LWENZURURU, NALU, ADF/NALU, ADF/MTM, une histoire du sang (1ère partie)

LWENZURURU, NALU, ADF/NALU, ADF/MTM, une histoire du sang (1ère partie)

Ils ont pris de nombreuses appellations et sont connus comme tels dans un brouillard identitaire qui fait douter de nombreuses personnes jusqu’à les qualifier des « présumés » rebelles ougandais. Qui sont-ils ceux que la communauté internationale se complaît à appeler « présumés » passés par toutes ces appellations et qui terrorisent les populations dans le territoire de Beni ? LWENZURURU, NALU, ADF/NALU, ADF, MDI, MTM. Qui sont-ils ? Les connaissons-nous ? Comment négocier avec des « présumés » si on ne connaît pas leur vraie identité jihadiste ? Pour une petite histoire du terrorisme islamiste dans le Ruwenzori, nous allons faire l’exercice de mémoire en survol.

1. Lwenzururu Freedom Fighter (Forces de libération de Rwenzururu)

En 1962, l’Ouganda accède à l’indépendance. On assiste à des manipulations des groupes ethniques qui veulent se libérer de la tutelle de Kampala. Finalement, le système des royaumes (1962-1966) est aboli. Les Bakonzo de Kasese refusent de dépendre du royaume de Toro. Ils réclament un État autonome, rejetant pour ainsi dire la cohabitation forcée avec les Batoro leur imposée par les Anglais au sein d’un même ensemble administratif. Ils rêvent d’un « Yira state ». L’idée va germer en 1964 avec Issaya, le père de Charles Mumbere Irimangoma. Il sera arrêté au Burundi sur le chemin d’Addis-Abeba où il y allait pour réclamer l’indépendance de Omusinga. Traqués depuis l’Ouganda, de nombreux Bakonzo gagnent le flanc congolais du mont Ruwenzori. Ils trouvent refuge auprès de leurs frères Nande qui leur donnent même des portions de terre pour leur survie. Les figures de prou de cette migration sont Kisokeranyo (le père) et Kinyamusithu (tous deux Bakonzo) qui seront rejoints par Amon Bazira, intellectuel mukonzo qui a fait des études en Israël et ancien Secrétaire d’État dans le gouvernement d’Obote. En réalité, Amon Bazira est Munyabindisu (mariage entre Hima et Konzo). Dans le Bashu de Patanguli Kalemire 1er totalement musulman avec des cousins consanguins à Bwera, les Nande cohabitent avec les Hima, ethnie du célèbre général James Kazini ( né à Karuruma). Kadiadia, chef coutumier des Hima, révoqué pour des exactions contre les Nande, fuit en Ouganda avec la majeure partie de son clan. Ce qui contribuera à la suppression de la chefferie des Bahima. Dans le Ruwenzori, les réfugiés Bakonzo bénéficient de l’hospitalité de deux hommes, Mapathi Mukarambya et Mambura Mukonzo, deux grands chefs des clans Basongora et Banyangala, et grands acheteurs de café à Kabarole pour le premier. Ils sont venus avec population, leur gouvernement, armes et bagages.

En 1986, le président Mobutu largue des commandos de Rumangabo pour combattre la milice de Kisasu Ngandu qui sévissait à Kasindi avec l’appui de Kaguta Museveni. Les commandos FAZ seront déployés à Mutwanga, Lume et Kasindi. Les Kasindiens vont se replier vers Matolu et Mumbiri.

Le président Mobutu utilise Nyamwisi Muvingi et Adam Mathe (originaire du village Rugheti) pour infiltrer les Bakonzo de Lwanzururu Freedom Fighter. Grâce au concours de deux chefs terriens Mambura Mukonzo et Maphathi Mukarambya, qui prennent contact avec les chefs Bakonzo, Nyamwisi Muvingi réussit à conduire Amon Bazira auprès du président Mobutu. La proximité entre les deux pays se fait voir même au niveau de dénomination. En effet, le district ougandais des Bakonzo s’appelle Rwenzori. Celui de Babweshe porte le nom de Semuliki. A la prise de pouvoir par Idi Amin, ils changent d’appellation. Les deux districts sont débaptisés. Celui du Rwenzori devient Kasese et celui de la Semuliki, Bundibudjo. Le Président Mobutu étudie toutes les possibilités de les rendre utiles à sa cause.

Dans leur lutte pour l’autonomie, les Bakonzo s’associent aux Babweshe (les Talinga de l’Ouganda).

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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