Belgique-RDC. Risques de falsification de l’histoire par les mouvements antiracistes et décoloniaux.

Belgique-RDC. Risques de falsification de l’histoire par les mouvements antiracistes et décoloniaux.

(Kisangani. Photo de famille après la Conférence du CRIDGTDD au bâtiment Centre Monaco).

Sous la direction du professeur Ursil Lelo di Makangu, le Centre de recherche interdisciplinaires de droit, gouvernance territoriale et développement durable (CRIDGTDD)/ Laboratoire interdisciplinaire de droit et développement durable (LIDDD) a présenté sa publication au public à Kisangani. La publication aborde la problématique de la revisitation de la question du passé colonial avec son tableau sombre et dénonce l’émergence de plusieurs mouvements antiracistes et coloniaux en Europe, en particulier en Belgique entraînant plusieurs actes de vandalisation des statues d’un côté et le débat sur le pillage d’arts africains et la problématique de restitution d’objets d’arts, considérés comme volés ou pillés de l’autre côté. De ces faits, il se dégage une volonté de réécriture de l’histoire. Ce mouvement prend l’appellation d’antiraciste et décolonial en Europe et en Belgique en particulier. En France, il est considéré comme les nouveaux fanatiques, à savoir les indigénistes, les déboulonneurs de statues, gauche racialiste, écriture inclusive, ‘cancel culture’. Le Centre s’interroge aussi sur la prise de position controversée du Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren sur le statut de l’intervention des commandos belges à Stanleyville. Elle résulte de la suite des débats houleux comme expression des frustrations des familles des victimes, des rescapés de la guerre à Kisangani. Ces débats se synchronisent également avec les frustrations et colères des para commandos ou encore leurs différentes associations. Sous les plumes diversifiées, les auteurs de cette étude ont signé : Rôle de l’art et de l’histoire pour l’humanité (Augustin Bedidjo Ular), Risque de la falsification de l’art et de l’histoire face aux mouvements des déboulonneurs de statues (Martin Amisa Zugi et Jacques Tshilumba Katamba), Entre le refus de l’apologie de la colonisation et le risque de falsification de l’histoire (Ursil Lelo di Makangu), Intervention belge du 24 novembre 1964 à Stanleyville face aux principes d’intervention de l’humanité en droit international (Prosper Nobirabo Musafairi), Position du Musée royal de Terverun sur l’altération de la vérité par rapport à l’opération Dragon rouge (Lelo di Makangu et Didier Okoto Lofungola), Interpellation de chercheurs sur les bien-fondés et risques des mouvements décoloniaux et des déboulonneurs des statues et tendance de la révision de l’histoire (Lelo di Makangu et Jacques Tshilumba Katambwa), Déchirer le voile idéologique pour découvrir le rôle historique véritable (Blaise Iyamba Valentin). Bref, l’idée qui se dégage est que l’artiste ne doit pas corrompre la vérité quelque soit le degré de l’horreur, ni insinuer ou dénaturer une opération. Le faire est un crime grave d’atteinte à l’intégrité de l’histoire de l’art. L’étude relève les difficultés spécifiques dans ce genre d’activité qui sont le militantisme et le déterminisme, obstacle majeur à la recherche de l’histoire du passé. Soulignant toutefois que l’indépendance de l’artiste et sa liberté ne sont jamais absolues et sans encadrement par les règles d’éthique, des mémoires et des vérités, le crime contre la vérité historique devient insoutenable. On sent à travers les auteurs, tous des Congolais, ce besoin inéluctable et fondamentale, le sens de la vérité dont l’étude élucide la signification.

Thierry Claeys Bouuaert s’invite au débat

( De G. à D, le journaliste congolais Christian Lusakweno de Top Congolais et le Belge Thierry Claeys Bouuaert, alias TCB)

Cette démarche de la recherche de la vérité historique a eu un écho favorable auprès de Thierry Claeys Bouuaert, Belge ayant travaillé des années comme banquier à la Banque Commerciale du Congo (BCDC), ami du Congo qui n’a jamais quitté en esprit ce pays et qui voue admiration et sympathie au dynamisme du peuple congolais avec qui il partage une belle histoire d’une partie de sa vie sur terre. Nous publions in extenso sa réaction, une contribution à la recherche scientifique.

« Merci pour ce document, il s’agit d’une importante contribution à l’Histoire du Congo, émanant de chercheurs Congolais d’autant plus concernés par le sujet qu’ils évoluent dans la ville même où la rébellion a le plus sévi, où les mémoires sont encore à vif, vu le nombre de familles qui ont été touchées par la violence qui a régné à cette époque.
L’analyse de l’intervention belge du 24 novembre 1964, par le Professeur Nobirabo Musafiri, en la mettant face au principe d’intervention humanitaire en Droit International, est impressionnante par la profondeur de l’argumentation et la jurisprudence tant ‘historique’ que juridique.
L’interdisciplinarité de l’étude en fait sa richesse et son originalité. Les développements sur la relation entre l’Art et l’Histoire représentent une importante contribution non pour limiter la liberté d’expression artistique, mais sur les risques de falsification de l’Histoire en usant du prétexte de l’expression artistique.

Le travail réalisé par ce collectif répond aussi aux souhaits de nombreux auteurs et personnalités africaines de voir les Africains écrire eux-mêmes leur Histoire. Patrice Lumumba n’avait pas été le dernier à l’annoncer. Nous en avons ici une application qui honore ses initiateurs et devrait faire réfléchir ceux qui se permettent de revisiter l’histoire sous un prisme idéologique, en s’éloignant des fondamentaux de la discipline.

Enfin, un élément essentiel me parait être ce rappel de l’impunité, qui a été de mise depuis ces époques troublées des débuts de la République Démocratique du Congo. Ne serait-ce pas là une des racines des maux qui rongent le pays, au fil de conflits sans cesse renouvelés ? Cette impunité quasi institutionnalisée ne serait-elle pas finalement une prime à la violence, tout comme l’impunité en matière de corruption a fini par gangrener le pays et les comportements ?
Il y a là des chantiers à ouvrir pour le Collectif du LIDDD et d’autres initiatives similaires, pour poursuivre des recherches. Si de nombreux ouvrages ont été écrits sur ces tragiques évènements, la mémoire des Boyomais n’a pas encore été sollicitée. Ou pas suffisamment. N’est-ce pas là aussi une piste pour des chercheurs d’interroger les survivants, de faire parler les mémoires des familles qui ont été touchées par la violence, d’éclairer les influences idéologiques qui ont ainsi amenés certains États à intervenir sur le sol Congolais en armant et soutenant ces rébellions ?

Un tel travail a le double mérite de respecter la mémoire des nombreuses victimes de la violence Simba, population Boyomaise comme otages, et de mettre à la disposition du public une solide réflexion sur la nécessité de respecter les règles d’éthique et d’intégrité lorsque l’on veut parler d’Histoire ».

Voilà pourquoi, et avec raison, le professeur Ursil Lelo di Makangu et ses collègues ont trouvé cette nécessité de l’interpellation des chercheurs sur les biens fondés et risques des mouvements des déboulonneurs de statues et la tendance de la révision de l’histoire. Pour éviter le risque de déchirer le voile idéologique et découvrir le rôle historique véritable de l’intervention des commandos belges à Stanleyville en 1964. Car, le vrai et le réel sont une seule et même chose puisque l’idée de la vérité renvoie à celle de la réalité.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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