Belgique-RDC. Relecture de l’histoire (des Simba) ou volonté de construire une relation forte !

Belgique-RDC. Relecture de l’histoire (des Simba) ou volonté de construire une relation forte !

(Photo Visite du roi Baudouin en 1955).

Nous présentons nos excuses à monsieur Jean-Luc Ernst de lui avoir attribué la paternité de la photo ci-haut. Nous avons tiré la photo du site Stanleyville.be . Nous prions ceux qui partagent l’article de considérer celle-ci à la place de la première. Toutes nos excuses pour le désagrément. Bonne lecture et bonne exploitation de l’article.

La Belgique est sur la surchauffe. Au menu de la polémique, les sculptures réalisées par les artistes Aimé Mpane et Jean-Pierre Müller qui reposaient en paix jusqu’à ce qu’elles soient couvertes de voile de la « honte ». Parce que selon une certaine opinion exprimée par le Cartel, elles participeraient de la campagne coloniale : « Les sculptures sont superposées de voiles semi-transparents, qui permettent une nouvelle lecture de ces sculptures de propagande coloniale. » Pour des associations des para-commandos belges, la position du Cartel reprise dans la première phrase est « particulièrement tendancieuse et offusquante » et la phrase en elle-même « porterait ainsi atteinte à l’honneur des para-commandos belges de l’époque et de l’armée belge tout entière. » La phrase assassine est celle-ci : « Un para-commando belge en 1964, lors de l’écrasement des rebelles Simba. L’indépendance formelle du Congo en 1960 est loin d’avoir sonné le glas des interventions étrangères ». Des associations des para-commandos belges sont formelles : Elle (cette phrase) établirait des contre-vérités historiques dans la mesure où l’intervention des para commandos belges à Stanleyville (Kisangani) en 1964 était une opération humanitaire sans objectif militaire. »

56 ans après, l’on peut se poser la question sur l’intérêt d’une telle polémique dès lors que la RDC vit des périodes plus difficiles que celle de 1964 et que des massacres sont commis au Congo sans que la Belgique, marraine et amie, ne puisse juger de l’opportunité d’une opération salvatrice pour les populations congolaises massacrées comme des mouches. Cette même Belgique capable de demander pardon pour son rôle « présumé » lors du génocide rwandais et de pleurer les morts rwandais là où elle semble aphone en ce qui concerne la RDC.

Sur les événements de 1964 dans la province Orientale (Kisangani et Isiro), serait-il question du verre à moitié vide/à moitié plein selon que l’on se trouve dans tel ou tel autre camp ? Comment et avec quels mots peut-on expliquer aux Congolais d’Isiro et à l’Église universelle les sévices infligés à Anoalite Nengapeta le 1er décembre 1964, reconnue Bienheureuse ? Des témoignages tant écrit oraux que par écrit sur l’aventure des Simba comme pour d’autres rébellions qui ont secoué le Congo abondent. Ils présentent les rebelles dans leur habit de criminels sans foi ni loi. Voici ce qu’écrit Michel Faeles : « Dans ce qu’on peut qualifier de « génocide de classe sociale », la révolte des Simbas au Congo a fait des milliers de victimes congolaises en visant l’Administration et tous ceux dont le niveau social dépassait celui de la moyenne de la population. Bien qu’on ne saura jamais exactement combien, j’en ai fait une estimation, basée sur des critères objectifs et permettant de fixer à un minimum de 50.000 le nombre de victimes congolaises. (…) La révolte coûta également la vie à des centaines de compatriotes et autres expatriés. J’ai pu établir une liste de ces victimes, qui reste incomplète, mais qui donne toutefois une idée assez précise de l’ampleur de ce drame »

Albert Kisonga Mazakala1 témoigne sur les manipulations et discordes entre dirigeants congolais et le comportement affreux des rebelles Simbas sur le terrain : « (…) Soumialot s’est fait accompagner de Jérôme Katerebe, son chef de cabinet rwandais, Martin Kasongo dit Casmarlos, Henri Diunga (Kitenge Yezu), son secrétaire et de Djumaine, son garde-corps. La veille, Mathieu Elonga est arrivé à Dar Es Salaam en compagnie de Corneille Kirongozi. Il vient de s’échapper du cachot où l’a enfermé Christophe Gbenye à Aba, où il a failli perdre la vie. Il porte les traces des menottes aux poignets, des stigmates des tortures subies à Stanleyville, où il avait déjà été arrêté. En tant que chef de la sûreté, son crime est de s’être opposé aux exécutions des prisonniers, singulièrement des cadres et des Européens. Avec Corneille Kirongozi, ils me racontent les horreurs insoutenables commises par les Simba en province Orientale. J’en ai la chair de poule. »

Comme tous les rebelles, les Simbas ont obéi à la vraie nature des rébellions africaines, celle des pillards et tortionnaires. En témoigne cet article signé par l’agence Belga et Colette Braeckman en 20062 : « Images et récits de l’époque évoquent des maquisards aux pieds nus, dépenaillés, des Simbas féroces, couverts d’amulettes, qui prenaient les Européens en otages, les tuaient et parfois les mangeaient. Cependant, lors qu’après la reprise de Stanleyville par l’ANC, les Simbas et leurs chefs fuient vers le nord et traversent la frontière soudanaise, (…) Ils se replient en bon ordre et dans leurs camions, emportent un lourd trésor de guerre, un butin composé de lingots d’or et d’argent, des caissettes de diamants, des sacs de cassitérite et autres métaux précieux, des devises, dont des francs belges. Ils amènent aussi des défenses d’éléphant, des peaux de léopard, des véhicules et des armes qui leur ont été données par les Chinois. L’or a été saisi dans les banques locales, mais surtout dans les sièges d’exploitation des mines d’or de Watsa et de Kilo Moto. Lorsque l’armée vaincue, dirigée par son chef, le général Nicolas Olenga, arrive à Juba, la capitale du Sud-Soudan, elle est accueillie par le commandant soudanais de la place, le général Bechir, un officier promis à un brillant avenir puisqu’il est aujourd’hui président du Soudan. »

Des écrits décrivant la cruauté des rebelles Simbas et l’horreur du drame vécu par les populations dans le Haut-Uélé foisonnent. L’on peut citer les passages des Monographies du MRAC« (…) Après Paulis, Watsa et Buta tombèrent déjà dans leurs mains le 19 août 1964. Ils installèrent partout des « tribunaux du peuple » qui jugèrent et exécutèrent plusieurs personnes. Les Simba entrèrent à Paulis le mercredi 19 août à 14 h à bord de quatre camions. À Paulis, le gouverneur de la province des Uélé, Paul Mambaya, son secrétaire provincial, Joseph Tabalo, ainsi que les membres du Radeco, le parti du Premier ministre Cyrille Adoula, les fonctionnaires, les enseignants, les magistrats et les prisonniers militaires furent exécutés en nombre. Certains furent forcés de boire de l’essence, après quoi les rebelles les éventraient et les brûlaient. On estime à quelque quatre mille le nombre de victimes enregistrées à Paulis. »

Dans une brochure intitulée « La Rébellion au Congo » éditée par le gouvernement Tshombe, on peut lire le témoignage suivant sur les brutalités commises par les Simba à Paulis» : « »Le jeudi 20 août […] sur la grand-place, le lieutenant Mathias Déo Yuma avait fait placer un micro et s’adressait à la foule… Sur la terrasse du bureau territorial se trouvaient des prisonniers congolais. Ils furent conduits au milieu de la place. Les Simba les couchèrent par terre. Sur un signe de Déo, des rebelles se précipitèrent sur les malheureux et les tuèrent. Quelques-uns étaient armés de bâtons, d’autres de machettes, les derniers d’armes à feu. Les cadavres étaient emmenés par des infirmiers, en blouse blanche, qui les chargeaient sur des civières et les jetaient dans le corbillard qui stationnait non loin de là. »

Pierre Wauters, l’auteur d’un récit de vie au Congo, parle aussi de ces tragiques événements à Paulis» : « Aux premiers temps de leur conquête, les rebelles se chanvraient à mort avant de combattre les troupes de l’ANC, puis ils montaient à l’assaut en chantant » : “Maï Mulele, Mulele maï, masasi maï”. (…) L’euphorie des premiers jours ne dura guère et bientôt les rebelles montrèrent leur vrai visage. Comme leurs frères de Stan, ils commencèrent par éliminer l’intelligentsia. À Paulis, cela se passait au rond-point, en face de la gare Vicicongo, et la population, tant noire que blanche, y était “conviée”. Le “commandant Tiré”, un des chefs rebelles, âgé de 16 ans tout au plus, dirigeait les opérations et n’hésitait pas à payer de sa personne en exécutant lui-même certains condamnés, d’où son surnom. Suivant son humeur, ceux-ci étaient allongés face contre terre ou sur le dos. Dans le premier des cas, ils étaient exécutés d’une balle dans la nuque, dans le second cas, ils étaient écrasés par les énormes camions Marmons de la Vicicongo, réquisitionnés pour la circonstance. Pour couvrir les hurlements des condamnés et l’horrible bruit des chairs écrasées, la fanfare de la police était obligée de jouer sans arrêt des airs martiaux, comme pour donner un air de fête à la “cérémonie”. (…) Des centaines, sinon des milliers de Congolais dont le seul tort était d’avoir été à l’école, périrent en quelques mois, victimes de ces fous sanguinaires. »

L’on peut douter de la bonne foi des auteurs de tous ces récits, lorsqu’on est dans la théorie du complot. Il y a lieu de lire un remarquable mémoire de fin de cycle de licence de Ch. Muabila-Tshi Bola, La rébellion à Kisangani, défendu pour l’obtention du titre de licencié en Sciences politiques et administratives en 1971 à l’Université Libre du Congo (Kisangani). Aucun témoignage ne rapporte de quelconques charges ni preuves de comportements inappropriés, en dehors de faits de guerre inhérents à une telle opération, des troupes aéroportées belges à l’égard des rebelles ou de la population boyomaise. Au contraire « Pas de comportements de justiciers ou de vengeurs » relate Patrick Nothomb. ( « Dans Stanleyville » p. 312 et suivantes). Une fois les otages libérés et rassemblés l’intervention des troupes belges s’est poursuivie à Paulis dans des conditions rendues plus difficiles du fait de rebelles prévenus de ce qui se passait à Stanleyville. C’est le commandement de l’ANC qui a ensuite repris le nettoyage de la ville, avec l’aide de mercenaires. Cette polémique est malencontreuse pour ne pas dire distractive et inutile.

Lorsqu’il s’est agi du conflit inter ethnique de l’Ituri qui a fait au bas mot 50.000 victimes civiles, la France est intervenue à travers « l’Opération ARTEMIS  » pour sauver des vies humaines. Elle a été applaudie au point que certains congolais exigent aujourd’hui une intervention militaire de même nature capable d’arrêter les massacres de Beni. Si elle peut venir de la Belgique, elle renforcerait davantage les liens historiques entre nos deux pays. Depuis des lustres, Belges et Congolais se complaisent dans des polémiques stériles qui ne profitent guère aux deux peuples alors que, de part et d’autre, il existe des attentes plus importantes et urgentes qui consolideraient ces liens historiques et redynamiseraient le présent et l’avenir de deux peuples. Dans le respect de la souveraineté des États.

Pourquoi ne pas prendre en exemple le souhait des autorités belge et congolaise exprimé à l’occasion du 60ème anniversaire de l’indépendance du Congo ? Le Roi Philippe a ouvertement marqué une position courageuse dans son adresse au Président Félix-Antoine Tshisekedi : « Notre histoire est faite de réalisations communes mais a aussi connu des épisodes douloureux. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés. Je continuerai à combattre toutes les formes de racisme. J’encourage la réflexion qui est entamée par notre parlement afin que notre mémoire soit définitivement pacifiée. »

Dans sa réponse, le Chef de l’État Congolais, mettant l’accent sur la poursuite de relations harmonieuses continuées, nées de la relation forte qui s’est construite pendant l’histoire commune s’exprime en ces termes : « J’estime nécessaire que notre histoire commune avec la Belgique et son peuple soit racontée à nos enfants en République démocratique du Congo ainsi qu’en Belgique sur la base d’un travail scientifique réalisé par les historiens des deux pays. Mais le plus important pour l’avenir, c’est de bâtir des relations harmonieuses avec la Belgique parce qu’au-delà des stigmates de l’histoire, les deux peuples ont su construire une relation forte que j’ai pu vivre personnellement lors de mon exil en Belgique, mon autre Congo ». Cette relation forte, de nombreux belges et congolais la vivent et l’expérimentent encore et davantage.

Nicaise Kibel’Bel Oka

1Albert Kisonga Mazakala, 45 ans d’histoire congolaise. L’expérience d’un Lumumbiste, L’Harmattan, Paris

2. Sur la piste du fabuleux trésor des Simbas – Le Soir https://www.lesoir.be/art/sur-la-piste-du-fabuleux-tresor-des-simba…

Les Coulisses

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *