ADF/MTM. Les FARDC entre l’intox et les réalités du front.

ADF/MTM. Les FARDC entre l’intox et les réalités du front.

10ème partie

(Mairie de Beni. Les gén. Marcel. Mbangu et Fall Sikabwe à la fin de leur exposé. Archives les Coulisses.)

Les massacres de Rwangoma, en pleine ville de Beni, ont prouvé que les terroristes ADF s’étaient engagés délibérément dans la voie du sang et de la destruction. A travers des actions planifiées, calculées et systématiques. Avec l’ IGD, leur cellule clandestine de répression dont les membres ne portent ni uniforme ni insigne militaire, les ADF/MTM ont montré que le terroriste ne commet d’action ni au hasard ni sans raison. Mais qui l’eut cru ? Tous, nous sommes tombés dans leur piège. Car, dans leur communication, chaque terroriste souhaite qu’un maximum de publicité soit accordé à la moindre de ses actions. Car, l’objectif poursuivi est clair : « Effrayer pour dominer et contrôler. Impressionner grâce à la publicité que l’horreur génère. » Avec des images des corps ligotés et fracassés, les islamistes ADF ont réussi à choquer les gens. Choquer les gens, c’est leur manière de communiquer avec le monde à travers les actions violentes.

Leur communication n’a pas tardé à produire les effets escomptés. Au niveau de la communauté du Grand Nord, le site Beni-Lubero.Online a majoré le nombre des tués, des centaines qui seraient jetés dans la rivière Semuliki par les FARDC. Les ADF avaient besoin d’un support pour distraire la communauté et surtout ne pas accorder de crédit à cette découverte capitale (les tunnels souterrains) qui devait changer le visage de la guerre et faire taire les incrédules sur la nature du jihad. Voilà pourquoi la déclaration de Mbusa Nyamwisi le 24 octobre 2014 sur Rfi est un point de départ de la confusion sur l’identité de l’ennemi et le restera tant qu’il ne la démentira pas ou gardera un silence coupable. Tous les spécialistes de la communication de la guerre s’accordent à reconnaître que la propagande par l’action sert de manière délibérée à diffuser les messages des terroristes en direction d’un large public (Cfr la communication de masse). Et en analysant cette communication, le vrai problème se pose en deux : par la façon dont la déclaration affecte réellement l’opinion publique et pèse sur l’armée en servant l’intérêt des islamistes ADF. Tous ceux qui ont fait des déclarations propagandistes contre les FARDC ont été créateurs de la « publicité qui est l’oxygène des terroristes » pour reprendre l’expression de Margaret Thatcher, en rendant trop facile le travail des ADF. Voilà pourquoi, à tort ou à raison, le ministre Lambert Mende qui comprenait l’importance des enjeux avait suspendu la plupart de radios de Beni. Les ADF avaient obtenu un soutien inespéré de la part de milices locales et de certains jeunes de Beni dont les actions consistaient à créer l’insécurité chaque fois qu’une autorité gouvernementale visitait le milieu. On constata que chaque visite du gouverneur Julien Paluku Kahongya à Beni devait coïncider avec des tueries, de même que celle du chef de l’État Joseph Kabila. Le deuxième effet fut observé du côté de l’État-major FARDC. Dépassé par les événements, l’État-major décida de scinder le secteur opérationnel en deux, confia le sud (Mbau-Kanyabayonga) avec point focal Mayangose au général Fall Sikakbwe, commandant 34ème Région militaire. Le général Marcel Mbangu va s’occuper du front Nord. La propagande en faveur des islamistes par certains notables du Grand Nord (ils continuent d’ailleurs dans cet entêtement) va aussi toucher le moral des hommes de troupe (dont la plupart viennent des provinces autres que le Kivu) qui ne comprennent pas pourquoi les milices locales s’en prennent à eux et se demandent pourquoi ils meurent pour une cause qui leur échapperait. La sortie du livre du journaliste d’investigation Nicaise Kibel’Bel Oka au titre révélateur « L’avènement du jihad en RDC. Un terrorisme islamiste des ADF mal connu » qui donne des détails sur le mode opératoire des islamistes ADF avec leurs collaborateurs va contribuer à lever un pan de l’ombre. Et ce, malgré l’embargo et la diabolisation dont il fera l’objet de la part des notables du milieu. Malgré le boycott de la société civile, le livre est porté sur les fonts baptismaux en présence des commandants de la 3ème ZDéf ( les généraux Léon Mushale, Étienne Kasereka), des commandant ville FARDC et Police nationale et de la Cour militaire opérationnelle. Le chef de Bureau de la MONUSCO, Warner va s’excuser mais achètera 3 exemplaires avant la cérémonie. Le livre va permettre à la justice militaire d’allonger la liste des personnes à arrêter notamment certains collaborateurs des ADF dans la population (Goma, Butembo, Beni, Oïcha, Eringeti, Kisangani…) et d’expérimenter la taqiyya, lors du procès. L’Auditeur général des FARDC, Tim Munkuto qui a compris les vrais rouages de la guerre asymétrique organise un débat public au cours duquel les généraux Mbangu et Sikabwe viennent expliquer à la population les dessous de carte des islamistes ADF et les réalités du front. Dans une salle de la mairie de Beni pleine à craquer, images projetées, noms des chefs jihadistes ADF vivants et tués et explication à l’appui ne dissuadent pas le public. On leur a dit que ce sont des Rwandais et Mundos qui tuent. L’intoxication et l’endoctrinement avaient déjà conquis le cœur d’une grande couche de la population qui avait avalé le discours haineux sur les FARDC et tous ceux qui présentaient les ADF comme des terroristes et massacreurs de la population. On revient aux principes de la petite guerre  tels que énoncés par Mao Zedong : « L’insurgé est dans la population comme le poisson dans l’eau. » Sans le dissocier de la population pour qu’elle soutienne les forces loyalistes, cette guerre durera le temps qu’il faudra et on continuera de compter les morts, loin des regards de la communauté internationale qui se moque de nos turpitudes. Le jihad armé, nié par ceux qui croient tirer profit du sang des innocents, s’étendra lentement mais sûrement sur toute la région du Kivu pour élargir l’Oumma, la Communauté des Croyants, contre la jahiliyya, le monde d’impiété et d’ignorance.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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