Nord-Kivu. Les gladiateurs communautaires !

Nord-Kivu. Les gladiateurs communautaires !

( Une vue de la ville de Beni lors des manifestations anti MONUSCO)

Ils se sont affrontés avec machettes, pierres et gourdins. Bilan : 10 morts, 34 blessés et des habitations incendiées. Au demeurant, un motard transportant de la braise et un « Tshukudeur » tués par les personnes soupçonnées appartenir à la communauté qui exigeait le départ de la MONUSCO. Pour non observance des consignes. Et la revanche de la communauté à laquelle appartenaient les deux infortunés n’a pas tardé. Ils se sont affrontés dans Goma et la périphérie paralysant toutes les activités. Dans une ville cosmopolite, au vu et au su des autres communautés qui regardaient en spectateur. Massacres de l’innocence, catastrophe du silence. Les effets dépassent l’événement. Mais comment la terreur est-elle devenue réalité ? Les identités meurtrières, pour reprendre Amin Maalouf, se sont révélées plus meurtrières jusqu’à casser la paix de cimetière observée dans Goma et toute la province. Aujourd’hui, plus qu’hier, tout peut basculer. Et la paix est très fragile. Elle ne dépend pas de nous mais de ceux qui croient avoir le monopole de la violence. Goma ne tient que par la volonté des uns et des autres, là où l’État brille par un discours de supplication. L’État est devenu quémandeur de la paix auprès des groupes (armés) de pression. Pourquoi deux communautés appelées à vivre ensemble peuvent-elles se livrer en gladiateurs jusqu’à faire couler du sang ? Ils s’affrontaient déjà dans les deux territoires de Lubero et Rutshuru. Ils ont transféré les affrontements dans le territoire d’Irumu en Ituri.

La peur, cette peur de sa perte par autrui, qui pousse à se présenter en matamore, en victime. Dès lors que le voisin apparaît comme une insécurité pour nous. Entre les deux voisins pèse infiniment un soupçon sur le comportement de l’autre dont les moindres actes sont soumis à l’interprétation. Conséquence. Le voisin anticipe sa réponse aux intentions, aux volontés de jugement et d’offense qu’il prête à l’autre.

D’où viendrait cette peur après tant d’années de vie commune ? Pourquoi nourrir la hantise du voisin ? La peur de la raison échappe à l’humain brouillé, dispersé par une mystérieuse et invisible angoisse. La peur de la peur. On vit la victoire de la violence, de l’irrationnel, de l’intolérance.

Les gladiateurs de deux communautés qui se regardent ne désarment pas. On a beau leur confier la gestion de la province et de l’assemblée provinciale. Sans effet. Ils ont ramené à la surface les frustrations enfouies dans leur subconscient. Du jour au lendemain, les groupes de pression se transforment en milices armées (maï-maï) et défient les FARDC et les casques bleus. Ils se permettent même de confisquer des armes entre les mains des soldats et/ou des policiers. Ce comportement des gladiateurs de tous bords doit interpeller la conscience nationale. Il relève de la complicité et de la complexité de la problématique de l’insécurité à l’est de la RDC. Ce n’est ni l’armée moins encore les casques bleus qui pourraient ramener la paix à l’est. La paix est un état d’esprit. Elle est une culture qui nous fait quitter cette obsession/tradition où les relations « normales » entre les communautés sont marquées par la violence. Pour une culture de la paix, seule l’éducation en reste le meilleur remède. L’éducation dans les familles, dans les communautés religieuses, dans les associations culturelles ethniques, dans les sports, etc.

Le message des Évêques de la CENCO retentit encore et toujours dans nos cœurs : « Arrêtez de tuer vos frères ». Pour vu que ce message soit suivi d’une pédagogie morale.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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