CPI. Gbagbo et Blé Goudé acquittés. Quelle leçon pour les enquêteurs en RDC ?

CPI. Gbagbo et Blé Goudé acquittés. Quelle leçon pour les enquêteurs en RDC ?

Le verdict est tombé. Gbagbo et Blé Goudé acquittés des poursuites devant la CPI. Et pour cause ? Le bureau du procureur n’ a pas été en mesure de présenter des preuves irréfutables aux accusations portées contre les deux Ivoiriens. Les juges de la Chambre d’appel de la Cour pénale internationale ont démonté pièce par pièce les allégations du procureur rejoignant ce que François Mattei écrivait dans le livre « Pour la vérité et la justice » paru en 2014 : « Les accusations contre Laurent Gbagbo n’étaient qu’une revue de presse. Aucun élément probant à l’appui de ses accusations. Récit parcellaire, lacunaire, pour une simple raison : la réalité ne cadrant pas avec les accusations. Les faits sont têtus. Plutôt que vérifier la véracité même de ce récit, plutôt que d’enquêter pour en déterminer la réalité, le procureur l’a tenue pour acquis. L’absence de véritable enquête, son manque de compréhension de la situation est effarant. »

Les reproches faits à l’endroit du bureau du procureur me renvoient au rapport du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de 2016. L’Auditeur général des FARDC, Tim Munkuto, ce brillant homme que la république a perdu, a décortiqué le rapport GEC de 2016 dans une audience publique de la Cour militaire opérationnelle en foraine à Beni le 11 décembre 2017 pour comprendre comment à partir de 2014, on est arrivé à une dynamique différente où les ADF, les ex-APC et les groupes armés locaux ont continué à jouer un rôle important dans les massacres jusqu’à passer le flambeau aux FARDC et disparaître. Comme pour le cas du bureau du procureur de la CPI, l’Auditeur général Tim Munkuto a noté et regretté « une méthode de travail propre aux experts sur la RDC qui ne permet pas la contradiction, ni d’interroger les sources . Impossible de réaliser des enquêtes contradictoires. Quelle évaluation faire d’un tel travail ?» Il a fini par prouver que GEC était : 1. victime de manipulations des témoins directs ou des acteurs des massacres. GEC a engagé certaines gens qui étaient le jour, ONG et la nuit, politicien. 2. la non fiabilité de certaines déclarations et leur relativité, 3. le mobile des massacres n’est pas évoqué, 4. une implication de manière contre intuitive du général Mundos, GEC ne comprenant pas lui aussi ce qui a poussé le général Mundos dans les massacres. Dans un procès pénal et criminel, le mobile guide dans la détermination du jugement à rendre. Malheureusement, tous les étrangers qui ont enquêté dans les massacres de Beni n’ont pas trouvé les mobiles de massacres. Conclusion, ceux qui rédigent des rapports ne connaissent pas le terrain, ni les personnes mises en cause moins encore le déploiement des FARDC. A la page 43, le rapport GEC parle de la vallée de Mutara où le général Mundos, sous prétexte d’une crevaison de pneu du véhicule Kamaz, s’arrête pour permettre aux ADF de se ravitailler en munitions et armes. Ce qui aurait poussé le leader illuminé à taxer le général Mundos : Commandant des ADF et des FARDC. Pour Mutara, soit on est ignorant de la géographie du milieu, soit on est animé de mauvaise foi. Il n’y aucun accès pour les véhicules ni pour les motos. L’identité des tueurs ne faisait et ne fait toujours aucun doute : les ADF formellement reconnus et identifiés. Les capturés reconnaissent avoir participé à diverses opérations allant des expéditions punitives contre les personnes supposées avoir trahi, des massacres tactiques visant à faire revenir les troupes déployées en profondeur, massacres règlement de compte en rapport avec la terre, massacres liés à des expéditions pour besoin d’approvisionnement, des expéditions punitives contre les traîtres notamment des personnes travaillant avec l’argent des ADF, des massacres liés à des représailles, etc. Pour produire un rapport fiable qui résiste à l’analyse, il faut du temps et des hommes de confiance. Ce qui a manqué à GEC. D’avoir induit tout un peuple en erreur, les massacres des populations civiles continuent dans l’indifférence totale de la communauté tant nationale qu’internationale et les mêmes personnes à nier les évidences. Sur la base de ce décorticage du rapport GEC, bien rusé et têtu est celui qui irait à la CPI avec pareil rapport sans aucune preuve irréfutable, espérant que la CPI prendrait une nouvelle fois partie risquée en adhérant à un récit élaboré par d’autres personnes qui repose sur l’absence de véritable enquête, comparable aux accusations portées contre Laurent Gbagbo. Leçon : tout le monde ne peut pas faire de l’investigation ni être enquêteur. La récente rencontre en toute discrétion du leader illuminé et le général Mundos devrait faire réfléchir les extrémistes comme ce jeune homme qui s’essaie en politique après avoir lu une lettre écrite à GEC publie « les faiblesses de Nicaise » ou cet autre qui brandit la Une du journal Rafiki oubliant que son éditeur, ayant prêté à Mme Sarah Muhewa Shingwa sa lignée biologique, née à Mutwanga dans sa famille, avait fui avec cet autre politicien doublé de président d’une ONG de droit de l’homme, les deux ayant été parmi les enquêteurs attitrés de GEC. Mon peuple persiste dans l’ignorance et y périt. Par manque de connaissance. Et pourtant !

Poussant l’intoxication et la désinformation à l’extrême, certaines personnes ont demandé à la population de Beni de ne pas faire foi à la Cour militaire opérationnelle et d’attendre la CPI . « En attendant Godot », hier encore un bébé tétait le sein de sa mère déjà morte sauvagement assassinée.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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