Mini-sommet de Goma. M7 rétro pédale

Mini-sommet de Goma. M7 rétro pédale

Il aura fallu moins de 48 heures pour que le président Museveni, par le truchement de son ambassadeur à Kinshasa, fasse volte face de sa décision et annonce avec humilité sa participation dimanche 20 septembre 2020 au mini-sommet de Goma. Ce revirement présente deux faces d’une même médaille dans une région des Grands Lacs où les Chefs d’État des pays voisins ont appris à se moquer de la RDC. Sauf qu’on n’est plus du temps des rébellions qu’ils parrainaient.

Ce qui a étonné les bonnes consciences, ce n’est pas la décision du refus fracassant de Yoweri Museveni de faire le déplacement de Goma, commentée par une certaine presse née de dernières pluies, avec un sarcasme inédit, mais les raisons avancées présentant sa phobie sur le Rwanda, capable de l’assassiner depuis la RDC. Des Congolais ont applaudi dans une sorte d’autoflagellation les raisons farfelues avancées par le président ougandais, qui se résument en gros par ceci : le Rwanda gère la ville de Goma en tout et pour tout. En clair, le commandant de la 34ème région militaire ainsi que notre gouverneur Carly Nzanzu Kasivita rendent compte à Kigali. Même dans l’entourage de ces deux autorités, certaines personnes y ont cru.

Tout le monde a oublié les origines « ethniques » des présidents Museveni et Kagame et leurs crimes en RDC.

De la manipulation et de l’intox

Il existe deux sortes de manipulation, consciente et inconsciente. Comme il existe des laboratoires qui fabriquent les rumeurs et l’intox. Depuis que l’histoire de la RDC s’écrit par des analystes « géopolitiques » de la diaspora, les Congolais gobent tout, même ceux résidant dans les zones jadis occupées par les armées de deux voisins. La manipulation consiste à nous faire croire que Museveni adore et se soucie mieux de la situation des Congolais que Joseph Kabila (quand il était Chef de l’État) et Félix-Antoine Tshisekedi aujourd’hui. A défaut d’un messie congolais, il peut jouer valablement ce rôle pour le Congo. Il aime s’entourer des Congolais comme le montre cette photo. Dans la partie Grand Nord de la province du Nord-Kivu et dans l’Ituri, des notables font passer cette triste réalité pour couvrir les années sombres de la présence ougandaise sur le sol congolais depuis Beni jusqu’à Kisangani en passant par Bunia, Isiro, Bafwasende, Watsa-Durba où ils ont dynamité des mines jusqu’à créer des lac artificiels. Sans se demander qui exploite la cacao et le bois par exemple dans le Ruwenzori.

Alors les experts des bureaux climatisés, à la mémoire longue, évoquent les schémas Samora Machel et Habyarimana feignant d’oublier que, dans le cas du président Habyarimana, les deux frères ennemis sont indexés.

La manipulation des Congolais par le président Museveni fait des émules. Lorsqu’il reçoit des officiels et des officiers de la RDC, Yoweri Museveni ne cesse de leur marteler que le drame de la RDC dans sa partie orientale est l’œuvre des autorités politiques (Présidence et FARDC) qui ont permis à l’armée de Kagame de s’installer en RDC. Cette manipulation fait du chemin et de dégâts au point que (et encore cette diaspora congolaise) tout un peuple se met à vilipender ses dirigeants et son armée.

Le Bismarck africain rattrapé par l’âge

Celui que les Occidentaux ont longtemps surnommé le « Bismarck africain » maniant ruse et force dans la sous -région, est rattrapé par l’âge. L’époque où il pouvait envoyer un corps expéditionnaire de 15 mille hommes au Congo pour assurer la sécurité de la frontière occidentale de l’Ouganda face à la menace jihadiste des ADF est révolu. Parce qu’au lieu de neutraliser et éliminer définitivement cette présence ADF aujourd’hui épanouie dans la cruauté jihadiste, l’UPDF s’est retrouvée à Kisangani, Isiro et Watsa dans les carrières minières du diamant et de l’or. On a beau raturer sa carte de baptême, le président Museveni ne peut plus agir comme quand il avait la quarantaine. Ceux qui ont eu à côtoyer son entourage savent que Museveni justifie toujours ses réponses sur la RDC en accusant les autres. En réponse à la présence de l’armée ougandaise à Kisangani par exemple, il accusait Kinshasa d’abriter des Soudanais. Museveni est au pouvoir depuis 1986 et brigue mandat sur mandat.

En marxiste convaincu, le président Museveni est obsédé par l’idée de l’économie soubassement de tout et continue à croire qu’elle est la clé de l’histoire. Cette obsession (il en parle avec fierté devant les délégations congolaises qu’il reçoit) le pousse à élargir le marché et à voir dans cette partie de la RDC une zone d’influence « naturelle » pour le commerce, les entreprises et les capitaux ougandais. Il promet de construire les axes routiers Ishasha-Goma et Kasindi-Beni. Il dit disposer déjà d’une rondelette somme de 70 millions de dollars pour ce faire. Voilà pourquoi son entourage l’a fait revenir à la raison. Car boycotter une rencontre avec des Congolais sur le sol congolais l’éloignerait de ses ambitions sur le Congo et montrerait une certaine et prétendue faiblesse de l’armée ougandaise sur l’armée rwandaise. D’où ce rétro pédalage.

Nicaise Kibel’bel Oka

Les Coulisses

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