MTM (RDC) et al Sunnah (Mozambique) sont une filiale de l’E.I. (DAECH).

MTM (RDC) et al Sunnah (Mozambique) sont une filiale de l’E.I. (DAECH).

« Il n’y a plus d’ADF. Selon la volonté d’Allah, les ADF ont cessé d’exister il y a longtemps. (…) Actuellement, nous sommes une province, la Province Afrique Centrale, qui est une province parmi les nombreuses provinces qui composent l’État islamique qui est sous le calife et le Chef de tous les musulmans : Abu Ibrahim al- Hashimi al- Quraishi. » Voilà comment, dans une vidéo, Mussa Baluku présente son mouvement MTM.

Les États-Unis ont reconnu assez tardivement les ADF/MTM comme mouvement terroriste jihadiste affilié à DAECH, c’est-à-dire à l’État islamique. Cette reconnaissance tardive a suscité des réactions épidermiques de la part de ceux qui, dans une sorte de paranoïa, voient la main du Rwanda dans la tragédie de Beni. Des intellectuels et notables locaux animant des ONG ont vendu aux chercheurs occidentaux du vent sur les massacres des populations de Beni. Une fois la tricherie découverte, les experts et chercheurs ont rejoint les études du journaliste congolais Nicaise Kibel’Bel Oka. En 2019, Kibel’bel Oka complétait son premier livre sur le jihad en RDC par ce deuxième volume. Cette appellation ADF, qui n’a aucune connotation religieuse, n’existe plus comme le souligne Musa Baluku. Le MTM opérant dans la région de Beni en République démocratique du Congo et al-Sunnah opérant dans la province de Cabo Delgado au Mozambique sont affiliés à DAECH comme l’ont souligné les États-Unis mais préfèrent le terme en vogue de l’État islamique sous les ordres de qui ils forment la Province Afrique Centrale, en abrégé IS-CAP.

Les ADF/MTM et Ansour al-Sunnah sont des mouvements terroristes jihadistes qui sont soutenus par l’État Islamique (E.I.) et constituent l’épicentre de l’État islamique (E.I.) dans la Province de l’Afrique centrale, branche de l’État islamique en Irak et Syrie Levant (ISISL).

Les deux mouvements se réclament de la lignée du chef jihadiste Abou Bakr al-Baghdadi.

Abou Bakr al-Baghadadi, de son vrai nom Ibrahim Ali el-Badri, né en 1971 à Fallujah en Irak, s’est radicalisé en prison où il passerait 10 mois. Une fois libéré, il a constitué l’État islamique en Irak (E.I.I.) avec Abu Umar. A la mort de son compagnon Umar en 2010, Abou Bakr al- Baghdadi est désigné émir du groupe avec le soutien de Haji Bakr, de son vrai nom Samir Abd Muhammad al- Khlifawi, colonel de l’armée de l’air irakienne. Après le départ des troupes américaines, son mouvement trouve refuge en Syrie et fait allégeance en 2011 à Al Qai’da. Sachant qu’ Al Qai’da ne signifie rien d’autre que « Base » traduit par le lieu où l’on se réunit pour partager les enseignements du Coran et du Prophète, on lui trouve une nouvelle appellation. Désormais, il est désigné par « État islamique en Irak (E.I.I.). En avril 2013, il devient  « État islamique en Irak Levant », en sigle E.I.I.L. En février 2014, après l’assassinat d’Abou Saïd al Hadrami à Alep, l’E.I.I.L. entre en conflit avec al Qai’da. Le mouvement va rapidement progresser et gagner des zones importantes en Syrie orientale. Il rajoute à son ancienne appellation les parties annexées et devient « État islamique en Irak et Syrie levant », en sigle E.I.I.S.L. Depuis cette année 2014, il rompt son allégeance à Al Qai’da et, bénéficiant du chaos national et de la porosité de la frontière, il gagne la Turquie pour recruter en hommes et en logistique. Terrain favorable, car la Turquie appuie DAECH contre les Kurde de Syrie lors de la bataille de Kobané.

Ressemblance ADF et al Sunna

Quelle est la particularité de cette fusion sinon le pont géographique et idéologique entre les deux composantes de la branche RDC (MTM) et Mozambique (Al Sunnah). Superficiellement, les deux groupes semblent n’entretenir aucune relation. Cette distance géographique fait douter de nombreuses personnes. Idéologiquement, les deux groupes ont un dénominateur commun : Allah et le Prophète, le Coran et l’épée. Bien plus, la fluidité des échanges entre les pays de East Africa jusqu’au Kivu qui semble être leur terminus est connue de tous. Cette fluidité des échanges bénéficie aussi de la contrebande et de la fraude à grande échelle. A la fin de chaque Ramadan, on voit des imams (Tabliq) étrangers sillonner le Kivu pour le recrutement. L’on se souvient aussi qu’en 2014, les services congolais d’immigration (DGM) avaient retourné un groupe d’imams vers la Tanzanie parce qu’ils n’étaient pas en ordre avec les services. Ils sont revenus, une fois « en ordre ». Il existe des liens utilisés aussi par des passeurs et des radicaux du Kenya et de la Tanzanie, notamment à partir de Fizi et Uvira. Des prédicateurs radicaux basés sur « la base » alimentent depuis longtemps le conflit en Somalie et en RDC. Il suffit de se souvenir de l’histoire des Tabliq dans la région de Beni et de la construction de la mosquée « Taqua » abusivement appelée « le Troc » à Beni/Mabakanga.

L’arrestation de Jamil Mukulu en 2015 a fragmenté le groupe ADF dont une partie dirigée par Musa Muhsim Baluku a préféré rejoindre les jihadistes de l’E.I. D’autres groupes comme celui de Djaffar Benjamin Kisokeranyo, tout en restant actifs dans le Ruwenzori et au-delà de nos frontières, observent encore. Désigner MTM et al Sunnah comme mouvement jihadiste affilié à DAECH ne suffit plus. Ce qui est important et qui compte pour les Congolais singulièrement de Beni et Ituri, c’est de nouvelles approches en capitalisant cette reconnaissance mondiale de l’E.I. afin de le combattre et de le neutraliser pour ramener la paix dans cette partie du pays. Quelles stratégies mettre en place pour en finir? C’est là toute la problématique loin des réactions insensées.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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