Iran. « Les racines idéologiques de la révolution » par R. Delcorde (visioconférence).

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(Raoul Delcorde, ancien ambassadeur de Belgique en Iran)

L’Iran est un immense pont reliant deux univers (Moyen Orient et Sino-indien), au milieu des empires. C’est par la géographie que Raoul Delcorde, ancien ambassadeur de la Belgique dans ce pays, ouvre le bal lors d’une visioconférence portant sur « Les racines idéologiques de la révolution iranienne » vendredi 28 avril 2021. Sous l’angle de la stratégie du contrôle politique du clergé chiite depuis le 16ème siècle, la conférence de l’ambassadeur Delcorde se veut une analyse de 40 ans de révolution islamique en Iran. C’est au 7ème siècle que l’Iran bascule à l’islam. Il est islamisé mais pas arabisé. Le chiisme désigne le courant légitimiste de l’islam qui privilégie la « Maison du Prophète » (Ahlul bayh), c’est-à-dire son gendre Ali et sa descendance jusqu’au 12ème Imam. L’Imamat. L’eschatologie chiite est organisé autour du retour du 12ème Imam, cet avènement du 12ème Imam qu’attendent les Iraniens. Enfin le Martyr. Les enfants de l’Imam Ali sont morts dans des combats sanglants. Il faut commémorer le souvenir de ces martyrs. La mosquée et le trône sont les deux piliers de l’identité iranienne autour desquelles est bâtie l’unité nationale. Cette identité fusionne avec le chiisme. L’État chiite iranien est né avec la dynastie des Safavides qui ont remplacé des dynasties sunnites qui gouvernaient l’Iran. Ce qui fait de l’Iran le premier Etat chiite moderne.

Fin du 19ème siècle, le clergé s’oppose au monopole de la fabrication du tabac accordé à un Britannique. Or, le clergé se veut le défenseur de l’Iran et incarne la résistance nationale. En 1906, l’Iran se dote d’une Constitution et d’un parlement inspiré de la Constitution belge avec cette clause particulière : « Le Parlement doit veiller à contrôler l’islamité:conformité des lois. » Le clergé devait désormais interpréter les textes sacrés (ijtihad). A la tête, le marja, haute autorité religieuse dont les prescrits s’imposent à l’ensemble de la communauté chiite. Car les prescrits ont valeur de loi. Et celui qui proclame la loi dans l’islam s’impose au pouvoir politique.

En 1962, le Shah d’Iran lance un vaste programme des réformes notamment la dépossession des terres du très riche clergé chiite par rapport au clergé sunnite. Le clergé chiite s’est constitué un très vaste trésor de guerre lui permettant de financer les écoles coraniques. Pour le clergé chiite, le Shah va à l’encontre des préceptes et bafoue l’islam en ne veillant pas à l’islamité des lois. Le Shah finit par expulser Khomeyni. C’est en Irak où ce dernier développe le soubassement théologique au cœur du chiite, la tutelle du juriste théologien avec comme base la « Parousie », cette attente du retour du 12ème Imam.

Ruhollah Khomeyni, prédicateur dans la ville sainte, fait partie des ayatollahs (Archevêques) religieux radicaux. Élevé au rang de marja, il devient guide avec pouvoir théologique, spirituel et du contrôle des structures de l’Iran. Pour lui, le pouvoir civil est condamné puisque dépourvu de légitimité divine. Ce pouvoir est « taqut », c’est-à-dire « ennemi d’Allah » et donc corrompu. Car la légitimité politique ne peut venir que d’Allah. La loi divine de l’islam a été confiée au Prophète Mohammad et à ses descendants, les Imams. L’Iran de l’ayatollah Ruhollah Khomeyni s’affirme sur la « notion de dignité », c’est-à-dire la volonté de décider soi-même de son avenir sans se voir dicté de l’extérieur.

Les participants à la visioconférence dont le journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka depuis la ville congolaise de Goma ont posé des questions géostratégiques sur l’Iran et ses relations avec le monde. Le croissant chiite qui est sa zone d’influence avec le Liban, courroie de transmission et satellite utile de l’Iran. Comment l’Iran qui était aux côtés des Occidentaux contre DAECH est devenu l’ennemi des Américains ? Les relations difficiles entre l’Iran et l’Arabie saoudite et les capacités de l’Iran dans des attentats qu’on ne doit pas sous-estimer, le stock de l’uranium , la place d’Hezbollah libanais. Il est important de signaler que cette influence iranienne du Hezbollah libanais a été accélérée à la disparition de l’imam al-Sadr pendant une visite en Libye. Le mouvement Amal fut réceptif aux appels de la révolution des fondamentalistes qui avaient conduit Ruhollah Khomeyni au pouvoir. La visioconférence organisée par CRAOM/Belgique a connu la participation des membres de Mémoires du Congo.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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