Adieu Audigén Tim Munkuto. Nicaise K.Oka se souvient de vous et témoigne.

Adieu Audigén Tim Munkuto. Nicaise K.Oka se souvient de vous et témoigne.

Tim Munkuto. Le baobab est allongé, inerte. Désormais aphone et Inaudible. Quoi dire en ces moments où je lutte entre les larmes et les souvenirs ? Témoigner. Juste dire un mot sur ce grand officier respecté et respectueux qui, du haut des fonctions et dans une humilité incroyable m’a fait confiance et avec qui nous avons partagé l’admiration réciproque. Ce petit témoignage comporte deux parties. L’une où je m’adresse au général d’Armée Tim Munkuto et l’autre où je me tourne vers mes compatriotes. « Mon général, avant d’aller aux États-Unis en mission officielle, vous m’aviez demandé de vous rappeler le dossier de Dan Fahey de l’Université de Californie, ancien coordonnateur du groupe d’experts des Nations-unies sur la RDC. Ce que j’ai fait et j’y reviendrai à la fin de mon article.Vous vouliez emporter avec vous dans vos bagages mon dernier ouvrage sur la balkanisation de la RDC. Malheureusement, il n’était pas prêt. Une fois à Kinshasa début novembre 2020, je vous ai contacté pour vous le déposer. Étant encore aux États-Unis, vous m’avez indiqué la personne auprès de qui déposer. Je suis soulagé que vous l’ayez enfin lu et que vous ayez découvert aussi votre nom parmi les personnes que j’ai remerciées. A votre retour au pays, une vague d’écrits a déferlé contre une prétendue suspension et révocation de vos fonctions. Le 5 janvier 2021, je vous joins pour en avoir le cœur net. Vous m’avez répondu en trois mots : Nicaise, restez professionnel. C’est le dernier message qui sonne comme un rappel, un testament que vous me léguez. Et je vous le promets, mon général, Nicaise restera toujours professionnel. » Le 15 janvier au matin, la triste nouvelle est tombée. L’Auditeur général des FARDC et de la PNC, vient de rendre l’âme en Afrique du Sud. Les larmes aux yeux, j’ai appelé vos plus proches pour la confirmation.

Aux côtés du général Munkuto, j’ai été comme un « eyes private », un détective privé qu’un vrai procureur, un grand flic consulte de temps en temps. Et cela a commencé en janvier 2014. Il voulait avoir mon analyse sur l’assassinat du colonel Mamadou Ndala. Je la lui ai donnée en insistant sur deux points : « Mon général, lorsque ma source au sein de la MONUSCO arrive le premier sur le lieu du crime, la jeep de Mamadou ne brûle pas. Les deux portières sont ouvertes et le chauffeur Ndongala est dehors. Selon toujours ma source et contrairement à ce que le chauffeur a affirmé devant vous, elle n’a jamais transporté le chauffeur dans sa voiture pour l’amener à la MONUSCO. » J’ajoutai : «  A l’analyse de trois temps forts de l’embuscade, le chauffeur Ndongala n’avait pas de raison de s’arrêter à cet endroit et qu’il pouvait continuer pour sauver le colonel Mamadou sauf s’il était dans le coup. » Sur ces entrefaites, le général Munkuto décide de l’arrêter. Il décédera avec son secret. A la fin des audiences du procès Mamadou, le lieutenant-colonel Birotso Nzanzu est condamné. En guise de félicitations pour le travail abattu avec objectivité et professionnalisme, Nicaise remet au général Tim Munkuto un exemplaire du journal Les Coulisses datant de janvier 2004 (soit 10 ans avant le procès) où il est fait allusion aux menaces de mort proférées contre le journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka par le major Birotso Nzanzu à cause de ses liens dévoilés avec les ADF. Vous m’aviez regardé puis dit : « Il fallait me le donner bien avant ! » et je vous ai répondu : « Mon général, estimez-vous heureux d’avoir accompli votre mission. » Dans le procès contre les ADF, j’ai conduit le père Provincial des Assomptionnistes Protais Kabila et ses deux confrères Thierry et David, qui voulaient rencontrer le général Tim Munkuto. Il leur avait tenu ces propos : « Même si l’État a failli dans son rôle de protéger ses concitoyens, nous avons reçu mission de tout mettre en œuvre pour ne fut-ce que retrouver les ossements de vos confrères et vous les remettre afin d’organiser les funérailles. Je ne comprends pas votre attitude. Vous n’acceptez pas notre présence, vous refusez de coopérer avec nous. Or, vous devriez être les plus touchés à double titre (frères dans le Seigneur et frères de sang). » S’adressant à ses deux confrères juristes, il leur dit de payer 10 dollars $ (frais de levée de copie) le lundi instruisit l’auditeur de garnison de mettre à leur disposition tous les PV ayant trait au kidnapping des prêtres afin de les photocopier et d’en faire usage utile. A Beni, fonctionnaire infatigable et exemplaire, lucide dans la conduite des enquêtes (comme l’a pu noter la journaliste Colette Braeckman qui assista à la comparution de Moussa Batran alias Tchadien, licencié en science politique de la Sorbonne et frère de Hissein Habré), vous avez rendu un service incalculable pour la nation. Et ce, malgré le climat délétère faite de médisance, de suspicions et diabolisation. Les conditions atmosphériques difficiles et des attaques régulières des maï-maï n’ont pas eu raison de votre détermination et vous avez donné une leçon de droit et de droiture aux jeunes générations. Grâce à votre sens élevé de l’écoute et votre souci de la personne humaine (Nous jugeons nos semblables), vous avez accepté nos plaidoyers en faveur de certaines personnes dont des journalistes qui devaient subir la rigueur de la loi. Il faudra un livre entier pour parler de notre relation de travail fait d’admiration réciproque, de grand respect que j’avais de vous et de la considération que vous portiez à mon égard. Voilà pourquoi votre message d’avant la mort garde tout son sens de recommandation et d’admiration : « Nicaise, restez professionnel. » Vous partez, mieux que moi, avec tous les secrets de la nébuleuse MTM mais également tout le complot de la communauté internationale sur notre pays dans cette affaire.

2015, Jamil Mukulu, le chef des ADF est arrêté à la frontière entre la Tanzanie et l’Ouganda. Sur lui, on trouve 8 passeports dont celui congolais avec le nom de Patanguli Kalemire. Dans son entourage, on soupçonne deux Congolais d’avoir signalé ses mouvements. Le premier, l’un de ses plus proches collaborateurs issu de la famille Kalemire, est retrouvé mort, déchiqueté et abandonné dans une poubelle à Kampala. Le second contre qui une fatwa silencieuse est lancée s’appelle Moussa Akim Kasereka. Il travaille à la MONUSCO. Le journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka reçoit, dans son bureau à Beni, une délégation de JMAC/MONUSCO qui enquête sur les menaces de mort contre ce compatriote. Nicaise fournit les informations utiles confirmant la fatwa contre lui. Il sera exfiltré vers le Rwanda. Le 27 avril 2015, Dan Fahey écrit depuis la Californie/États-Unis à la MONUSCO une lettre de soutien à l’imam Moussa Amin Kasereka confirmant les menaces jihadistes et soutenant la décision de le protéger contre d’éventuelles vengeances. Dan Fahey est celui-là même qui s’était attaqué avec virulence à la Cour militaire opérationnelle et à la JAMAC/MONUSCO lorsqu’ Adrien Zambali avait fourni les informations sur la relation ADF -Shabaab Somaliens et avait annoncé les massacres à venir. Dans sa lettre en faveur de l’imam Moussa Akim Kasereka, il reconnaissait implicitement ce qu’il avait nié quand il fut coordonnateur du groupe d’experts des Nations-unies sur la RDC. De nombreuses personnes y compris parmi des compatriotes ont douté par ignorance et/ou par mauvaise foi du caractère jihadiste des ADF et des massacres pour des raisons d’agendas cachés ou de complicité. Elles ont, du fond de leur cœur, encouragé les massacres en créant la confusion sur l’identité de l’ennemi et s’en sont réjouis au regard des morts parmi les populations civiles et dans le rang des FARDC et de la FIB. La RDC paie un lourd tribut à cause de cette confusion savamment entretenue.

L’Auditeur général Tim Munkuto dont la mort est une immense perte pour la nation notamment dans le dossier des jihadistes MTM nous laisse orphelins. Je pense particulièrement au général de Brigade Jean-Paulin Ntshaykolo Esosa Masele qui a appris à affronter des défis aux côtés de l’Audigén Munkuto, au lieutenant-colonel Jean-Baptiste Kumbu Ngoma, aux magistrats militaires (lieutenants) Kabandani Hubert et Jean-Paul Amisi, au capitaine Munsola Lukunga Gérard, aux gardes Sangwa (adjudant), Mbala Ndombasi, Mbimbi, Kabemba Athanase (sergents), Kumisa Stallone (1er sergent), à Omar Kavota, Nyonyi Bwanakawa Masumbuko et tant d’autres qui ont été dans cette offensive contre les terroristes ADF/MTM des leviers et lanceurs d’alerte pour notre pays.

Mon général, frère et ami, dans tout ce que vous aviez entrepris de beau et de vrai, pour la nation congolaise, vous restez inoubliable pour nous, pour moi Nicaise. Le Seigneur vous donne le repos éternel dans son royaume.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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