Grand Nord. Scènes de ménage !

Grand Nord. Scènes de ménage !

( Destruction méchante et incendie de la mairie de Beni par les groupes de pression. Archives )

Lundi soir, un ami, fanatique invétéré des groupes de pression, me supplie de suivre le Dialogue entre Congolais (DEC) de Radio Okapi. A la fin de l’émission, il me rappelle pour avoir mon avis. Scènes de ménage. Bis repetita. Telle est ma réponse. Il réagit : Comment ça ? Comme lui n’a pas été élevé dans l’injure facile, je lui explique. Ce qui se passe entre les groupes de pression et la MONUSCO, c’est vraiment des scènes de ménage avec violences conjugales. Le mari crie fort qu’il répudie sa femme. La femme répond : « S‘il ne s’agissait que de moi, je serais déjà partie. Mais je ne peut pas abandonner les enfants. » Puis, les deux protagonistes vont voir le médiateur : Radio Okapi qui organise un dialogue pour calmer le jeu.

Radio Okapi plante le décor. Tous les invités sont de la même famille. Vous conviendrez avec moi que ce qui se passe à Beni n’est pas l’affaire d’une communauté ethnique mais de toute une nation. Seulement, dans la compréhension du médiateur, c’est une affaire de ménage. Et donc, pas besoin d’appeler le ministre de l’Intérieur, ni celui de la Défense moins encore celui des Affaires étrangères. A la fin de l’émission, le médiateur demande à chacun d’envoyer un message d’apaisement. Chacun le fait un peu en ces termes : « Nous comprenons les groupes de pression et nous leur demandons de ne pas s’attaquer à la MONUSCO ». Compréhension n’est pas condamnation. Mon interlocuteur réagit : Mais il y a mort d’hommes et des vies entières détruites. Ce n’est pas du théâtre ! » Je lui réponds : « Exactement et malheureusement ! »

Le théâtre grec. La force de l’esthétique aristotélicienne résidait en ce qu’elle opposait les enfants d’une même famille pour créer l’émotion, la compassion. C’est de la tragédie. On joue avec la vie des gens. Un mari qui veut répudier sa femme suit la procédure qui conduit au divorce. Notre pays est lié à la MONUSCO par un accord en abrégé, SOFA. Si l’on veut le départ de la MONUSCO, on doit actionner les mécanismes législatifs et diplomatiques qui aboutiraient à mettre fin au mandat. On doit s’y pencher au niveau de l’assemblée nationale. Dans cette assemblée, le Grand Nord est représenté par 28 députés élus et au niveau provincial par 24 députés élus. Tous connaissent la procédure. Scènes de ménage. On ne répudie pas une femme qui a mis 20 ans en un jour. Lorsque le président Joseph Kabila demande le retrait de la MONUSCO, ironie du sort, ce sont ces groupes de pression qui s’y sont opposés. Comme toujours, ils ont été invités par le même médiateur (DEC) pour défendre la présence de la MONUSCO. Faire partir les ONG ? Il n’y a qu’à demander au gouvernement provincial de les recenser, chacune avec son accréditation et d’évaluer leurs actions sur terrain. On ne peut pas non plus chasser des locataires pour qui on a construit des villas et qui sont, sommes toutes, de bons payeurs. C’est aussi les enjeux d’une guerre.

Depuis près de 5 ans, des groupes de jeunes se réclamant groupes de « pression » inondent l’espace Grand Nord et défient l’autorité de l’État à travers des marches et autres manifestations sur la voie publique. Ils se prénomment « Parlement Furu », « Véranda Mutsanga », « Mouvement Antigang », « Lucha ». A de nombreuses occasions, ils se sont targués d’aller en brousse récupérer qui les otages (cas des 2 prêtres de Bunyuka), qui des ADF ( dernière expédition sur l’axe Butembo-Beni-Bulongo). Pour ne pas donner prétexte, les forces de l’ordre les ont laissés faire. Dans l’un comme l’autre cas, ils sont rentrés mains bredouilles. En réalité, ils agissent en agitateurs publics, perturbant l’ordre dans les villes où ils opèrent. Ils organisent des actions violentes soit contre les FARDC et la Police nationale, soit contre les forces de la MONUSCO exigeant leur départ de la zone. Au service de quelle cause opèrent-ils ? Ils répondent en chœur : à la recherche de la paix. Lorsque l’on interroge les maï-maï, ils donnent presque la même réponse : « Nous sommes là pour libérer le pays des mains des envahisseurs ». Seuls les naïfs sont surpris d’apprendre que le coltan, le cacao pillés sont vendus aux mêmes envahisseurs ou qu’ à la constitution de la rébellion du M 23, ils en faisaient partie. Certes le mensonge paie. Mais il faut un jour payer pour ses mensonges.

Dans une zone où sévit le terrorisme, ces jeunes gens viennent ajouter à la faiblesse des institutions l’agitation et le désordre. L’on comprend aussi aisément pourquoi ils refusent de reconnaître l’existence du terrorisme dans Beni. Le reconnaître leur enlèverait tout prétexte de manifester.

Le président Mao n’avait-il pas raison de faire savoir que : « Pour prospérer, le terrorisme n’a pas besoin que chacun devienne terroriste. L’appui tacite de l’opinion alimente la mer dans laquelle des bancs de terroristes peuvent nager. » Car, un environnement favorable aux actions violentes, a toujours été favorisé, volontairement ou non, par nombre des manifestations. Les manifestants, qu’ils soient de bonne ou mauvaise foi, le font en ayant recours à l’intimidation politique et à la terreur. Ce qui est l’objectif du terrorisme. Qui dit mieux !

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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