fondées ou pas ? Seul Allah le sait. Toutefois, une chose est à signaler. Certains faits allégués par le groupe de jihadistes qui avaient accusé Cheikh Ali Amin se sont avérés vrais notamment pour le cas de Mlle Sifa Masika (23 ans) informaticienne RD Congolaise arrêtée en Ouganda en possession des effets islamistes et d’autres personnes. Le triste assassinat de Cheikh Ali Amin nous pousse à tirer deux conclusions. Primo, il faut laisser les services de renseignement faire leur travail chaque fois qu’ils ont des informations sur un individu. Cette manie qu’ont certaines personnes de faire pression sur les services de renseignements n’est pas pour en finir avec le jihad dans la région. Cheikh Ali Amin en paie aujourd’hui le prix fort. Secundo. Le jihad islamiste a infiltré toutes les couches de la population (jusqu’aux élèves qui campaient à la mairie). Tertio, dans certaines circonstances, on doit cesser de brandir les droits de l’homme. Qu’on se souvienne de Hamza Katsambya de la MONUSCO abattu à 8 heures du matin le 5 février 2014 à Beni par des personnes sur moto, de Hamza Moussa, chauffeur abattu sur l’axe Mbau-Kamango, du capitaine Kabamba de Butembo. Le général FARDC et Cheikh Kalonda Famba (alors colonel et commandant du 801 Régiment à Mukakira/Oïcha) avait échappé au kidnapping des ADF/MTM à la mosquée d’Oïcha. Ils voyaient sa place parmi eux dans sa double casquette de Cheikh et de commandant. Ceux qui doutent encore du terrorisme islamiste (ce qui est aussi de leur droit) doivent savoir que des preuves incontestables existent et prouvent cette allégeance des MTM à l’État islamique dans sa filiale de l’IS-CAP avec Al Sunnah du Mozambique. Qu’Allah accueille l’âme de son serviteur Ali Amin Ousman

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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