Joseph Delvorde, 90 ans dans le silence de la foi

Joseph Delvorde, 90 ans dans le silence de la foi

Joseph Delvordre, missionnaire assomptionniste (A.A), vient de totaliser 90 ans de grâce sur terre depuis le 13 septembre 2020. Dans sa retraite attendant son dernier voyage vers le Père, il vit une double solitude. Celle de manquer la chaleur humaine de cette Afrique où il a exercé son ministère particulièrement du Grand Nord dans la province du Nord-Kivu, mais également cette solitude provoquée par la pandémie de Coronavirus. Il a été testé une fois positif puis négatif et résiste encore. Le père Delvordre, qui éprouve déjà des difficultés de lecture au regard de son âge avancé, se débrouille tant bien que mal avec un vieil ordinateur lui laissé par un autre pensionnaire qui l’a précédé dans la maison du Père.

Pendant toute la période de confinement, nous avons essayé de partager les nouvelles et les discussions pour diminuer ce temps de solitude. Il faut le dire que nos échanges nous ont fait beaucoup de bien et ont permis une autre expérience de la vie. Surtout pour moi. Au point de me demander ce qu’est la vie ? Mieux , comment faire pour mériter la grâce de vivre longtemps et de garder sa lucidité tout en ayant la foi en Christ ?

Lui souhaitant un anniversaire (heureux), mieux joyeux (il faut dire que je ne sais pas donner une épithète à cet anniversaire) avec des mots simples et pleins d’admiration en ces termes : « Mon père, j’ai fouillé mes notes pour retrouver votre date de naissance pour vous souhaiter toutes les bonnes choses de la vie et une reconnaissance à cet amour que le Seigneur vous a donné gratuitement et que vous avez multiplié à travers vos œuvres sur terre et notre relation, je ne trouve pas. Je sais que c’est en septembre que vous atteignez 90 ans.  Dieu, dans son infinie bonté, nous donne l’exemple d’une vie au service des autres, de vos frères. Vous l’honorez si bien car vous avez compris que l’Essentiel, c’est l’amour qui jaillit du cœur et qu’on offre aux autres. C’est cet Essentiel qui nous est livré sur la Croix. Joyeux anniversaire mon père. Ne nous oubliez pas dans la prière ».

Le père Joseph Delvordre a réagi sans plus tarder. En effet, chaque fois qu’il réagit à mes petites notes, cela me réconforte. Cela signifie qu’il respire encore et qu’il garde sa lucidité. Je réalise aussi le degré de sa visibilité à travers les fautes d’orthographe dues à la vieillesse. Il lit de fois avec la loupe. En lisant sur l’écran sa réaction, je m’écrie : mon Dieu, il vit encore parmi nous. Car, je suis hanté par cette peur de ne pas être au courant lorsque le Seigneur le rappellera dans sa maison. J’aurais souhaité l’accompagner en ses derniers moments et être parmi les premiers à annoncer son départ vers le Père.

Je lis fiévreusement sa réponse que je considère toujours comme un devoir de méditation : 

«  Merci bien cher ami Nicaise pour ce dernier petit mot qui me touche profondément ainsi que deux documents  il y a quelques jours. Je suis arrivé sans trop de mal à la 90eme année qui commence. J’ai surtout eu la chance de connaître le Congo et les Congolais depuis mes années romaines, les jeunes séminaristes congolais de Butembo-Beni sont aujourd’hui tous décédés : Mutien, Sokoni, Kakule, Kataliko, Masumbuko. Je revois des années sur des exemplaires photocopiés de lettres  en français et les lettres hebdomadaires en swahili . On aurait toujours pu faire mieux  !

Hier à Oïcha, la situation s’est détériorée assez gravement avec le vol par des jeunes d’armes à feu de policier et leur envie d’aller chasser les ADF de Mayangose. Le 19 octobre, il y aura 8 ans que nos trois pères de Mbau ont été enlevés. Merci pour vos recherches.

Je vous souhaite, dans tous les soucis quotidiens, la paix du Seigneur qui n’est pas celle que le monde donne, disons-nous aux messes, avant la communion ».

Dans nos échanges quotidiens, je suis toujours frappé par deux choses. Le père Joseph suit de très près la situation de la RDC singulièrement dans le diocèse de Butembo-Beni et n’oublie jamais de faire allusion aux 3 prêtres de Mbau kidnappés en octobre 2012 mais aussi aux 2 abbés de la paroisse de Bunyuka, enlevés en juillet 2017. Il a toujours souhaité les revoir vivants et prie beaucoup pour eux. Il est aussi rassuré que le Seigneur a accueilli ses trois confrères dans sa maison. Il n’oublie pas le sort réservé au père Vincent Machozi qu’il avait accueilli dans sa famille biologique. Je lui demande de prier pour moi, de demander au Seigneur de me donner la force pour faire triompher la vérité sur le sort de nos prêtres de Mbau.

La solitude nous imposée par le Coronavirus me fait penser à ce que le cardinal Robert Sarah écrit à propos du silence : « Pour être réellement à l’image de Dieu, l’homme doit entrer dans le silence. Dans le silence, il est près du ciel ou plutôt il laisse Dieu se manifester en lui. Dieu nous porte et nous vivons avec lui à tout instant en gardant le silence. (…) La solitude est le meilleur état pour écouter le silence de Dieu. Elle est la montagne qu’il faut gravir ».

C’est dans cette solitude qui est silence que j’admire mes deux amis Joseph Delvordre et Giovanni Piumatti. Le Seigneur leur a laissé suffisamment du temps pour admirer ses béatitudes et pour lui rendre grâce. Dans la solitude de leurs cœurs, dans le confinement du monde. Et dans cette solitude que mes deux amis Joseph et Giovanni vivent désormais, le silence n’est pas une absence. Au contraire, il est la manifestation d’une présence, la plus intense de toutes les présences, écrit encore le cardinal Robert Sarah..

Voilà pourquoi je conclus que Joseph et Giovanni vivent heureux dans le silence de la foi qui leur permet de rencontrer régulièrement le Seigneur. Voilà pourquoi je me sens aussi de la partie en les dérangeant par nos échanges dans le silence de la foi qui les inonde. Puisse le Seigneur me comprendre et me donner la force de veilleur comme me l’a signifié le père Delvordre.

Nicaise Kibel’Bel Oka.

Les Coulisses

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