Massacres de Beni. Ni Mundos, ni les FARDC. L’E.I. a enfin parlé !

Massacres de Beni. Ni Mundos, ni les FARDC. L’E.I. a enfin parlé !

Le 24 octobre 2014 sur Rfi, Mbusa Nyamwisi accusait directement Kinshasa (entendez Joseph Kabila) et le général Mundos d’être derrière les massacres des populations de Beni : « Le général commandant Sukola est à la fois Commandant des FARDC et des ADF/NALU ». A la surprise de la journaliste qui en voulait des preuves, il ajouta ceci : « J’étais informé une semaine avant qu’il y aurait des massacres autour du général Mundos. (…) Cette histoire est l’arbre qui cache la forêt. (…) Les gens parleront ». Il n’avait pas de preuves. Il avait été seulement informé sans vérifier.

Six (6) ans après, ceux qu’on appelle abusivement ADF font corps avec l’État islamique qui revendique les massacres de Beni. Six ans après, Mbusa Nyamwisi, rentré au pays après son exil volontaire, a appris que les ADF/MTM faisaient partie de la Province Afrique Centrale de l’État islamique (IS-CAP). Que le général-major Akili Mundos n’en fait pas partie. Qu’il est toujours dans les FARDC. Que les massacres continuent. Qu’on est passé de 80 personnes massacrées lorsqu’il faisait sa déclaration à 3. 500 civils et près de 2 mille FARDC tombés sur le champ d’honneur. Mbusa Nyamwisi a participé activement à la démoralisation des troupes au front et à la rupture du contrat de collaboration FARDC- Population civile. La guerre asymétrique n’a jamais été exclusivement militaire. Elle prend en compte tous les paramètres environnementaux.

Bonne foi trompée ou volonté délibérée de nuire ?

Dans la maîtrise du secret qui le caractérise, Mbusa Nyamwisi peut entretenir ses hôtes pendant des heures dans des futilités avec humour pour les dérouter. A Yokohama (Japon), je lui ai demandé de réagir sur certains passages du livre d’un politicien contre sa personne. Il m’a invité à faire un tour à pied et m’a fait rire avec des noms congolais à consonance japonaise si bien qu’il a évité la question. Mbusa Nyamwisi ne donne pas de conférence de presse et rarement des interviews. Comment lui est-il arrivé, lui leader incontesté du Grand Nord, de glisser tapageusement dans une fausse déclaration susceptible de ruiner tout son crédit ? L’a-t-il faite sur calcul pour en tirer des dividendes politiques ? La déclaration de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Joseph Kabila a été rendue publique alors qu’une Mission parlementaire d’information et de réconfort venue de Kinshasa séjournait à Beni depuis le 19 octobre 2014. Cette mission était composée de 12 membres dont 7 de son obédience politique et appartenant à la même communauté ethnique que lui. N’avait-il pas requis leur avis sur la situation du terrain ou inversement aurait-il été induit en erreur par l’un ou l’autre d’entre eux en mettant les massacres sur le compte de Kinshasa et des FARDC ? Avait-il eu la primeur du contenu du rapport pour en faire un scoop ? A analyser froidement ladite déclaration, on est en droit de conclure que Mzee Mbusa a été induit en erreur et y a persévéré, malheureusement. Ce n’est pas lui qui peut oublier ou ignorer la barbarie des ADF qui ont fait des victimes dans sa propre famille bien avant l’arrivée du général Mundos sur le terrain. Faut-il lui rappeler qu’il avait perdu son neveu Kambale Vasikanya, fils de Mukiranya Basighamire dans l’attaque de Mutwanga le 28 octobre 2010 ? Les assaillants assimilés aux ADF avaient ciblé Édouard Batsotsi, son frère aîné, à l’époque Chef de secteur du Ruwenzori. 8 civils furent tués dont 2 fusillés à la résidence officielle du Chef Édouard Batsotsi qui y a échappé pour avoir passé la nuit à Bulongo. La société civile du territoire de Beni a recensé près de 5 mille personnes enlevées et/ou assassinées par les ADF avant le lancement des opérations Sukola I.

Propagation délibérée et malsaine d’une fausse nouvelle

La déclaration de Mbusa Nyamwisi s’est propagée sous forme des cascades informationnelles. Il s’est servi d’un drame cruel pour abuser de toute une communauté sous émotion. Les gens ont accepté les faits sans avoir eu le temps de lui demander des preuves. Comparaissant devant la Cour militaire opérationnelle à Beni, un prévenu (enseignant dans des instituts supérieurs de la région) a donné comme preuve de la participation du général Akili Mundos dans les massacres : « Mzee Mbusa Nyamwisi l’a déclaré. Il n’est pas n’importe qui. C’est un ancien ministre des Affaires étrangères ». Pour lui comme pour d’autres, il est impossible que Mzee Mbusa soit dans l’erreur et qu’il ait été ou se soit trompé. Nombreuses personnes qui avaient entre leurs mains une analyse correcte de la situation ont malheureuse porté la fameuse et nuisible affirmation. Plus par peur de perdre l’estime de la communauté qui vénère Mbusa Nyamwisi. Ainsi donc la cascade a été lancée et l’extension de l’intoxication a été maximale.Toute personne qui osait en douter était simplement cataloguée et diabolisée. Si elle est de la communauté à laquelle appartient le leader, elle est indexée comme agent à la solde de « Joseph Kabila », honni et vomi. C’est le cas de Me Omar Kavota. Si elle n’est pas de la communauté, on lui colle à la peau l’opprobre « Il n’aime pas les Nande » de la sorte qu’aucun digne fils Yira ne lui accorde du crédit. Des équipes sont allées à Kangbayi rencontrer certains capturés Nande qui avaient la tête et la sveltesse de nos voisins, les débaptisant avec des noms rwandais pour qu’ils témoignent en citant de faux monter commanditaires des massacres. Des ONG ont changé de dénominations pour soutenir les contrevérités de Mbusa Nyamwisi. Ainsi l’ONG Bon Samaritain qui dénonçait les enlèvements opérés par les ADF est devenu CRDH dans la campagne contre les FARDC. Une certaine élite (notamment les politiciens et députés-toutes tendances confondues) qui se reconnaît dans le leadership infaillible de Mbusa Nyamwisi, a été sommée de ne jamais lire les écrits du journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka. Jusqu’à ce jour, le mot d’ordre est de stricte observance. Toute une communauté de vivants, contrainte à baigner dans les folles rumeurs et à gober la désinformation, l’intoxication, la manipulation et le mensonge contre les FARDC, a été envoûtée dans l’obscurantisme sur la problématique de la nébuleuse ADF/MTM. Six ans après, les gens qui devaient parler (ADF) ont parlé et ceux qui doivent se taire se sont tus. D’où la question : « Si Mzee Mbusa n’avait pas dérouté l’armée et manipulé la population, la guerre contre les ADF se serait-elle terminée ? » Vraisemblablement. Parce que la population soutiendrait l’armée loyaliste. Les Maï-Maï recrutés par la simple présentation de la photo de Mzee Mbusa n’auraient pas servi des béquille aux ADF/MTM. Comment réagit Mbusa Nyamwisi face à la reconnaissance des actes des ADF/MTM par l’État islamique ? Lui qu’on attend comme le messie pour venir mettre fin aux massacres ? Silence radio. Comment pense-t-il réparer l’honneur de cet officier de l’armée loyaliste jeté en pâture ? Il semble que présenter les excuses pour des fautes commises (sciemment ou inconsciemment) n’est pas digne d’un homme politique en RDC. Et pourtant, les reconnaître à haute voix est un signe d’humilité et de grandeur. Pensez-y.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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