Beni. Mgr Maroy. Vous avez dit « maï-maï patriotes et maï-maï béquilles de MTM! »

Beni. Mgr Maroy. Vous avez dit « maï-maï patriotes et maï-maï béquilles de MTM! »

(Goma. La délégation des évêques de l’ACEAC-CENCO reçue en séance de travail à la résidence du Gou-pro Carly Nzanzu K.)

Avec raison, Mgr François-Xavier Maroy, Archevêque de Bukavu a tenu à nous interpeller à haute voix sur le comportement de (nos) enfants maï-maï. A ne point douter, il en existe plusieurs. « Les vrais maï-maï protègent la terre de leurs ancêtres, ils ne tuent pas leurs populations », claironne Mgr l’Archevêque métropolitain. Sommes-nous quel genre de maï-maï quand nous nous allions aux jihadistes et attaquons nos sœurs et frères ? Dans les années de la rébellion, le Grand Nord avait connu deux sortes de maï-maï. D’un côté les « patriotes » qui défendaient la terre des ancêtres contre l’occupation étrangère et singulièrement ougandaise, de l’autre, ceux qui, alliés aux rebelles, soutenaient la campagne de l’UPDF. L’on se rappelle l’attaque de la ville de Beni ayant conduit à l’assassinat du major ougandais Ikondere. L’on se rappellera aussi de la réaction disproportionnée qui a conduit à la mort de Désiré Lumbu-Lumbu. On se rappelle les affrontements du village Maboya (37 morts et des cases incendiées) opposant l’UPDF et les maï-maï. En tout cas, il y avait deux camps : les maï-maï qui se battaient contre les envahisseurs et leurs complices congolais et ceux qui étaient en union sacrée avec les complices et les envahisseurs. L’on se rappellera de l’assassinat de Ndungo par Fabien Mudoghu (l’abbé Honoré Mbafumoja et Somo Sylvestre s’étant échapper). Sacrilège, ils peuvent sans foi ni crainte kidnapper des prêtres à Bunyuka, obliger les gens à se tatouer. Il y a aujourd’hui des maï-maï qui sont totalement acquis à la cause des égorgeurs et qui leur servent de béquilles. Pour comprendre cette traîtrise, il semble qu’il faille remonter à la déstructuration des pouvoirs coutumiers dans Beni. Bien avant, l’on distinguait les familles royales et les vassaux. La plupart de familles royales ont perdu les privilèges que leur offrait la coutume ancestrale. Et ce, pour diverses raisons dont deux. De nombreux chefs coutumiers (mwami) ont laissé la succession aux enfants très jeunes qui souvent, dans la paresse qui les caractérise, n’ont pas évolué. Ils se sont contentés de la redevance et des chèvres. Ils se sont aussi endormis dans le prestige que leur conférait le titre de « mwami ». Beaucoup n’ont pas étudié et ne savent pas se positionner en politique, la seule activité qui nourrit bien. D’autre part, les descendants de vassaux, souvent agriculteurs, qui ont investi dans les terres concédées, se sont émancipés des suzerains bami. Les familles royales veulent recouvrer le prestige du leadership dont la vedette leur a été « volée » par les descendants de vassaux, plus dynamiques et entreprenants. Certaines familles royales n’ont plus de terre qu’elles sont obligées de quémander chez les vassaux d’hier. Dans le territoire de Beni, presque toutes les familles régnantes sont secouées par des crises de succession. Ces crises de succession rencontrant une deuxième crise entre les familles régnantes et les vassaux ont fini par produire des monstres. Pour trouver le prestige perdu, ils n’hésitent pas à faire allégeance à l’ennemi. Qu’il soit jihadiste ou pas. D’autres aussi cherchent à se défendre. C’est dans cette réalité qu’on doit comprendre les complicités avec les égorgeurs : neveux, petits-fils de chefs coutumiers sous-traitent la violence en faisant allégeance aux islamistes. Les vassaux qui se sont assis sur leur créativité recourent aussi à la force pour protéger ce qui est devenu leur droit. La faiblesse de l’État et la justice au plus offrant ne peuvent pas sécuriser les uns et les autres. On note le déferlement des groupes d’ « autodéfense » abusivement appelés « patriotes maï-maï ». On ne peut pas expliquer ce phénomène qu’il y ait dans une même communauté une dizaine de groupes d’autodéfense. Pourquoi les gens peuvent-ils rouler contre eux-mêmes ? Par ignorance ? Par intérêt ? Qu’a-t-on fait de l’argent de la redevance récolté depuis des lustres ? Pourquoi les enfants des vassaux refusent-ils de payer la redevance ? A cela, il faut ajouter les conflits latents interethniques entre Bantu et semi-Bantu. Se sentant vilipendés, chosifiés, les semi-Bantu se penchent vers les pygmées. Absents sur la scène politique et même dans les FARDC, les semi-Bantu ne pèsent pas et ne savent pas exprimer leur frustration. Leurs intérêts n’étant pas pris en compte, ils cherchent des parapluies armés et dans les groupes armés. François-Xavier Maroy, l’Archevêque de Bukavu a fait son travail de bon berger. Reste que la communauté puisse trouver la solution à l’épineux problème des maï-maï, béquilles des islmaistes MTM, qui s’attaquent à l’armée loyaliste, à leurs frères et sœurs et qui déstabilisent le front militaire. Pour y réussir, il faut gérer les frustrations de tous, suzerains, vassaux, politiciens, chefs religieux, agriculteurs…

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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