Nord-Kivu: Quand « Dialogue de vérité » exacerbe la haine entre communautés.

Nord-Kivu: Quand « Dialogue de vérité » exacerbe la haine entre communautés.

On voulait d’un dialogue de vérité à la recherche de la vérité censée n’avoir jamais été connue des organisateurs pour résoudre les épineux problèmes des conflits communautaires avec leur corollaire d’insécurités chroniques dans la province. Et le dialogue, haut lieu de démocratie, a accouché de la haine ethnique et du refus d’écouter d’autres sons de cloche. Au demeurant, trois députés provinciaux des territoires autres que celui du gouverneur, se sentant lésés, peignent le décor : rotation au poste de gouverneur de province. On observa durant près de dix jours une levée de boucliers suivie de réactions épidermiques dans les réseaux sociaux, des réflexions des spécialistes et théoriciens des principes de la majorité numérique pour matraquer ces trois « mécréants ». Le dialogue cessait d’être celui de la vérité qui fait mal pour devenir un monologue. Or, pour soigner un abcès, il faut inciser sans crainte d’exposer la laideur repoussante aux bienfaits de l’air et de la lumière, a enseigné martin Luther King.

De l’avis des observateurs avertis, ce dialogue n’était qu’une perte de temps, mieux une justification au niveau national de la gestion d’une année par les nouvelles autorités provinciales. D’entrée de jeu, l’un des orateurs a brossé le panorama de tous les dialogues tenus dans la province et les difficultés auxquelles ils se sont butés. Tous ces dialogues assortis des actes d’engagement, des recommandations et des mises en place des comités de suivi sont morts au lendemain de leurs clôtures. Faut-il aussi craindre pour celui de Cap Kivu Hôtel tenu du 29 au  31 juillet 2020 ?

Un dialogue de trop ?

Il faut dialoguer mais pour quels résultats ? Les bonnes intentions à elles seules suffisent-elles quand on sait que même l’enfer est pavée de bonnes intentions ? L’on connaît les problèmes récurrents débattus lors de ces assises et l’on sait aussi qu’aucune solution envisagée n’a été appliquée sinon partiellement. Les précédents dialogues avaient entre autres comme objectifs toujours réactualisés :

reddition volontaire des groupes armés communautaires, de nos enfants,

s’accorder sur l’identité des auteurs des massacres de Beni,

désigner à l’unanimité les ADF comme les auteurs des massacres des populations de Beni,

une communication responsable de la part de tous reposant sur la conscientisation de la population et la collaboration avec les forces de défense et de sécurité en vue de mettre fin aux massacres,

cohésion inter communautaire en vue d’atténuer les tensions existantes,

sensibilisation des groupes armés par les communautés en faveur de la reddition volontaire de nos enfants.

Des questions légitimes ont été soulevées par ceux qui étaient en dehors de quatre murs de Cap Kivu Hôtel sur le profil des participants. Peut-on parler d’un dialogue de « vérité » au Nord-Kivu sans la participation des personnalités emblématiques connues ? Peut-on aborder les questions épineuses de sécurité et de cohabitation entre communautés sans inviter les notables et les seigneurs de guerre ?

L’on rappelle que parmi les recommandations sorties du dialogue de vérité, il en y a une très importante, à savoir la sensibilisation des groupes armés locaux par les communautés en faveur de la reddition volontaire, sensibilisation qui devrait mettre fin à l’instrumentalisation des communautés.

Là où le bât blesse, c’est la contradiction qui annihile les bonnes intentions des participants au dialogue. On ne peut pas demander à l’Etat central de renforcer les effectifs des FARDC et de la PNC, et ce, pour deux raisons :

primo, il faut avant tout réussir à sortir (nos) enfants de la brousse et à aimer la patrie. C’est le travail de sensibilisation reconnu à chaque communauté. Secundo, les services de défense et sécurité et de l’ordre manquent d’effectifs. Demander à l’État de renforcer les effectifs, c’est mettre la charrue devant le bœuf. Par contre, il faut encourager nos enfants à embrasser la carrière militaire et à servir sous le drapeau national.et donc, à s’enrôler massivement dans l’armée et les services de l’ordre. Au finish, que retient-on de ce que le commun des mortels ne savait pas ? Faudra-t-on organiser un autre dialogue où les participants seront recrutés par leur degré de donner la mort et la désolation aux populations civiles ? Si oui, avec quel argent ? Faudra-t-il organiser un dialogue avec comme critère de participation les leaders résidant à Kinshasa ? Puis un autre avec ceux de la diaspora Nord-kivutienne ? Pourquoi n’a-t-on pas interrogé les archives de la Conférence de Goma de 2008 ? Muatais mutandi, en l’Ituri, les autorités provinciales donnent l’impression de ne rien comprendre de ce qui s’y passe. Elles peuvent dialoguer avec la FRPI, refuser de dialoguer avec la CODECO, observer avec impuissance ZAÏRE ou Chini ya Kulima.

Il est absurde que les autorités provinciales se targuent d’avoir analysé les problèmes sécuritaires de la province et de proposer comme solution idoine, pince sans rire, le DDR, point, barre.

Le DDR, c’est vraiment le tonneau des Danaïdes.

Sommes-nous si aveuglés pour comprendre que le DDR, dans sa formule actuelle, est rouillé et inopérant qu’il mérite une autre thérapie ? Sommes-nous incapables de comprendre les dynamiques à l’œuvre ? Programme budgétivore, le DDR a enrichi une certaine catégorie d’acteurs et a renforcé l’insécurité donnant le goût du lucre aux démobilisés. Comment pouvons-nous espérer que Kinshasa puisse réussir à sensibiliser nos enfants là où nous-mêmes sommes incapables d’être écoutés par nos propres enfants qui ont choisi la brousse ?  Est-il encore un secret à révéler à l’opinion nationale que « nos enfants exigent d’être reconnus en grade, d’être  dotés des uniformes FARDC, d’être payés par l’État congolais à la seule condition de rester et régner sur nos terres ?» Si cela est connu, alors pourquoi revenir sur le DDR ? Que cache-t-on à toujours chercher à remplir le tonneau des Danaïdes ?

Pour toute personne soucieuse de la fin des groupes armés à l’est du pays, la première de questions se pose en terme d’évaluation en énergie et en quantité d’argent englouti dans ce fameux DDR/DDRRR. A ce jour, personne n’est capable de donner avec objectivité et exactitude (approximative) le nombre d’armes, le type d’armes récupérées mais surtout les pays de provenance, la traçabilité depuis le fabricant, le vendeur et le courtier. La MONUSCO n’en parle plus qu’ en de rares occasions sans conviction. La deuxième question est celle de cette propension éternelle de (nos) enfants à  caresser la kalachnikov et à s’exiler dans les groupes armés avec haine des FARDC. Comment des Congolais « normaux » peuvent se liguer contre l’armée nationale et l’embusquer à tout moment ?

Répondre à ces préoccupations par les élus communautaires est une des voies de solutions à cette obsession. De la sorte, Kinshasa ne viendrait que comme appui aux solutions locales, provinciales.

Le retour de la paix resté  au niveau des intentions se fera-t-il par imposition ou par la prière ? Comment l’imposer avec de dizaines de milices locales et étrangères dans lesquelles les éléments armés se recrutent parmi nos enfants ? Comment imposer cette paix tant recherchée si nous sommes incapables de parler à nos propres enfants ? C’est à quand ce retour de la paix ? Bientôt comme avec Jésus- Christ ou on attendra comme « En attendant Godot » ?

Nicaise Kibel’Bel Oka

Journal Les Coulisses

Les Coulisses

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