Nord-Kivu. Un député se dispute une concession de 168 ha avec ses électeurs.

Nord-Kivu. Un député se dispute une concession de 168 ha avec ses électeurs.

( Paysage de Nyiragongo)

Les violons ne s’accordent pas entre Mwanza Singoma Hamissi, député national élu du territoire de Nyiragongo et les paysans du village Kanyanja. La pomme de discorde, c’est une concession de 168 hectares dont chaque partie se prévaut lui appartenir. Devant l’allure que prend le dossier, le bourgmestre de la commune rurale de Nyiragongo, qui avait cru résoudre ce différend, a jeté l’éponge. Pour lui, cette affaire prend une dimension meurtrière avec des craintes légitimes face à une population qui refuse de se voir spolier « sa » terre et revendique haut et fort la concession. La vingtaine de journalistes qui avaient fait le déplacement jeudi 8 mars 2021 de Goma à Kibumba pour assister au point de presse du bourgmestre ont pu observer la détermination des femmes qui labouraient paisiblement leurs champs. Ainsi donc, le bourgmestre a-t-il décidé de remettre la patate chaude dans les mains de l’autorité provinciale. En faisant intervenir le gouverneur Carly Nzanzu Kasivita, le bourgmestre se lave les mains à la manière de Ponce Pilate. Depuis 2018, le député national et élu de Nyiragongo Mwanza Singoma Hamissi a acquis cette concession de 168 hectares aujourd’hui querellée. Les journalistes qui ont couvert ce point de presse ont appris que la population n’a pas répondu au rendez-vous fixé pour que chaque partie apporte les preuves qu’elle détient sur cette propriété. Seul l’élu de Nyiragongo a présenté tous les documents exigés pour jouir de ladite propriété. De là à conclure que la population est fautive, on franchit vite le Rubicon. Ce dossier exige beaucoup de sagesse. Car, comme dans le conflit de Djugu (Ituri) qui a dégénéré en guerre interethnique entre Hema et Lendu, faisant au bas mot 50 mille morts, ici se pose un conflit de droit entre les documents écrits dont dispose Mwanza Singoma Hamissi et l’antériorité de l’occupation de l’espace par la population. Si on se réfère à la Loi Bakajika qui accorde un délai de deux ans pour rendre les titres inattaquables, le député Mwanza Singoma Hamissi pourrait avoir raison au regard de la date de l’acquisition du domaine querellé. A compter sur le bout de doigts de la main, cela fait effectivement 3 ans depuis qu’il a acquis la concession et, au regard de la Loi Bakajika, le délai est dépassé. L’on comprend aisément pourquoi le député a attendu que les 2 ans passent pour rendre l’affaire d’actualité aujourd’hui. Mais, le bon sens oppose à cette loi, l’antériorité des occupants du site qui souvent ne savent pas le droit écrit et sont surpris quand ils apprennent que ce qu’ils considèrent comme cette terre-là ne leur appartient pas et qu’ils sont incapables de prouver cette appartenance par des documents écrits. Le gouverneur du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita est appelé à arbitrer cette délicate question avec dextérité et plus de sagesse pour éviter qu’il y ait mort d’homme. Ce qui éviterait à la province de revivre des cas douloureux comme ceux de la famille Ngezayo dont on pleure encore la mémoire. En tout état de cause, Mwanza Singoma Hamissi doit se rendre à l’évidence que ce n’est pas le nombre de journalistes invités à le soutenir qui trouvera solution à ce différend mais un arrangement à l’amiable en faisant de concession dans une sorte de « Qui perd gagne ». Car ces paysans resteront toujours ses voisins, partant ses électeurs. On ne sait jamais.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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