Aux avant-postes de l’infiltration: les femmes ADF/MTM combattantes jihadistes.

Aux avant-postes de l’infiltration: les femmes ADF/MTM combattantes jihadistes.

Au terme de leur accrochage avec une colonne des jihadistes MTM à Kainama le 22 octobre 2020, la 313ème compagnie Voltigeur FARDC a fait une belle prise. Parmi les combattants jihadistes faits prisonniers il y avait Mme Safi Adidja. En plus d’être l’une des épouses de l’émir Moussa Seka Baluku, actuel commandant des terroristes ADF/MTM, Safi Adidja est une combattante formée qui manie professionnellement la kalachnikov et, d’après des sources, travaillerait dans le service de recrutement du mouvement jihadiste. Qu’elle soit une combattante aguerrie est en tout cas attesté par le fait qu’elle ait été capturée au front, arme à la main. Blessée aux fesses, elle est internée à l’hôpital militaire à Beni.

Si Safi Adidja est une importante prise pour les FARDC, elle est loin d’être une exception. Des raids successifs des FARDC sur les positions des MTM permettent de constater que ces jihadistes utilisent les femmes pour divers services. Ainsi, avant Safi Adidja, il y a eu Sarah l’Ougandaise (photo ci-haut), Sarah la Congolaise, une Rwandaise infirmière qui soignait les blessés au front avant d’être capturée à Kokola, et tant d’autres. Le rôle des femmes au front aux côtés d’autres combattants mâles s’avère déterminant. Notre Rédaction s’est intéressée au rôle que les femmes jouent dans le maquis des combattants ADF/MM.

Pour bon nombre de témoignages, il n’y a pas de grande différence dans le maquis ADF/MTM entre une femme combattante et un combattant. Elles s’entraînent au maniement des armes comme les hommes. Lorsqu’elles sont dans leur campement, elles jouent le rôle d’éducatrice des recrues et/ou des kidnappées à qui elles apprennent le rudiment du Coran et surtout l’abécédaire de la soumission de la femme musulmane tel que le veut l’islam. Formées comme combattantes, elles accompagnent les hommes au front comme brancardières de combat et/ou porteuses de butin.

Les femmes sont indispensables aux opérations ADF/MTM pour une autre raison. Parmi les tâches que les jihadistes doivent accomplir pour faire tourner la vie au maquis, il y en a qui ne peuvent être accomplies que par les femmes pour ne pas attirer d’inutiles attentions. C’est ainsi que c’est aux femmes souvent qu’on attribue les missions de ravitaillement surtout les achats des nourritures et autres biens de première nécessité de deux côtés de la frontière.

La guérilla urbaine que les ADF/MTM livrent aux FARDC exige d’eux un esprit constamment innovant pour imaginer les techniques de camouflage les plus osées. Ici aussi les femmes servent de pièce maîtresse irremplaçable : elles permettent une meilleure infiltration des combattants jihadistes dans les agglomérations urbaines. Il n’y a rien de tel pour attirer la curiosité des services de renseignement qu’une maison abritant un groupe de jeunes hommes. Les islamistes le savent. Lorsqu’ils envoient leurs combattants se mêler dans la population à Beni ou à Butembo, ils les font donc accompagner par des combattantes et l’apparence de couples normaux leur sert de couverture imparable. C’est ce que les FARDC ont découvert en menant l’assaut sur la maison de Fiston Muhewa dans le quartier Ntoni à Beni en 2015. Lorsque Fiston a achevé la construction de cette maison, il y a aménagé avec sa concubine Françoise Bosekota. Mais ce n’était qu’une ruse destinée à normaliser une opération d’infiltration savamment montée. Car la maison appartenait, en réalité, aux ADF dont Fiston était un combattant. Il a donc vite congédié sa concubine et l’a fait remplacer par une combattante ADF à laquelle se sont successivement ajoutées d’autres combattantes, très souvent accompagnées des enfants. Dans nos quartiers, il est courant de voir de jeunes couples accueillir les sœurs du mari ou de la femme avec leurs enfants venus des villages pour se faire soigner en ville. C’est à ce genre de cas que les voisins de Fiston Muhewa ont dû croire avoir à faire. Si Françoise Bosekota, fille de militaire, n’avait pas communiqué aux FARDC son étonnement de voir son ex-concubin la remplacer par des femmes aux allures bizarres, l’histoire en serait restée là. Grâce au tuyau de Françoise Bosekota, l’assaut des FARDC a permis de mettre la main sur six combattantes, dont cinq Congolaises et une Burundaise et quantité de pièces servant à la fabrication de bombes artisanales ainsi que des pièces de mortier. Les renseignements tirés de ce raid ont surtout permis de savoir que la maison de Fiston servait en réalité de « gîte » qui, en plus des combattants, hébergeait les femmes et enfants des jihadistes pendant leur séjour à Beni où ils venaient se faire soigner quand les camps des jihadistes étaient à court de médicaments comme c’était souvent le cas à la suite des attaques des FARDC. Lors des audiences de la Cour militaire opérationnelle à Beni, l’opinion a appris beaucoup de vérités notamment sur les bombes déterrées au quartier Butanuka/Beni dans une parcelle où vivaient femmes et enfants venus pour des soins « médicaux ».

Le domaine dans lequel les femmes rendent un service particulièrement appréciable aux ADF/MTM est celui du renseignement et de l’infiltration. Elles se dissimulent dans le métier de vendeuses de friperie (vêtements, chaussures) auprès de camps des FARDC pour glaner des renseignements sur les positions militaires, les effectifs de camps et parfois le nom des officiers, voire les jours des attaques en soudoyant les épouses des militaires réputées ne jamais garder leur bouche fermée. Pareil pour certains militaires qui leur demandent de passer à de date précise parce qu’ils seront payés et leur présentent leurs femmes pour le recouvrement au cas où ils seraient partis frapper l’ennemi. Par exemple, elles peuvent vendre à crédit pour recouvrer le jour de la paie des militaires. Elles font de petits cadeaux des chaussures aux enfants des militaires ou rabattent les prix pour créer la sympathie et revenir assez régulièrement. De la sorte, elles ont des informations sur le déplacement des militaires et même les jours des attaques des positions ennemies. Il n’est pas surprenant qu’on apprenne que le convoi de l’agent payeur des FARDC (souvent 2 ou 3 motos) a été attaqué sur tel axe et que l’ennemi a tout ravi.

Parmi les espionnes qui se seront signalées, mention spéciale doit être faite pour la fameuse « maman Sarah » ou Sarah la Congolaise. Lorsque Mme Sarah Muheha commence son aventure criminelle entre 2007 et 2008, c’est comme agent humanitaire travaillant pour le compte de l’organisation britannique Save The Children. On la voit alors s’activer à sauver la vie des dizaines d’enfants orphelins de guerre en les ramenant de la foret et en aidant à la démobilisation des enfants-soldats. Plus tard elle sera engagée comme « cleaner », nettoyeuse à la MONUSCO. Ce « dévouement » vaut à Sarah d’être fréquemment consultée aussi bien par les agents DDRRR de la MONUC/MONUSCO que par les officiers FARDC. En retour, elle utilise cet accès facile, mais surtout ses charmes, pour infiltrer les Renseignements de l’opération Sukola I dont elle connaît tous les plans d’attaque et toute la capacité logistique qu’elle s’empresse de signaler aux ADF/MTM.

Dans ce rôle-là, elles sont peu visibles à des barrières. Elles profitent de leur condition de femmes pour passer sans être fouillées par respect à la maman congolaise et suivant la culture congolaise.

Selon une source fiable, il y a plus de femmes au niveau du QG de Moussa Baluku qui serait entre Bangu et Lesse sur l’axe Eringeti-Kainama. Ces femmes, tout âge confondu, sont parmi les veuves des chefs tués (comme celles de Richard Mukulu, fils de Jamil Mukulu) et leur nombre peut avoisiner les 500 avec dépendants. Dans les positions avancées, il y a moins de femmes que d’hommes. Comme on peut le constater, homme ou femme, enfant ou jeune, le jihadiste islamiste ne se définit que par sa participation au jihad armé pour l’avènement de l’Oumma où l’on observe la stricte application de la chari’a.

La Rédaction

Les Coulisses

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