Générosité et Miséricorde

Générosité et Miséricorde

(Photo. Nicaise Kibel’Bel Oka contemple la main du Créateur à travers l’immensité du lac Kivu).

La souffrance est spirituelle pour toute personne qui sait en bénéficier. 2021 commence pour moi avec un choc terrible : le décès de l’Auditeur général Tim Munkuto. Ce triste événement s’est ajouté à bien d’autres emmagasinés en 2020 : le travail intellectuel. En effet, j’ai produit un livre sur la balkanisation de la RDC durant la période de confinement. Mais l’année 2020 a été aussi spéciale par la quantité d’injures gratuites et menaces reçues de la part des personnes connues (certains signant par de faux noms comme Balinande Muyira) et des inconnues. Mon seul tort aura été d’être journaliste d’investigation ayant annoncé à la face du monde et avant tout le monde que ce qui se passe dans la région de Beni relève du terrorisme islamiste, de ne pas appuyer la notion tant prisée par une certaine opinion d’un « génocide » à Beni. Pour se donner bonne conscience, on est allé jusqu’à déterrer les zombies leur faisant porter des vestes de seconde main pour parler de l’ingratitude de Nicaise. Personne ne peut se prévaloir de s’habituer aux injures contre lui. Mais l’injure révèle d’abord la mauvaise éducation familiale. Naturellement, je me désengage dans certains forums qui ont mis mon nom pour m’injurier.

Je tombais malade en ce début d’année. Le surmenage me paralysa.Vite, je me rappelais ce que je lis qu’un jour notre gouverneur de province Carly Nzanzu Kasivita avait généreusement financé les funérailles d’un journaliste. Et comme je vivais encore, je sollicitai la générosité bienveillante de notre gouverneur. Silence radio. Sans désespérer, je partis voir le président Musanganya, voisin dans la concession Dokolo à Beni. Il fit preuve de la noblesse de sentiment. Touché par ma souffrance, le président Musanganya me paya « gracieusement » 3 jours de repos à son hôtel Cap Kivu. Insuffisant. J’ai pensé à tous ceux qui avaient en litige mes livres. Personne ne bougea.

Dieu est un ami discret qui vient partager joies, peines et larmes sans rien attendre en retour. Comme le conseille le cardinal Robert Sara, il faut croire en cette amitié. Finalement, je mis 5 livres dans mon sac pour fuir la dictature des bruits et de réseaux sociaux et rejoindre la force du silence. Je suis allé dans une maison de formation et de recueillement des prêtres. Au 2ème jour, quelqu’un m’a découvert. Il a acheté un livre, puis un autre puis un troisième. Au total, 4 livres vendus et un remis gratuitement. Un petit frère est venu me voir. Il m’a ajouté deux nuits de repos. Dans cette solitude, j’expérimentais la générosité des gens qui ne me connaissaient que par mes écrits.

Chez les missionnaires, tout le temps passé, fut celui de la genèse de la création du monde : Dieu vit que tout était beau. Après la messe, je me laissais guider à la rencontre de la nature. Je marchais souvent pieds nus en contact avec du sable et des cailloux. Au bord du lac, les pieds dans l’eau, entre les vagues et les bruissements. Tout était effectivement beau. je me laissais à la contemplation de l’œuvre du Créateur, cet immense lac avec ses flots, ses vagues, ses bruissements, ses poissons. Vraiment, tout était beau. Je parlais avec les pécheurs des sambaza quand ils accostaient et j’admirais leur foi. Ils ne portaient pas de gilet de sauvetage et me disaient que, nés dans cette eau- cadeau du Créateur, en véritables « bana ya mayi », ils avaient remis leur sécurité entre ses mains. Ils me demandaient aussi de prier pour eux. Tout autour de moi était vraiment beau. Dans ce silence matinal et vespéral, tout était beau, magnifiant. Dieu nous demande de demeurer dans le silence de la contemplation, qui est la plus belle de toutes les louanges que nous puissions lui adresser, nous conseille encore le cardinal Robert Sara.

Alphonse de Lamartine  n’avait sûrement pas vu la beauté du lac quand il déclara : « Un seul être me manque et tout est dépeuplé. » Non, le lac est immense et magnifiant. Cadeau du Dieu vivant, le lac est plein. Toutes sortes de lézards, des fretins, l’eau changeant de couleur, l’horizon, les piroguiers, les cygnes…et surtout le silence dans le recueillement. Fuyant la dictature des bruits et des réseaux sociaux, je finis par donner raison à Aragon : « Un seul être me manque et tout est repeuplé. » Loin des bruits, loin des réseaux sociaux, seul devant la contemplation de l’œuvre de Dieu, tout est repeuplé. J’étais comblé d’allégresse. Devant cette infinité de bonté, je me surpris à fredonner cette chanson en kikongo : « Nki kima mono lenda kupesa na ngeye, tala maboko na mono yo kele mpamba… Seigneur, que puis-je te donner, regarde mes mains vides ? »

Le mercredi de cendres, les officiants du jour ont prêché trois choses : la charité, le jeûne et la prière » en ce temps de carême. Et je vécus la première expérience. En allant dire au revoir, la réceptionniste me remit en cadeau un chapelet là où je m’attendais à un calendrier. Vite, je courus vers le curé pour le bénir. Comme j’ai toujours supplier ceux qui ont reçu mission de la part du Seigneur de prier pour moi. Et je les remercie tous du fond de mon cœur. Dieu est Dieu et il le restera jusqu’à la fin des temps.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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