F. Tshisekedi, « otage » de l’est (suite et fin).

F. Tshisekedi, « otage » de l’est (suite et fin).

Vilipendé et diabolisé par des esprits retors, le mini-sommet de la région des Grands Lacs africains s’est enfin tenu mercredi 7 octobre 2020 en visioconférence. Otage de l’est, le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi y a participé depuis Goma où il séjourne. Quatre Chefs d’État, à savoir Yoweri Museveni (Ouganda), Paul Kagame (Rwannda), Lorenzo (Angola) et Félix Tshisekedi (RDC) y ont pris part. Au menu quatre points à l’ordre du jour : évaluation de la situation sécuritaire dans la région, évaluation de l’engagement de Gatuna entre le Rwanda et l’Ouganda, examen de la situation sécuritaire à l’est de la RDC avec un accent particulier sur les opérations militaires musclées et raffermissement des relations de bon voisinage à travers la coopération et les échanges commerciaux. L’on peut dire sans risque de se tromper que pour le Chef de l’État congolais, c’est un pari gagné. Toutefois, jugement aux résultats et au bénéfice à tirer par les peuples de la région singulièrement ceux de la RDC.

S’est invité dans l’agenda du Chef de l’État l’épineux dossier de Minembwe, passé comme par horoscope « commune rurale » avec une démonstration de force pareille à un défi qui ne dit pas son nom : la présence successive des ministres, députés et officiers généraux des FARDC pour finalement voir la main américaine à travers le spectacle offert par l’ambassadeur des États-Unis sur la terre de Denis Mukwege, prix Nobel de la paix. Partons du commencement pour mieux cerner le processus de Minembwe qui semble aboutir aujourd’hui.

En 1998 Joseph Mudumbi, ministre rebelle de l’Administration du territoire (occupé) est appelé à procéder au découpage territorial afin de donner aux Banyamulenge un territoire.

Le 9 septembre 1998, Joseph Mudumbi prend trois arrêtés (à titre provisoire) créant les deux territoires de Bunyakiri et Minembwe et la commune de Kasha.

Le 18 septembre 1999, il fait de Shabunda une cité administrative le coupant de son territoire de 26 kilomètres carrés.

Le 20 octobre 1998, le RCD crée des territoires résidents. Quelques mois après, Joseph Mudumbi avec la bénédiction de Bizima Karaha les transformera en territoires autonomes suivant les promesses faites aux populations Banyamulenge. La décision de relever ces postes en territoire autonomes avait été prise lors du voyage de Joseph Mudumbi et Alexis Thambwe Mwamba à Minembwe.

Justification donnée devant le désarroi des populations : « les actes de découpage dataient de l’époque coloniale ». Sous l’instigation Joseph Mudumbi, Bizima Karaha et Alexis Thambwe Mwamba, le gouverneur du Sud-Kivu, Norbert Basengezi Kantitima reçut mandat de procéder au jumelage de la ville de Bukavu et celle de Kigali.

Les Congolais ont la mémoire courte et oublient vite. Certains compatriotes qui ont contesté cette décisions, au temps fort de l’occupation du pays, ont payé le prix fort et d’autres, comme le journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka ont été mis en indexe. Les rebelles, une fois passés à la blanchisserie de Sun City, ont été accueillis en « héros » à Kinshasa et ont feint d’oublier des actes qu’ils avaient posés. Vingt ans après, la mémoire collective nationale anesthésiée se réveille comme si le projet de faire de Minembwe un territoire autonome date d’aujourd’hui. Vingt années après, le « patriotisme agitateur » refait surface. Mais pour combien de temps ? D’où la question légitime : « Quelle est la part de Félix-Antoine Tshisekedi dans l’acte posé par les ministres Azarias Ruberwa et Aimé Ngoy Mukeni ? » Réponse : il est garant de la Nation pour les actes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Voilà pourquoi nous disons qu’il risque d’être « otage » de l’est.

On ne le dit peut-être pas trop. Minembwe (par sa composition géo-sphérique, les Hauts plateaux) est un lieu géostratégique d’une importance capitale pour tous les pays de la région. Qui contrôle Minembwe peut facilement anéantir le Rwanda ou le Burundi ou paralyser tout l’est de la RDC. Voilà pourquoi chacun des pays de la région (Rwanda, Burundi et Tanzanie) y a déversé ses propres rebelles qui, alliés aux groupes armés communautaires congolais abusivement appelés « patriotes » et adulés par certains compatriotes, sèment mort et désolation dans des alliances (contre) nature. Voilà pourquoi les FARDC échouent à y apporter la paix. C’est l’une des régions de l’est très fertiles en production de mémorandum adressés au SG des Nations-unies où chaque ethnie accuse l’autre de «génocide ». C’est enfin l’une des régions du monde (l’est de la RDC compris) où la circulation des armes est fluide. Outre les groupes armés étrangers, les terroristes islamistes passent par cette zone depuis la Tanzanie et le Burundi pour le Ruwenzori/Beni. Car Beni (RDC) et Cabo Delgado ( Mozambique) font désormais partie de la Province Afrique centrale de l’État islamique (IS-CAP).

Otage de l’est, le Président de la république devrait revoir toute sa politique nationale dans une projection géopolitique et géostratégique pour réussir le pari. En juillet 2001, Nicaise Kibel’Bel Oka (qui a interviewé en tête-à-tête le Chef de l’État, Joseph Kabila) lui fit une recommandation encore jeune Président de la république, à la fin de l’interview lui accordée : « Excellence monsieur le Président, ne nouez pas d’alliances avec des politiciens de l’est (et autres ) qui ont été dans la rébellion dans les provinces occupées. Vous risquez d’être surpris, déçu et enfin vomi par la population. C’est un conseil que je vous donne , Excellence ». Joseph Kabila, tout en remerciant le journaliste, déclara : « Mon alliance, je la ferai avec le peuple, pas avec les hommes politiques ». A chacun de méditer près de 20 ans après.

Otage de l’est, Félix-Antoine Tshisekedi aurait promis de revenir à Goma dans un laps de temps assez court possible. On lui rappelle quand même avec respect que, constitutionnellement, la RDC compte 26 provinces.

Justin Honlay

Les Coulisses

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