Museveni fait chanter Tshisekedi pour retourner au Congo

Museveni fait chanter Tshisekedi pour retourner au Congo

Le mini-sommet des Chefs d’État de la région des Grands Lacs qui devait se tenir à Goma a avorté en dernière minute sans qu’aucune explication officielle ne soit donnée. Et pourtant, dès mercredi, les délégations ougandaise et rwandaise séjournaient déjà dans la ville touristique de Goma et des dispositions sécuritaires avaient été prises pour le bon déroulement dudit sommet. L’équipe d’experts ougandais qu’accompagnait Jean-Pierre Massala, notre Chargé d’affaires en Ouganda, avait travaillé avec les autres équipes à Goma pendant deux jours.

L’attitude du président Museveni serait à la base de l’annulation du mini-sommet de Goma, a-t-on appris des sources fiables. Le prétexte du président ougandais est connu. Comme lors de la rencontre des États-majors intégrés à Goma en novembre 2019, où le tout a capoté juste à la signature de la mise en place de l’État-major intégré, le président Museveni ne tient pas à faire progresser les choses tant que ses desiderata ne seront pas pris en compte par le président Félix-Antoine Tshisekedi de la RDC. C’est sur base de cela qu’il fait du chantage.

Le chantage du président Museveni

Le chantage de l’Ouganda est connu de tous . Pour le président Museveni, Félix-Tshisekedi doit accepter que l’Ouganda entre en RDC pour mener des opérations conjointes UPDF-FARDC contre les terroristes MTM. Mais l’Ouganda précise qu’il ne sera jamais partie prenante tant qu’il sera question de mener lesdites opérations avec d’autres pays notamment le Rwanda. Museveni tient mordicus à ce que l’UPDF retourne en RDC dans la partie Beni-Ituri. En réalité, rapporte un analyste, la volonté du président Museveni de retourner au Congo n’a rien à voir avec la lutte contre les groupes armés mais répond plutôt du business. A chaque fois que l’occasion se présente, Museveni n’a jamais hésité à l’exprimer aux Congolais notamment lors des pourparlers avec le M23. Pour Museveni, dans sa stratégie du business, la RDC doit revenir vers l’Ouganda pour aborder des questions économiques afin de permettre l’harmonie dans la sous-région (pétrole, intégration régionale avec possibilité d’un port sec intérieur en RDC pour permettre le chemin de fer à Kasese et créer un carrefour de développement). Ceci selon l’Ouganda, pour couper court à toute tentative d’entrer par effraction en RDC.

Cette volonté de l’Ouganda a été répercutée récemment par certains notables du Grand nord de la province du Nord-Kivu. Ces notables suggèrent que les FARDC puissent mener les opérations avec l’UPDF. Pour le président Museveni qui doit briguer un énième mandat à la tête de son pays, la période s’y prête bien. Comme par le passé, il a besoin des électeurs qui viendront du Grand Nord et qui devront traverser la frontière avec des laissez-passer pour voter pour lui.

En langage diplomatique, les chefs d’État ont posé le problème de l’opportunité de cette rencontre quelques jours avant le sommet des Nations-unies à New York et pour enflammer la toile, on y a ajouté la crainte exprimée par Museveni d’être abattu par les services d’intelligence de Paul Kagame en survolant le territoire rwandais et que la RDC était infiltrée par des Rwandais. Certes, les rapports entre Museveni et Kagame se sont refroidis ces derniers temps mais accréditer la thèse d’une attaque de l’avion de Museveni par les forces spéciales rwandaises revient à accepter que la thèse refutée selon laquelle le FPR avait effectivement abattu l’avion du président Juvénal Habyarimana. Tout comme faire croire que Museveni craindrait des infiltrés rwandais en RDC, c’est oublier que l’Ouganda est l’un de rares pays où l’on trouve des Tutsi rwandais dans les institutions étatiques. Il n’y a que des non avertis qui puissent y croire. Kagame et Museveni ont des parrains communs qui veillent à ce qu’ il n’y aait pas trop de casse dans leurs relations tumultueuses.

Tshisekedi, la poule aux œufs d’or

Il n’est un secret pour personne que Paul Kagame et Yoweri Museveni veulent , chacun, avoir le président congolais de son côté. Chacun de chefs d’État de la région tient à utiliser l’aura de Félix-Antoine Tshisekedi pour profiter des opportunités qu’offre la RDC dans l’intégration régionale. C’est ainsi qu’on observe moins de critiques sur la RDC dans la région. Chacun veut privilégier la ligne de la coopération avec la RDC. On ne doit pas oublier que Tshisekedi et Lorenzo offrent leur bons offices à la réconciliation de deux frères ennemis mais aussi à harmoniser avec le Burundi. Quitte au président de la RDC de bien gérer ses relations avec les frères ennemis pour le bien de la RDC notamment dans le domaine sécuritaire. Car, en politique, ce qui compte ce sont les intérêts.

Problèmes sécuritaires dans la région

Le président Museveni avait rejeté l’idée d’un plan des opérations militaires dans le Kivu et l’Ituri contre les groupes armés locaux et étrangers.

Ce plan élaboré par les FARDC sur proposition des Etats-Unis proposait d’inclure les armées de quatre États, ses voisins de l’est, le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda et la Tanzanie dans les opérations de neutralisation des groupes armés qui écument l’est du Congo. Au-delà des pays voisins, les planificateurs tenaient à associer la MONUSCO (Nations-unies) qui est déjà sur le terrain et la force américaine AFRICOM (USA). Partant du paradigme de la grenouille (on la laisse dans l’eau et on chauffe l’eau. Elle va y rester jusqu’à cuire comme les islamistes et les groupes armés locaux qui refuseront de se rendre), ce plan tablait sur la trilogie Dissuasion-Influence- Coercition.

Les motivations des FARDC se fondaient sur le constat de l’inefficacité (et donc de l’échec) des plans mis en place durant les cinq dernières années. Cette inefficacité serait due à la mauvaise analyse de différents fronts, la mauvaise perception de différents acteurs locaux et étrangers et du genre d’activités liées à l’instabilité et à l’insécurité dans ces zones de l’est. Enfin, aux mauvaises planifications des opérations de traque.

La mission des N-U s’est trouvée confronter aux mêmes difficultés, malgré toutes les résolutions. . Ces différents mandats détaillés et même renforcés par la Résolution 2053 du 27 juin 2012, puis par la Résolution 2098 du 28 mars (2013) ayant créé la Brigade d’intervention (FIB) pour tenter d’apporter une réponse à la persistance des groupes armés nationaux et étrangers n’ont pas arrêté la dégradation de la situation sécuritaire de la partie orientale du Congo.

Mathias Ikem

Les Coulisses

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