Général Tim Munkuto: »Beni n’a pas aidé la Cour à comprendre les massacres et les auteurs ».

Général Tim Munkuto: »Beni n’a pas aidé la Cour à comprendre les massacres et les auteurs ».

L.C. : Vous êtes Ministère public. A juger le procès dans son ensemble, qu’est-ce qui manquerait le plus pour arriver aux résultats escomptés ?

Tim.Munkunto. : Un certain goût amer de constater que le Ministère public s’est battu seul pour découvrir la vérité. Et ceci, sans la collaboration de la notabilité, même pas des membres de la société civile qui pourtant sont elles-mêmes des victimes directes et/ou indirectes des tueries de Beni. Le Ministère public a constaté que les tueries de Beni ville et territoire sont concentrées dans le secteur de Beni-Mbau et dans Mayangose et que, particulièrement, les victimes se comptent plus parmi les populations Wanande établies dans ces contrées ainsi que celles considérées à tort ou à raison alliées aux Nande. Nous nous attendions à la participation de ces communautés à la manifestation de la vérité, mais nous nous sommes trouvés en face de la loi de l’omerta. Ces gens qui ont vécu dans leur sang et dans leur chair ces massacres semblent moins préoccupés par la recherche de la vérité par rapport aux enquêteurs qui n’ont pas de lien de parenté avec les victimes.

L.C. : Dans ce grand rôle de Ministère public, vous avez été l’une de pièces maîtresses dans le procès Mamadou. Pourriez-vous établir une relation entre les deux procès ?

T.M. : Dans le procès Mamadou, la victime est un officier supérieur des FARDC. Quelqu’un qui volontairement a choisi de se sacrifier pour la nation tandis que s’agissant particulièrement des massacres de Beni ville et territoire, les victimes sont des civils ( femmes, enfants) innocents qui devraient être protégées par l’armée, la police mais dont la protection n’a pas pu être assurée compte tenu des effectifs, de l’essaimage de la population et de la complicité dont les auteurs des massacres ont bénéficié de la part de certaines notabilités et même à cause de l’implication directe de certaines d’entre elles dans ces massacres. Ce qui est commun, certaines personnes malveillantes ont tenté d’attribuer la paternité de ce qui est arrivé à Mamadou et des massacres de la population à certaines autorités. Ce qui est également commun, on retrouve dans les deux procès, la complicité entre les islamistes ADF et certains officiers (cas Mamadou) et des ADF et certaines notabilités dans les tueries de Beni ville et territoire. L’élément de manœuvre demeure les islamistes ADF. Ceux qui ont tué Mamadou, ceux qui tuent la population ( bien que dans le cas de Mamadou, l’embuscade a été tendue exclusivement par un commando venu de Madina). Dans les tueries de Beni ville et territoire, des éléments locaux ont directement participé aux massacres. Le cas de Kididiwe le 27 février où des personnes comme Siayetera, Henry Salimbongo ont été nommément cités par les rescapés.

L.C. : Au regard des révélations sur le modus operandi des ADF, pensez-vous que le procès doit influencer la conduite des opérations Sukola 1 ?

T.M. : Sur le plan purement tactique, le procès aura quand même fourni certains éléments qui peuvent être utilisés dans les opérations contre les terroristes ADF. Nous pensons qu’à la fin de ce procès, nous nous ferons le devoir d’évaluer le procès seulement dans ses aspects tactiques.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Dimanche, 10 septembre 2017

Albertine Hôtel Beni

Les Coulisses

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