Portrait des disparus de la paroisse de Mbau/Beni.

Portrait des disparus de la paroisse de Mbau/Beni.

1. Jean-Pierre Mumbere Ndulani est né à Musienene le 26 juin 1962. Originaire de la chefferie de Baswagha dans le territoire de Lubero, il a été ordonné prêtre de la Congrégation des Augustins de l’Assomption après le Petit séminaire Tumaini Letu et la philosophie ( graduat) au Scolasticat saint Augustin de Bulengera à Butembo. Il fait des études de théologie (graduat) à l’Institut saint Eugène de Mazenod des Oblats de Marie Immaculée à Kinshasa. Il a été tour à tour Vicaire à la paroisse de Mbau, curé de la paroisse Saint Esprit d’Oïcha avant d’aller en Équateur (Amérique latine) où il a passé 6 ans (2001-2006). Le père Ndulani a passé les 6 autres années en Écosse (2006-2012) pour des motifs d’études. Les Assomptionnistes n’ayant pas de communauté en Écosse, il restait dans un couvent des religieuses. Pendant son séjour en Irlande, il fut étudiant en Administration des entreprises et en écologie et tourisme (2006-2012). Dans le sillage de certains de ses confrères, les mauvaises langues racontent qu’à son retour dans le diocèse de Butembo-Beni, il n’avait présenté aucun document académique du Royaume-Uni. Il brandissait des photocopies en espagnol pour des études faites en Ecuador où il était en mission. Certains de ses confrères remettaient en question la possibilité des études formelles. Outre le kinande et le swahili, il parlait couramment l’anglais, le français, le portugais et l’espagnol.

De sources variées confirmées par certains de ses confrères, il n’avait pas coupé les liens avec le terrain et ne cessait de s’intéresser avec ce qui se passait sur place. Quinze jours après son retour au pays, il fut affecté de nouveau à la paroisse de Mbau. Il promettait à qui voulait l’entendre que les difficultés financières de la paroisse de Mbau, l’une de plus pauvres du diocèse reflétant le nom lui donné, trouveraient des solutions. Dans le cadre des études qu’il avait entreprises, racontait-il, il aurait eu des fonds pour construire ça et là des centres. Malheureusement, il sera enlevé le 19 octobre 2012 à 21h05 avec deux de ses confrères sans avoir eu le temps de mettre en exécution tous ces beaux projets.

2. Anselme Kakule Wasukundi est né à Musienene le 28 avril 1971. Comme le père Jean-Pierre, Anselme est aussi originaire de la chefferie de Baswagha dans le territoire de Lubero. Il fait des études de philosophie (graduat) au Scolasticat saint Augustin de Bulengera/Butembo, puis termine la théologie chez les pères Oblats à l’Institut saint Eugène de Mazenod à Kinshasa en 2002. Il est nommé formateur au Postulat de Kinshasa, à la paroisse Divin Maître à Masina sans fil ( 2003- 2006). Rentré dans son diocèse de Butembo-Beni, le père Anselme est Vicaire de la paroisse Kitatumba avant d’entreprendre des études d’Histoire à l’ISP/ Muhangi où il obtient une licence en 2012. Il sera nommé Curé de la paroisse Notre Dame des Pauvres de Mbau en remplacement du père Augustin Mbusa, parti la veille de la date fatidique. C’est de là qu’il sera enlevé avec ses deux confrères le19 octobre 2012. Il parlait français, lingala, anglais et parfaitement le kinande et le swahili.

3. Edmond Bamtupe Kisughu, né à Musienene le 20 mai 1959.Comme les deux autres pères, Edmond était aussi originaire de la chefferie de Baswagha dans le territoire de Lubero. Il fait le Petit séminaire Tumaini Letu et termine ses études secondaires au collège Kambali de Butembo. Graduat en philosophie au Grand séminaire de Murhesa à Bukavu en 1981 et théologie au Grand séminaire de Fataki et saint Cyprien à Bunia en 1986, le père Edmond commence une riche carrière missionnaire. Il est envoyé comme Vicaire à la paroisse de Mutwanga (1986-1989), puis passe une année à Kinshasa. Il retourne dans son diocèse de Butembo-Beni où il est nommé Curé de la paroisse Kitatumba (1990-1992), Vicaire à la paroisse de Kyondo (1992-1993), Vicaire à la paroisse de Luofu (2007-2009) pour atterrir enfin comme Vicaire à la paroisse de Mbau (2009-2012) jusqu’à la date du 19 octobre 2012 où il est enlevé avec ses deux confrères. Il parle français, anglais ; kinande et swahili avec maîtrise.

A ces trois prêtres disparus, il faut ajouter la sentinelle des pères assomptionnistes de la Palmeraie de Mbau (PalMba) chassée cette même nuit avant d’être enlevée avec les trois prêtres mais également leur domestique Véronique et son père, enlevés trois mois après Jean-Pierre, Edmond et Anselme. Que dire de toutes ces coïncidences dans le parcours de ces trois missionnaires ? Une seule réponse, les voies du Seigneur sont impénétrables. Depuis leur village de Musienene qui garde leur nombril et où la vocation les a trouvés et emportés avec enthousiasme pour servir dans la vigne du Seigneur, nos trois pères sont restés frères jusqu’au sacrifice (sans sépulture).

Prisonniers de la vérité qui nous échappe et que peu de gens ont toujours étouffée, nous sommes dans une tranquillité impossible, dans une intranquillité revendiquée, dans une conscience chargée face à nos trois prêtres qui ont dégusté les joies de l’injustice humaine, de l’égoïsme au lieu d’en souffrir. Car, la vraie question reste celle-ci : « Nous qui nous disons frères et qui nous vantons de les avoir connus et aimés, comment comptons-nous payer cette dette à Dieu, alors que nous, pour exister dans ce monde, faisons de l’ombre au sacré ? »

Heureusement que la souffrance subie et vécue par Edmond, Anselme et Jean-Pierre, à cause de notre méchanceté et notre hypocrisie, les identifie depuis au Christ. Et là où ils sont, Edmond, Anselme, Jean-Pierre et Cie se moquent de nos gesticulations, du faux amour que nous faisons semblants de leur témoigner, en parole et acte, en gestes voire par écrit. Eux, dans la lumière du Christ et à sa suite, ils nous ont pardonné. Mais Dieu ne nous a toujours pas pardonné parce que, dans l’orgueil de philosophe, de théologien, de charismatique que nous portons, nous n’admettons pas notre part de responsabilité en tant que chrétien et/ou missionnaire dans leur calvaire. Ne devrions-nous pas nous interroger, tout compte fait et face à cette déshumanisante affaire, sur le regard du prêtre sur le laïc en sachant que la dimension missionnaire est une dimension d’aller vers les autres afin de cheminer avec eux ? On peut tout dire, maudire ceux qui s’interrogent par vocation pour essayer de trouver des réponses, ceux qui ne sont pas comme nous, cet fâcheux événement survenu dans notre diocèse doit interpeller chaque minute notre Église sur la qualité de notre charité sinon il n’aurait servi à rien.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *