Beni 2020. Plus de 1110 personnes massacrées par le MTM avec l’appui des maï-maï.

Beni 2020. Plus de 1110 personnes massacrées par le MTM avec l’appui des maï-maï.

( Carte des groupes formant l’État islamique et Al Qa’da avec leur relais en Afrique.)

La population du territoire de Beni notamment celle du secteur du Ruwenzori a connu une fin d’année 2020 très meurtrière. Des attaques des jihadistes de MTM ont eu lieu dans les localités de Nzenga 1/kasusu, Mabondo, Loulo et alentours faisant une vingtaine de tués dans le rang des FARDC et de nombreuses victimes dans la population civile. Dans la nuit du 31 décembre 2020, les jihadistes de Madina at Tauheed Wal Muwahedeen (MTM) ont attaqué la localité de Lose-Lose avec un bilan de plusieurs morts et des dégâts matériels importants. Selon les images balancées sur la toile, deux corps des hommes au teint clair, vraisemblablement des Arabes avaient été identifiés parmi les tués du côté de MTM. Au 2 3 décembre 2020, le bilan des attaques s’élevait à 1110 personnes massacrées dans cette région en l’espace d’une année, d’après les décomptes du CEPADHO. La menace jihadiste dans la région de Beni est devenue une réalité vivante indiscutable contre laquelle le gouvernement congolais doit s’attaquer avec tous les moyens disponibles pour mettre fin à cette nébuleuse. Ceux qui tuent dans Beni sont des jihadistes MTM. De nombreuses vidéos tournées depuis celle sur le colonel Ezra Mufaya (3308 Rgt FARDC) le confirment. Bien qu’il y ait toujours dans la région des personnes qui nient encore leur existence et qui doutent de l’authenticité desdites vidéos. La nation doit être soudée pour mener cette lutte et, au besoin, solliciter de l’aide bilatérale avec des pays qui ont l’expérience de la guerre asymétrique et du terrorisme pour mettre hors d’état de nuire le MTM. Il est absurde que des gens prophétisent de mettre fin aux massacres avec leur seule (bonne) volonté. Aucun pays au monde n’a gagné seul le combat contre le terrorisme. Musa Muhsin Baluku, le chef de MTM, fait partie de grands leaders de l’État islamique dépendant tous du grand calife Hajji Abdallah qui chapeaute l’organisation. L’on peut citer les pays où est terré l’E.I. et les chefs de groupuscules formant l’E.I. : Afghanistan (Shahab Al-Munajir),Yemen ( Abu Al-Bara al- Mahajir), Ouest Afrique (Abu Hafsa Al- Ansari et Malam lawan), Somalie (Abu Musab al- Sharqam), Pakistan (Daud Mehsud), Asie de l’est (Hatib Hajan) en attendant que des pays comme la Libye, Inde, Tunisie, Bangladesh, Caucase, Mozambique désignent leurs leaders.

Selon l’article signé par Alexandre Raymakers le 11 décembre 2020 (site Maplecroft.com), l’Afrique abrite 7 de 10 pays les plus à risque du terrorisme au monde. En 2020, dans 4 de 5 pays se trouvant en Afrique subsaharienne, les islamistes ont intensifié des attaques terroristes. Il s’agit de : Tchad, RDC, Kenya, Mozambique et du Sénégal. Selon les projections 2021 de Maplecraft.com, les pays les plus à risque au monde en 2021 sont l’Afghanistan, le Burkina Faso, la Mali, la Somalie et la Syrie. Ces pays sont suivis par le Cameroun (6ème), le Mozambique (7ème), le Niger (8ème), la RDC (9ème), la Syrie (10ème) et le Nigeria (11ème). Pour la revue JIHADICA qui donne le bilan de l’État islamique en 2020, il fait remarquer que l’État islamique a consolidé véritablement sa présence en Afrique subsaharienne. Le niveau d’opérationnalité en 2020 était très élevé en Irak et en Afrique de l’ouest couvrant l’ensemble du Nigeria, Niger, Mali et Burkina Faso sous la dénomination de la Province Etat islamique en Afrique de l’ouest (ISWAP). Actuellement, le centre de gravité de l’État islamique penche vers l’Afrique subsaharienne faisant de l’Afrique la région la plus importante pour l’État islamique au niveau mondial. 39 % de premières pages de la Newsletter du groupe al-Naba sont consacrés au Nigeria, 10 % au sahel, 6 % au Mozambique et 2 % pour la RDC. L’État islamique est bien vivant et a remarquablement réussi la difficile transition d’un calife à un autre et le changement de centre de gravité.

ISWAP, IS-CAP et Khorasan (Afghanistan) ont été les provinces les plus meurtrières en termes de nombre de victimes par attaque. Le taux de victimes par attaque est en fait beaucoup plus élevé au Khorasan, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, suivis de près par la Province d’Asie de l’Est de l’État islamique (ISEAP). L’État islamique a une capacité d’adaptation grâce à son idéologie simple, structurée et se voulant intemporelle. Ce qui lui donne un pouvoir d’attraction pour des combattants du monde entier à travers une rhétorique bien travaillée et avec pour outil la technologie, et plus particulièrement les réseaux sociaux. Il y a aussi son organigramme qui est conçu pour survivre à la mort éventuelle de ses cadres. Baghdadi affirme que  » La terre d’Allah est vaste et les courants de la guerre changent. » Dominique de Villepin, ancien ministre français des Affaires étrangères (2002-2004) et Premier ministre (2005-2007), déclarait dans l’émission Ce soir ou jamais sur France 2, en 2014 : « Le terrorisme est une main invisible, mutante, changeante, opportuniste. On ne se bat pas contre une main invisible avec les armes de la guerre. Il faut être capable d’employer la force de l’esprit. »

Cette « efficacité » repose sur d’autres pratiques : se rapprocher d’une partie, au moins, de la population dans les zones à conquérir et lier des relations avec les groupes armés locaux. Désormais, l’objectif consiste à contrôler des zones en y apparaissant le moins possible, mais dans l’idée de les administrer à terme. Cette phase discrète, voire secrète, est déjà à l’œuvre dans le Ruwenzori où les maï-maï appuient le MTM contre les FARDC. Le général Peter Chirimwami l’a encore rappelé le 2 janvier 2021 : « Des combattants maï-maï impactent négativement sur le bon déroulement des opérations des FARDC contre le MTM. »

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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