Islam en RDC. Entre guerre de leadership, financement extérieur et violences.

Islam en RDC. Entre guerre de leadership, financement extérieur et violences.

( Photos. Les imams Youssouf Dibondo et Mangala Abdallah).

Kinshasa jeudi 13 mai 2021. Aux environs de 9 heures, l’esplanade du stade des Martyrs vibre au rythme des «  Sala Allah ‘aleikum . » C’est la fin du Ramadan. Dans l’Oumma des croyants de Kinshasa, les plus prudents préfèrent aller dans des mosquées que de venir au stade. Personne n’oublie la guerre de leadership qui a plongé la Communauté islamique du Congo (COMICO) dans le bicéphalisme. Tout peut arriver. Les irréductibles se sont donné rendez-vous au stade. Cheikh Mangala Abdallah, le Mufti est déjà sur place. En face de lui, l’autre aile, celle de son rival dans la foi Youssouf Dibondo. Dans sa cupidité, l’administrateur du stade a perçu le cachet de deux ailes rivales. Ils se regardent en chiens de faïence. Quelqu’un de l’entourage du Mufti fait appel à la police nationale. Du coup surgissent 5 jeeps des policiers sans protection. Cette présence ajoute un plus à la timide agitation observée. Les fidèles ne supportent pas cette présence dans une affaire interne aux musulmans. Commence le jet de pierres sur les éléments de l’ordre désemparés. Ils rebroussent chemin pour revenir quelques temps après bien outillés. La foule est surexcitée. Des échauffourées entre les deux camps. Le Mufti Mangala Abdallah est exfiltré. La foule s’en prend aux éléments de la police nationale débordés et qui perdent leur sang froid. Ils sont molestés à la manière de ce qui se passe à Beni. Gaz lacrymogènes, matraques contre des pierres. C’est la surexcitation et la pagaille. Bousculades et affrontements rangés aux cris de « Allah akbar ». Le bilan es lourd. Un fidèle tué et un policer asphyxié comme à l’abattoir. La foule est finalement maîtrisée et dispersée. Les plus irréductibles s’en prennent au Cheikh Mangala Abdallah qui a fait venir la police nationale sur le lieu. Ils décident une descente punitive jusqu’à sa résidence, la saccagent, la pillent et incendient tout ce qui était à leur portée. Le Ramadan se termine comme à Jérusalem, dans la violence et la désolation.

Guerre de leadership sur fond de financement extérieur.

« Je donne raison en partie au compatriote Nicaise Kibel’Bel Oka. Les musulmans sont la première cible des islamistes. Je m’insurge contre ce qu’il dit concernant la construction de mosquées. Nous avons besoin de mosquées. Certes, certaines mosquées échappent à la surveillance de la COMICO mais la COMICO a besoin de beaucoup de mosquées. Je dénonce devant cette assemblée l’injustice que subit l’islam. Depuis deux ans, le siège national de la COMICO est occupé par des bandits. L’État ne fait rien pour les déloger. » C’est en ces termes que s’exprime le Secrétaire général de la COMICO lors de la leçon publique donnée par le journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka à l’occasion du 19ème anniversaire de la mort de Mzee Laurent-Désiré Kabila devant un auditoire de près de 700 personnes. La Communauté islamique du Congo (COMICO) traverse une de ses grandes crises de son histoire depuis la dernière élection contestée qui a mis aux coudes à coudes Mangala Abdallah et Youssouf Dibondo. Au regard des résultats équitables obtenus par les deux, les deux challengers se sont proclamés « vainqueurs » et Représentant légal de la COMICO. Et depuis, le bicéphalisme a gagné la COMICO.

Selon une source fiable dans le couloir de la COMICO à Kinshasa, les événements de jeudi 13 mai 2021 sont consécutives à une promesse de financement de la COMICO qui viendrait d’un pays arabe (Arabie saoudite). La rondelette somme en dollars $ ne devrait être remise qu’à celui qui prouverait à la face du monde qu’il est le patron de la COMICO et Représentant légal de tous les musulmans du Congo. Un peu comme avec les deux ailes de Wenga Musica (Werra son et JB Mpiana), les deux ailes de la COMICO (Maison mère de Cheikh Mangala Abdallah et les contestataires de l’Imam Youssouf Dibondo) vont faire semblant de s’entendre devant les autorités de la ville de Kinshasa et même devant les sages et parrains musulmans qui proposeront de l’argent à chaque aile pourvu qu’ils prient ensemble. Depuis cette guerre de leadership, la COMICO souffre de manque de financement de ses bailleurs ne sachant pas à qui s’adresser. Chaque aile a monté les enchères et a dressé ses fidèles parmi les plus radicaux pour en découdre. Ce qu’on craignait arriva.

La COMICO victime de différents courants de l’Islam

La Communauté islamique du Congo vit en son sein des déchirements incroyables. Au-delà de la contestation du leadership par les Chiites (Iraniens et Libanais) qui ne se reconnaissent pas de la COMICO et qui tiennent une bonne partie de l’économie de la RDC, au sein de la COMICO (entre les Sunnites), les violons ne s’accordent pas. A la base, les différents courants de l’islam qui s’affrontent. Selon qu’on a étudié la théologie islamique au Pakistan (tendance Indo-pakistanaise et donc Tabliq) ou qu’on vient de l’école de l’Arabie saoudite (wahhabisme), la pratique de l’Islam est édulcorée. Face à ces deux tendances (Kudura Kasongo le souligne dans son article), il y a une troisième qui est celle des Imams formés sur le tas (ni au Pakistan, ni en Arabie saoudite) et qui reconnaissent la laïcité de l’État congolais. Ces derniers imams sont accusés de ne pas respecter le Coran et la Sunna du Prophète. Et donc de frein à l’épanouissement de l’Islam. Ils ne peuvent pas bénéficier des fonds des parrains en provenance de ces pays dont les exigences reposent sur le respect de l’islam radical. Il y a un autre fait à souligner : l’État congolais à travers le ministère de la Justice distribue des autorisations de fonctionner à des factions musulmanes concurrentes sans se référer à la COMICO. Ce qui alimente la crise et affaiblit davantage la COMICO qui ne contrôle pas l’ensemble des mosquées sur le sol congolais. Et donc ne peut pas nommer des Imams, quant à ce. Ce conflit est vécu dans presque toutes les régions islamiques de la RDC (Uvira, Goma). A Goma, les Imams avaient demandé à leurs fidèles de prier chacun dans sa mosquée pour éviter les affrontements.

Comme on le voit, ce qui s’est passé au stade des Martyrs à Kinshasa n’est que la face cachée de l’iceberg. Les problèmes sont au cœur du sujet de l’islam qui vit le ressentiment et veut retrouver ses lettres de noblesse : Coran et sunna, Laïcité et religion (chari’a), Solidarité et cohabitation avec les Kafri, Mosquées et jihad armé. De la façon dont l’État congolais gère cette affaire, et avec des menaces de mort sur les autres musulmans, on ne saura jamais comment opère le jihad islamiste au sein de l’islam en RDC. L’islam est né et a grandi dans le sang. La violence peut devenir une façon de se défouler, une revendication et, par malheur, contagieuse.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *