CODECO ou les frustrations d’une communauté ethnique qui réclame justice

CODECO ou les frustrations d’une communauté ethnique qui réclame justice

CODECO, la milice armée essentiellement Lendu est entrée dans les rues de Bunia vendredi 4 septembre 2020, officiellement pour récupérer certains de ses éléments détenus à la prison provinciale de Bunia. Durant cette marche spectaculaire, les éléments de la milice CODECO ont été encadrés par les FARDC qui les ont embarqués dans des véhicules Kamaz pour les ramener dans le lieu de leur cantonnement. Du coup, l’on a enregistré des réactions en sens divers jusqu’à exiger la révocation du gouverneur de province comme si c’était la première fois qu’on assistait à une parade mécréante d’une milice ethnique à l’est du pays. La plupart de réactions ont été épidermiques parce qu’on ne veut pas chercher à comprendre les vraies raisons de ce spectacle à couper le souffle.

Les revendications de la communauté Bbale

Le moral d’une communauté dépend, écrivions nous en 2012 dans notre livre « Ituri. De la guerre identitaire au pillage de l’or de Kilo-Moto… », de la certitude qu’éprouvent ses membres que leurs propres besoins et intérêts seront satisfaits et demeureront s’ils collaborent avec les autres. Or, il se fait que la communauté Bbale se sent méconnue de ses voisins et injustement remerciée par les gouvernants à tous les niveaux. La prise de conscience des Lendu, commencée par le duo Enoch Nyamwisi Muvingi-Bura Pulonyo et arrivée en maturité dans les 1995, leur a fait comprendre que pour se faire entendre, il fallait emprunter la voie de la violence armée. La communauté Bbale se bat pour son émancipation et réclame ses terres spoliées par les Hema. En 1999, au plus fort de la guerre interethnique Lendu-Hema, la Chrétienté Bbale adresse un mémorandum au Vatican pour solliciter sa participation à corriger les injustices dont elle se dit victime. Parmi les points énumérés, on peut citer les spoliations des concessions sur lesquelles ils habitent depuis les ancêtres par les commerçants Hema avec le concours du diocèse catholique de Bunia. Il s’agit de cet échantillon dans la collectivité des Walendu-Pitsi : Concession de Lumea disputée avec la famillle Savo Thomas, concession Sanduku totalement habitée par les Lendu dans le groupement Dz’na, concession Lina à Gosenge dans le groupement Bubba, concession Dyambu opposant le diocèse catholique de Bunia aux paysans de Zangili et Zamdje que le diocèse a vendue aux hommes d’affaires Hema pour s’en débarrasser, concession Kodjo Singa à Abhorro, etc. L’on connaît la réponse du Vatican qui n’a été satisfaisante que partiellement, à savoir la démission forcée de l’évêque de Bunia, Mgr Léonard Dhejju. Dans la foulée, on a appris aussi que des jeunes de la communauté Bira reprocheraient à leurs chefs coutumiers d’avoir vendu aux Hema des pans de terre.

La détermination de CODECO n’est qu’une expression de ce malaise enfoui dans l’inconscient collectif. L’État central étant resté muet sur ce problème dont se sont servis des commerçants véreux qui brandissent le délai d’inattaquabilité des certificats d’enregistrement entachés de vices de procédure en se cachant derrière la Loi Bakajika . Amin Maalouf rappelle que le basculement des privilèges frauduleusement acquis crée des frustrés, des humiliés, des mécréants. Or, toute communauté se sentant humiliée dans son existence a tendance à produire des tueurs pour commettre de pures atrocités en étant convaincue d’être dans leur droit. Le grand malaise existentiel en Ituri est à la base de la création des milices ethniques saisonnières aux dénominations variées (FRPI, ZAIROIS, FIPI, UPC, FNI, CHINI ya KILIMA, FPIC, CODECO).

Une lecture égarée de la communauté internationale

Comment mettre fin à un conflit identitaire qui avait fait au bas mot 50 mille morts en Ituri ? Appliquant la rationalité là où l’arbre à palabre valait son pesant d’or, la communauté internationale a cru bon régler ce conflit en envoyant fifty-fifty les seigneurs de guerre de deux communautés à la Cour pénale internationale (CPI) oubliant que ces infortunés « héros » malheureux se battaient pour leurs communautés respectives. Aux problèmes africains, il ne faut pas des solutions occidentales. Et chacune de communautés a retenu deux leçons : ne plus jamais afficher des leaders de crainte de les exposer à la CPI et créer des milices variées et dispersées pour brouiller tout le monde. Ces leçons sont aussi appliquées au Nord-Kivu. Le tout ramenant toujours aux mêmes objectifs, à savoir la protection et la défense de la communauté. N’empêche que des alliances contre nature se nouent et se délient. Chacun le naturel, il revient au galop. A ce jour, la nette réalité amère est celle d’une communauté internationale qui a gaspillé de dollars pour aucun résultat concret et qui se tourne vers l’État congolais, l’accusant, avec raison, de ne rien faire ou de ne pas faire suffisamment.

Et la famille dans tout ce désordre ?

On connaît la chanson : « Nous demandons au Chef de l’État de ramener la paix chez nous » mais aussi le refrain : « Nous exigeons du Chef d’État-major des FARDC de procéder à la relève de tous les officiers qui sont déployés chez nous ». Qui trompe qui ? Et la famille dans tout ça, quel rôle joue-t-elle ? La famille, les missionnaires nous l’avaient appris, est la cellule de base d’une nation. Elle est même sainte dans l’Église catholique. Qu’a-t-on fait de la famille dans l’est de la RDC ? Dans l’est de la RDC, ce sont des enfants exilés des bancs de l’école qui caressent la kalachnikov souvent dès le bas âge. Ces enfants comme partout ailleurs sont issus des familles avant d’appartenir aux groupes armés. Il est écœurant d’entendre les membres des communautés dont sont issus et auxquelles appartiennent les milices de crier vers Kinshasa l’accusant de ne rien faire pour ramener la paix. Dans certaines régions, ce sont ces mêmes miliciens qui ont assuré la sécurisation du processus électoral choisissant qui devait être élu. Dans un système de gouvernance fondé sur la territoriale des originaires, on est parfois surpris que des gouverneurs (sensés mieux maîtrisés les enjeux sécuritaires des leurs terroirs) abdiquent en attendant la solution du gouvernement central. Ces enfants, leurs enfants, qui devaient renforcer les services de défense et de sécurité afin de cimenter l’unité nationale sont les mêmes qui affrontent les FARDC. De fois manipulés par les notables de leurs communautés. La famille a-t-elle échoué dans certaines régions de la RDC ? Que faut-il entreprendre de mieux pour que la paix revienne ?

Le professionnalisme des FARDC à saluer

Les mauvaises langues et les mauvaises plumes aussi acerbes que haineuses se sont attaquées à l’attitude des Forces armées de la RDC. L’armée loyaliste a agi avec professionnalisme en encadrant les miliciens sans verser une seule goutte de sang (ce qui a mis les ONGD en chômage pour une fois). Les FARDC ont embarqué les miliciens dans des véhicules de l’armée et les ont accompagnés au lieu de leur cantonnement. A moins de souffrir de cécité ou d’avoir une mémoire courte, les FARDC se sont comportées avec professionnalisme notamment dans la ville de Butembo lorsqu’une colonne de personnes (hommes et femmes) ont défilé nues dans la rue sans émouvoir les bonnes consciences et à maintes reprises quand les maï-maï, bardés d’amulettes et des gris gris, ont traversé la grande avenue de la ville de Beni. La leçon à retenir de cette promenade des miliciens de CODECO dans la ville de Bunia est simple : l’État congolais doit régler les problèmes de terre pour enlever tout prétexte aux groupes armés communautaires, exiger des communautés après cet exorcisme public de sensibiliser leurs enfants à quitter la brousse et à abandonner la voie armée, créer de l’emploi en évitant trop de tomber dans le piège de DDR avec au final reconnaissance des grades. Redynamiser la justice qui a joué un rôle néfaste dans des dossiers de terre en Ituri. Dans certaines circonstances comme celles de l’Ituri, la paix par voie des armes ne peut intervenir qu’en dernier recours. Faire autrement en malaxant des théories complotistes revient à chercher le sexe des anges.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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