Mbau: des questions qui fâchent autour de nos 3 prêtres.

Mbau: des questions qui fâchent autour de nos 3 prêtres.

Ils étaient à cinq : Anselme, Augustin, Edmond, Jean-Pierre et Joseph jusqu’à la veille de l’enlèvement de trois autres. Le père Augustin, ancien Curé de la paroisse Notre Dame des Pauvres depuis de bonnes années, est parti le 18 octobre à 14 heures pour Butembo, son nouveau lieu d’affectation. Ils sont restés donc à 4. Trois de 4 prêtres restés à la paroisse ont été kidnappés le lendemain 19 octobre à 21h05. Humainement parlant, le père Joseph a eu la vie sauve parce qu’il a réussi à s’enfermer dans sa chambre et que la serrure de la porte a été « enrayée». Spirituellement, Dieu lui a fait grâce pour témoigner de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a entendu et vu de ses propres yeux. L’a-t-il fait avec toute la sincérité et la bonne foi ? Dieu seul sait !

Pourquoi devrions-nous continuer à parler des trois prêtres disparus alors qu’ils ne sont pas les seuls dans la contrée ? Quelqu’un a réagi en ces termes : « Monsieur le journaliste, pourquoi tu te donnes de la peine ? La vérité dans cette affaire ne sera jamais connue ». Ceci me fait penser à la lettre de l’actuel Provincial des Assomptionnistes postée dans les réseaux sociaux où il s’en prenait au journaliste et des commentaires injurieux qui ont suivi sa lettre. J’ai aussi appris qu’un de nos pères aurait déclaré que « le journal les Coulisses fait beaucoup de recettes dans cette affaire ; raison pour laquelle Nicaise n’arrête pas d’écrire sur les prêtres disparus ». Un autre de nos pères se serait indigné du fait que Nicaise a révélé dans le très catholique journal La Croix le conflit (imaginaire) entre les Nande et les Mbuba alors que, selon lui, Nande et Mbuba sont un même peuple. Que faire si d’autre part, il y a des voix comme celle du père Joseph Delvordre ( il répète régulièrement qu’ils ont placé les photos de trois prêtres à la porte de leur chapelle en France et prient chaque jour pour eux) ? Se taire ? Pourquoi la recherche de la vérité sur ce qui s’est passé autour de cet enlèvement devrait-elle engendrer tant de haine ?

Saint Augustin enseigne que « Pour reconnaître un objet perdu, il faut s’en souvenir ». Il poursuit en ces termes : « Si une chose disparaît de nos yeux sans disparaître de notre mémoire, nous gardons en nous son image et nous le recherchons jusqu’à ce qu’il soit rendu à nos regards ». Dans le cas d’espèce, il s’agit de nos prêtres, des missionnaires, des « Nganga Nzambi », créés à l’image de Dieu et oints dans leur mission de professionnels de l’annonce de la Bonne nouvelle du royaume de Dieu qui sont partis dans des conditions inexpliquées et dont le silence à leur égard s’apparente à une complicité de notre part.

Comment ont -ils vécu les derniers moments ensemble ? Que s’est-il passé cette nuit-là ? Comme ne cesse de s’étonner un ami personnel, il est impensable que des prêtres disparaissent dans un milieu catholique sans qu’aucun fidèle ne dise ce qu’il en sait et sans que leurs confrères ne puissent rien raconter. A ce sujet, le Ministère public en la personne du l’Auditeur général Tim Munkuto, lors d’une des audiences de la Cour militaire opérationnelle à Beni, a posé au père Augustin Mbusa, le curé qui venait de partir la veille, la question suivante : « N’avez-vous jamais réfléchi même en termes d’hypothèses sur ce qui est arrivé à vos confrères ? » La réponse était cinglante : «  Je n’y ai jamais pensé parce que cela ne m’est jamais venu à l’esprit ».

Dans les enquêtes criminelles, au-delà des portraits robot des criminels, la série des questions qu’on pose à ceux qui étaient sur le lieu du crime est la suivante : « Qu’avez-vous entendu ? Que disaient-ils ? Que reprochaient-ils aux infortunés ? Citaient-ils le nom d’un de vos confrères, venaient-ils pour un seul prêtre ou pour tous ceux qu’ils trouveraient sur le lieu ? Quand ils tentaient de forcer votre porte, que vociféraient-ils ? »

Ces questions en apparence anodines participent à la découverte de la vérité. Mais il y en a d’autres comme : « Aviez-vous constaté des faits inhabituels/anormaux de la part de l’un ou l’autre de vos confrères durant les jours qui ont précédé leur enlèvement qui puissent faire croire que l’un ou l’autre s’attendait à ce que quelque chose arrive ? En avait-il parlé à son confident ou aurait-il demandé de prier pour lui ? » Le prêtre est un homme de méditation et les belles demeures de la solitude et du silence, c’est d’abord l’intimité de notre chambre lorsque nous avons fermé les portes pour être seuls avec Dieu. Comme le conseille le cardinal Robert Sarah : « Il est nécessaire de vivre une relation intime avec Dieu dans le sanctuaire de notre chambre et de combattre par la prière et le silence le bon combat de la foi ».

Posez ces questions ou revenir sur le drame vécu par nos trois missionnaires n’est pas une faute, pire une infraction pour que des personnes bien intentionnées se mettent à s’attaquer à un journaliste qui veut que la vérité triomphe. Répondant à sa propre question du pourquoi la vérité engendre-t-elle la haine, Saint Augustin de qui dépendent les prêtres kidnappés nous enseigne que « Dans la controverse, il faut porter un esprit d’humilité et de charité » et que nous devrions avoir le goût des larmes (non des injures) pour que, quand nous avons chuté, nous puissions nous repentir pour obtenir réparation et grâce. Tout le monde a spéculé autour de l’argent qui aurait justifié cet enlèvement. D’où venait-il ? Qui l’aurait reçu ? Quelle en était la destination ? Le peuple de Dieu a besoin que la lumière soit faite sur cette affaire.

En ce huitième et douloureux anniversaire de l’enlèvement d’Anselme, Edmond et Jean-Pierre, que celui qui sait plus que les autres sur ce qui leur est arrivé puisse témoigner. Le témoignage libère du faix que nous portons. Le témoignage, le vrai, est une délivrance. L’Église n’a pas mission de causer des blessures mais de les guérir. Elle en a causé déjà assez. Voilà pourquoi, dans l’humilité et le silence de notre cœur, nous devrions encourager ceux qui consentent tant d’effort et d’énergie au triomphe de la vérité sur ce drame qui reste, à bien des égards, un grand défi de l’évangélisation dans notre diocèse de Butembo-Beni. Le bonheur missionnaire est inséparable de la vérité.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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