RDC. ADF/MTM, une branche mal connue de l’État islamique. Et pour cause ?

RDC. ADF/MTM, une branche mal connue de l’État islamique. Et pour cause ?

(Beni. Une audience de la Cour militaire opérationnelle où comparaissent des jihadistes ADF. Archives Les Coulisses).

Le visiteur qui entre dans le bureau du journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka à Goma est frappé par les images des opérations Sukola I exposées sur les murs de bureau. Dans cette étonnante surprise, Kibel’Bel Oka se met debout et commente les opérations Sukola I à travers les images dans les détails sur l’identité des jihadistes de Madina At Tauhweed Wal Muwahedeen (MTM) communément et abusivement appelés les « rebelles ougandais des ADF ». Le visiteur, assoiffé de tout connaître sur les jihadistes qui endeuillent Beni, aurait souhaité voir toutes les images mais le journaliste lui répond avec regret : « On n’a pas de soutien pour développer et mettre dans des cadres toutes les images. L’échantillon-ci nous coûte déjà cher. » Les jihadistes MTM sont un de deux épicentres de l’État islamique dans sa province de l’Afrique centrale (IS-CAP). Nicaise Kibel’Bel Oka explique comment les islamistes de Beni se sont cachés sous une fausse dénomination jusqu’à maturité et comment il a découvert avec le général Marcel Mbangu (chacun de son côté) cette appellation de MTM. Mais avec un goût amer, il ajoute : « Le général Bauma disposait des éléments sur MTM qu’il n’avait malheureusement pas exploités. Nous avons reçu à travers à un ami Français, des images de torches portant mention « MTM 428 » que le général Bauma avait récupérées déjà en 2014 auprès des ADF. Dernièrement, le général Chicko Tshitambe nous a aussi confirmé que ces torches sont entreposées à Beni. » Voilà qui explique que les islamistes de Beni ne sont pas des rebelles ougandais des ADF mais bien des combattants (Moujahideen) de la cité sainte de Madina, en plein parc national des Virunga.

Les Islamistes MTM sont-ils vraiment mal connus ?

(Beni. Exposition des corps des soldats Tanzaniens de la FIB tués lors d’un accrochage avec les jihadistes MTM à la Semuliki. Archives les Coulisses)

Dans son premier ouvrage sur les ADF, Nicaise Kibel’Bel Oka titrait : « Jihad en RDC. Un terrorisme islamiste ADF mal connu ». Cinq années après, il est inacceptable que les MTM soient mal connus des Congolais mais surtout méconnus de la Mission des Nations-unies au Congo (MONUSCO) qui vient d’enregistrer un autre décès le 10 mai 2021 ( caporal Chitenji Kamanga) tuée lors d’une attaque de leur position à Kilya/Beni, après celui de 15 casques bleus Tanzaniens au pont Semulki en 2917. Les islamistes MTM ne sont plus inconnus du public. Vendredi 14 mai 2021, les islamistes MTM ont publié sur les réseaux sociaux une trentaine de photos où ils célèbrent la fin du Ramadan et la rupture du jeûne. En 2016, France Télévision a publié sous la plume de Martin Mateso une longue interview du journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka avec illustration sur les islamistes ADF. En 2019, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guttteres l’a reconnu sans ambages : « Ceux qui tuent la population à Beni sont des terroristes islamistes. » Aussitôt investi, le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi a reconnu le terrorisme islamiste à Beni. Récemment encore (mars 2021), le Département d’État américain venait de reconnaître les ADF comme une filiale de DAECH (ADF/DAECH/RDC). Du côté de la presse et des médias, comme toujours, la RDC sommeille encore entre doute, hésitation et paresse. Le site sénégalais DakarActu a publié un très bon article au titre significatif : « Les ADF. Une très méconnue branche de l’État islamique en RDC ». Nos confrères sénégalais se posent la question sur l’État de siège et sur l’assassinat le 1er mai 2021 du Cheikh Ali Aminn Ousman dans la mosquée Jamiyya de Beni. Le 10 mai 2021, The Guardian, journal Britannique publie un long reportage sur les MTM : « Welcome to Semuliki : On the trail of ADF’S Islamist militants – Bienvenue à la Semuliki. Sur les traces des militants islamistes ADF » sous la signature du photojournaliste Hugh Kinsella Cunninpham. Comme on peut le constater, c’est plus par mauvaise foi que par ignorance ou paresse que certaines personnes et organisations ne veulent pas reconnaître le terrorisme islamiste à Beni. Logiquement, reconnaître les ADF comme mouvement terroriste islamiste reviendrait à remettre en cause tous les rapports des experts, certaines ONG locales et internationales et autres spécialistes autoproclamés de la RDC qui ont cité les officiers FARDC dans les tueries de Beni. Ce qui signifierait aussi qu’on a menti expressément à tout un peuple en taisant la vérité sur le drame qui lui est arrivé et on a sciemment refusé de lui donner les moyens de combattre le terrorisme islamiste. Personne n’est prête à assumer une telle responsabilité qui équivaudrait à une turpitude.

MTM et al Sunna, filiales de l’État islamique en Afrique centrale.

(Des ADF/MTM dans leur camp de Madina/Ruwenzori en plein parc national des Virunga. Archives Les Coulisses).

De nombreux rapports des experts des Nations-unies sur la RDC se terminent par cette laconique et maladive phrase : «  Nous n’avons trouvé aucun lien entre les ADF et l’État islamique… » La question qui devrait leur être posée est celle-ci : « Avez-vous frappé à de bonnes sources ? » Si les experts ont été paresseux dans leur méthode de travail ou si leur bonne foi avait été trompée, l’honnêteté intellectuelle les oblige à préciser que (peut-être) d’autres personnes mieux informées qu’eux ont découvert cette relation. Nous sommes un peuple mentalement et spirituellement « colonisé » qui ne croit pas en ses propres fils et à ses propres valeurs. Les premières revendications des actes terroristes dans Beni par l’État islamique datent du 18 avril 2019. Entre une revendication et une allégeance, il se passe du temps. Parce que c’est un processus qui exige une étude du groupe qu’on veut parrainer. Toutefois, il est à noter que les liens entre MTM et Al Sunna du Mozambique ont été confirmés après l’arrestation de deux imams ougandais (Cheikh Abdul Rahman Faisal Nsamba, président de la mosquée Usafi de Kampala et son coéquipier) qui avaient échappé à la police ougandaise après la fusillade de la mosquée Usafi (Cfr dossier Susan Magara). Cette arrestation a eu lieu dans un camp d’entraînement des islamistes dans le district de Cabo Delgado au Mozambique. Idéologiquement, MTM et al Sunnah signifient à peu de choses près la même chose. MTM fonde son idéologie sur le 1er de 5 piliers de l’islam (Unicité de Dieu et de son messager, le Prophète Muhammad) et Al Sunnah signifie « Ceux qui suivent le Prophète Muhammad, les disciples du Prophète». Les deux mouvements sont liés par le Coran et la Sunna du Prophète.Ils sont devenus depuis 2018, les deux épicentres de la Province Afrique Centrale de l’État islamique (IS-CAP) avec comme base de commandement la Somalie.

Les ADF/MTM se reconnaissent des Moudjahidin et se considèrent déjà bénis et victorieux dans cette guerre qu’ils mènent contre les FARDC et la population dans Beni ville et territoire.

Dans le Grand Nord (Beni-Lubero), ceux qui s’intéressent à la question islamique et les services du renseignement savent que Djibril Muhindo Okando Amir, officiellement cordonnier réparant des savates devant la mosquée de Butembo et vice-président chargé du développement de la région islamique de Butembo, avait fait de la mosquée de Butembo un carrefour des rencontres où Somaliens, Tanzaniens et autres se ressourçaient avant de rejoindre Madina. Il était aussi le chef d’une ONG pakistanaise « Jammah tabligh », branche de la Muslim Foundation of Congo (MFC) des Pakistanais de Kinshasa. De telles informations, on ne peut pas les trouver dans une chambre d’hôtel. Et ne pas en disposer ne signifie pas qu’il n’existe aucun lien entre le MTM et l’État islamique. Il faut lire utilement les deux ouvrages de Nicaise Kibel’Bel Oka « L’avènement du jihad en RDC. Un terrorisme islamiste ADF mal connu » publié en 2016 et « Jihad en RDC. Exhortations, témoignages et vitalité des ADF/MTM » publié en 2019 , tous deux aux Éditions Scribe/Bruxelles pour comprendre les tueries de Beni qui frappent indistinctement musulmans (brebis égarées) et les non musulmans( les Kafri) parce qu’ils freinent l’avènement du califat.

MTM n’est pas une branche méconnue moins encore mal connue de l’État islamique en RDC. Pour des raisons diverses et de business, certaines personnes en Occident même parmi les Congolais de Beni ont refusé de reconnaître cette douloureuse réalité et s’attaquent littéralement à ceux qui en parlent pour que les tueries de Beni continuent. Par manque d’honnêteté intellectuelle, certains experts occidentaux s’approprient déjà les découvertes de Nicaise Kibel’Bel Oka sans le citer. Un jour, pour un peu caricaturer l’artiste-musicien congolais Lokua Kanza, même la météo témoignera du terrorisme islamiste de MTM.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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