Insécurité. Le Gouverneur du Nord-Kivu invité à s’inspirer de la méthode Kanyamuhanga.

Insécurité. Le Gouverneur du Nord-Kivu invité à s’inspirer de la méthode Kanyamuhanga.

(Le Gouverneur Carly Nzanzu Kasivita accueilli à Butembo par le maire et une population en liesse)

Le gouverneur du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita a effectué une mission d’itinérance en février 2021 qui l’a conduit jusqu’au Grand Nord de la province. Le point fort de cette mission d’inspection aura été, non pas les chèvres reçues en cadeau et la reconnaissance de son pouvoir comme certains l’ont pensé, mais la visite des populations congolaises frappées par l’insécurité et massées aux frontières avec l’Ouganda notamment à Nobili et à Kyavinyonge. Aux dires des observateurs avertis, cette mission n’a pas eu des résultats escomptés. Elle serait inachevée et donc répondrait du déjà vu. Et pour cause ? Le gouverneur du Nord-Kivu n’a pas saisi les opportunités pour la venue d’une paix durable. Les observateurs soulignent cette chance dont disposent les autorités provinciales qu’elles ne saisissent pas encore, à savoir le chevauchement des populations de (presque même culture) deux deux côtés de la frontières avec la RDC. Du côté de la frontière avec le Rwanda, il y a des populations qui partagent la même culture que leurs frères et sœurs de la RDC notamment dans le Rutshuru et le Masisi et même dans la ville de Goma. Du côté de l’Ouganda, avec la fameuse association politico-culturelle « Kighanda Yira » qui cherche à unir culturellement Nande et Konzo, le gouverneur Carly Nzanzu Kasivita aurait mieux fait d’en profiter. Même au nom de la politique du bon voisinage. Toujours à la cherche de la paix et pour lutter contre la contrebande transfrontière. Surtout pour quelqu’un qui connaît l’histoire des NALU. Imaginer un seul instant l’effet que produirait un meeting commun où le Gouverneur et le Chair man du district de Kasese s’adressaient dans la même langue aux populations transfrontalières. Selon les mêmes observateurs, il est anormal que le gouverneur du Nord-Kivu, arrivé à Nobili et Kyavinyonge, n’ait pas la présence d’esprit de chercher à rencontrer les autorités des districts ougandais de Kasese et de Bundibudiyo. Inimaginable surtout quand on sait que chaque jour des pêcheurs congolais sont arrêtés par la marine ougandaise et détenus dans des prisons en Ouganda. En quittant Kyavinyonge, le gouverneur du Nord-Kivu a laissé cette situation d’insécurité sur le la Édouard inchangée et des Congolais dans les prisons de l’Ouganda. Inimaginable aussi quand on accuse régulièrement l’armée ougandaise de franchir la frontière et les ADF/MTM de s’approvisionner en Ouganda. Léonard Kanyamuhanga, gouverneur du Nord-Kivu (1996-2000), avait compris les enjeux sécuritaires de sa province qu’il avait traduits dans cette phrase qui résume tout : « La sécurité au Congo ne dépend ni de Kagame, ni de Museveni moins encore de Kabila. C’est une dynamique sociale entre nos populations. » Fort de cette approche, le gouverneur Léonard Kanyamuhanga rencontrait lors de tous ses déplacements les autorités politiques et militaires des pays voisins et frontaliers de sa province. Quand il s’installait à Kiwanja, à la recherche de la paix, il traversait en Ouganda pour rencontrer les Chairmen des districts de Kisoro et de Rukungiri avec qui il débattait des problèmes sécuritaires à nos frontières. Quand il était à Jomba, il invitait le préfet de la préfecture de Gisenyi et de Ruhengeri pour discuter sécurité et paix entre les populations dont ils avaient la charge. Il lui est même arrivé d’organiser des rencontres à trois, c’est-à-dire Congolais, Rwandais et Ougandais. Voilà pourquoi les observateurs avertis pensent que les autorités provinciales (le gouverneur et le président de l’assemblée provinciale) doivent s’imprégner de la méthode Kanyamuhanga et s’y inspirer en allant vers leurs homologues des pays voisins et/ou en les invitant chez nous. S’ils ne se côtoient pas, comment veut-on qu’ils ramènent la sécurité et la paix dans notre pays ? Puisqu’ils l’ont fait avec la maladie à virus Ebola et la Covid-19, pourquoi ne pas le faire pour la sécuritaire et la paix ? Pourquoi ne pas suivre le mouvement des populations qui traversent chaque jour, dans un sens comme dans l’autre, et envisager des rencontres qui pourraient aboutir à lutter contre les FDLR, les MTTM et le banditisme transfrontalier ? Certes, il est difficile d’aller chez le voisin accompagné des députés qui le pointent d’être à la base de l’insécurité et des tueries de leurs frères. Là aussi se pose le problème de la maturité dans le choix des députés et de la responsabilité des élus. Cette observation faite à l’autorité provinciale plus d’une fois, qu’il est difficile de réussir une mission de sensibilisation de la population à soutenir leur armée quand dans la délégation du gouverneur, on retrouve des députés qui ont un double langage et qui ne reconnaissent pas les ADF comme mouvement jihadiste. La paix, pour paraphraser encore Léonard Kanyamuhanga, on doit pas l’attendre de Kinshasa en exigeant du Chef de l’État de venir s’installer à l’est oubliant les autres provinces. La recherche de la paix est un processus qui entre dans une dynamique sociale et sociétale impliquant les premières victimes qui sont la population. Autrement, on attendra comme les Chrétiens attendent la venue du Christ. En attendant Godot, on fait quoi ? Il faut prendre des initiatives. Le bon voisinage oblige.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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