Livres. La lecture, thermomètre de la démocratie !

Livres. La lecture, thermomètre de la démocratie !

( Goma. La journaliste et écrivain Colette Braeckman déguste les pages du livre « Balkanisation de la RC ? Mythes et réalités» de Nicaise Kibel’Bel Oka).

Toute communication suppose l’émission et la réception des signes entre l’émetteur et le récepteur à travers une convention préalable. La communication humaine exige donc un appareil d’émission et de réception directement contrôlé par la volonté. Qui dit lecture renvoie directement à l’écriture.

L’écriture est liée dans sa genèse comme dans son utilisation à un certain nombre d’institution et de fonction sociales (religion à dogme, structures politiques fondées sur les lois comme la Constitution, des échanges commerciaux…)

Le fait que l’écriture soit un système de traces lui confère une solidité et une pérennité que ne possède la parole ( verba volant, scripta manent). L’écrit est plus disponible parce qu’il reste et il résiste à la manipulation. Ce qui est écrit, est écrit. Toutefois, on sait que le rendez-vous du langage de la trace avec le langage oral a été une étape inéluctable de l’évolution de sociétés. L’oral et l’écrit forment un ensemble indissociable et le divorce n’est pas pour aujourd’hui.

Sortes de lecture

La lecture doit être considérée comme la réponse à un besoin, un stimulus puisqu’il n’existe pas de communication sans réponse. Et de ce point de vue, un texte n’existe comme tel qu’en tant qu’il est lu. Tant qu’il dégage une réaction. On écrit pour être lu.

Les trois sortes de lecture sont : à haute voix, sub-vocalique et celle dite mentale. Bien que la présence du son soit considérée comme inévitable, même mentalement. L’une de grandes parties de l’acte de lecture est une opération mentale. Selon le lecteur, selon le moment, selon les circonstances. Dans une lecture, le lecteur commence par décoder le signe écrit (décodage) lui envoyé par l’auteur (encodeur) et réagit au signe phonique. Le relais phonique est accompagné ou non d’émission de voix. Il prend une familiarité avec les mots (faibles plus courant que fiables) car tout groupe a son argot et son lexique préférentiel au niveau de l’écrit et de l’oral.

Débat entre le lecteur et le texte

On écrit pour être lu. Et l’ennemi de l’écrit, c’est la non lecture, le refus de lire. Le lecteur interroge le texte. Produit de l’écriture de même que le discours est le produit de la parole, le texte peut être une reproduction du discours et il est en plus document et image. Le texte ne répond pas au sens propre du mot mais il n’est pas un interlocuteur passif. Même si l’auteur n’est pas en face de nous, le texte engage un véritable débat entre ces écrits et le lecteur. La lecture projective est une expérience qui engage l’ensemble de la personnalité du lecteur et ne se limite pas à la simple perception du message. On est d’accord ou non avec le texte ? Si on partage les points de vue de l’auteur, on en devient fanatique. On l’aime même sans le connaître. Il est captivant, séduisant. On commande ses livres. On se fixe un précédent : choisir le livre d’après le nom de l’auteur. Ce qui établit un lien mythique personnel et permanent avec l’auteur. L’écrit reste le plus sûr garant de la liberté intellectuelle. L’auteur peut manipuler le lecteur. La lecture doit procurer à l’auteur comme au lecteur un certain plaisir qui la rend désirable. On sourit en lisant certains passages ou on s’énerve. On éprouve des sensations ( de joie ou de l’émotion, de colère ou de réprobation) à la découverte du contenu, au fur et à mesure qu’on avance. Avec ou sans stylo en main. On note certains passages intéressants ou à faire polémique. Des livres comme « Journal d’une femme adultère » de Curt Leviant ou « La vie sexuelle de Catherine M. » de Catherine Millet emportent le lecteur dans sa chair tout comme « La force du silence » du cardinal Robert Sarah interroge le spirituel. Qui n’a pas lu « L’aventure ambiguë » de Cheick HAmidou Kane ou « Le soleil des indépendances » de Ouloguem, «Le mandat » de Sembene Ousmane, « Les tribulations de frère Jéroboam » de Wole Soyinka, « Jésus au micro » de J.-B. Malenge, « Pitié pour ces mineurs » de Latere Amabulye, « Un crocodile à Luozi » de Zamenga Batukezanga pour cracher sur la force du livre !

Il existe d’autres façons d’interroger le texte. Ce qu’on appelle la fonction documentaire. Le texte est comme une mémoire qu’on interroge (lecture objective notamment dans le cas du dictionnaire).

Le malentendu ou conflit entre l’auteur et le lecteur

Entre les deux, il peut s’établir un malentendu. Car, lire, c’est s’exprimer. C’est aussi exprimer son point de vue à travers soi-même ou en le partageant avec les autres. C’est dans cette lutte contre l’autre qui procure du plaisir que l’intérêt se traduit par un comportement. On apprécie ou on réfute en partie ou tout. Et même alors qu’on n’est pas d’accord, on cherche à réagir, à se défendre, à détruire le point de vue de l’auteur dans un débat contradictoire d’idées. Cet intérêt se traduit de diverses manières. On ferme le livre. On y revient après. On prend note. On le lit quand on sera calme. Dans sa chambre à coucher, dans le bus, au bureau ou dans son jardin. En détente ou avec air sérieux, loin de tout dérangement. Dans cet affrontement entre la volonté de l’auteur et celle du lecteur, la lecture appelle à la relecture. Voire à la réaction musclée.

Exemple : Négrophilie. Pourquoi l’Afrique meurt-elle ? de Stephan Smith et « Négrophobie »de F.X. Verschave. Les écrits de Pierre Péan et de Colette Braeckman. « Entre les eaux » de Mudimbe et « Giambattista Viko » de Ngal, « Les marionnettes congolaises » de Nicaise Kibel’Bel Oka, etc.

Une expérience de solitude heureuse

Être avec un livre forme une expérience de solitude belle et essentielle. La lecture lente forme la condition de l’intériorité et de l’appropriation de ce que je lis : l’intime ne s’ouvre qu’à l’intime. Dans la tradition chrétienne, le prédicateur qui prêche la parole de Dieu doit être son premier auditeur, le premier à écouter en tous les sens du terme, ce qu’il proclame. Le pasteur ne commente pas la Bible qu’ en se tournant vers les fidèles parce qu’il l’a d’abord tournée vers lui-même. Il doit y croire. Dialogue avec soi avant de la partager avec ses fidèles. La bonne lecture nous arrache de la position de neutralité, de distance, de simple spectateur pour nous attirer vers des questions brûlantes. La lecture est un affrontement des idées. En tant que tel et comme pour tout combat, il faut s’ entraîner pour vaincre l’ignorance. L’entraînement au combat commence dès l’école maternelle et doit se poursuivre et accompagner tout le monde tout au long de notre vie. La lecture est considérée comme un combat par lequel on se construit.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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