Après RDC et Mozambique, la Tanzanie rejoint la Province Afrique centrale de l’E.I.

Après RDC et Mozambique, la Tanzanie rejoint la Province Afrique centrale de l’E.I.

Les jihadistes de l’État islamique viennent d’intégrer officiellement la Tanzanie dans l’IS-CAP comme le démontre cette carte et ont concrétisé leur acte par la première attaque à la frontière en terre tanzanienne entre le Mozambique et la Tanzanie. Depuis le 1er octobre 2020, la Tanzanie fait désormais partie de trois pays qui composent la Province Afrique centrale de l’État islamique (IS-CAP). Elle rejoint la RDC et le Mozambique. En clair et à dire simple, désormais trois pays abritent les bases de l’État islamique en Afrique centrale. Il s’agit de la RDC avec les MTM (ADF) comme épicentre le territoire de Beni, le Mozambique avec Al- Sunnah comme épicentre la province Cabo Delgrado et la Tanzanie. Tous les trois pays dépendent du centre de commandement en Somalie. Pour des nombreux observateurs, la décision a tardé à se concrétiser. La Tanzanie dont est issu le mouvement rigoriste Tabliq, ancêtre des ADF, ne pouvait pas rester longtemps loin de cette influence jihadiste. Outre qu’elle partage la frontière sud avec le district de Cabo Delgado.

Le 4 juin 2019, l’État islamique avait déjà revendiqué pour la première fois une opération armée au Mozambique, sous le label de sa nouvelle province Afrique centrale. Cette revendication a été l’occasion d’affirmer la connexion avec la RDC. Le groupe islamiste Ahlu -Sunnah wa Jamma qui opère dans la province de Cabo Delgado au nord du Mozambique rejoignait les ADF/MTM qui assiègent depuis de décennies le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu. Il devenait la deuxième filiale de la Province Afrique centrale de l’État islamique. Aujourd’hui, il n’y a plus aucun doute sur l’existence d’une connexion des ADF/MTM avec ce groupe qui en assure la propagande. De même qu’il est établi depuis près de 4 ans des liens physiques entre le groupe Al-Sunnah au Mozambique et les ADF/MTM en République démocratique du Congo. Pour ceux qui suivent avec intérêt l’évolution des groupes armés dans la chefferie de Bashu, majoritairement musulmane, ils savent que des jeunes en provenance des pays voisins venaient suivre des enseignements du Coran dans le Graben et repartaient dans leurs pays sans passer par Madina. Ils adhéraient à la recommandation d’Oussama Ben Laden lors de son séjour au Soudan, celle d’aller créer des bases dans les pays de la région.

Province de l’Afrique centrale de l’État islamique

Dans sa vision d’étendre l’Oumma des Croyants, l’État islamique en Syrie et Irak a visé les pays de l’Afrique de l’est pour créer une Province qu’il a baptisée  « IS-CAP », abréviation en anglais de Islamic State Central Africa Province . L’Irakien Abou Bakr Al-Baghdadi, Chef de l’organisation tué en Syrie, avait financé différents groupes au Sahel et en Afrique de l’ouest pour qu’ils soient sous la même bannière du Prophète et qu’ils créent des provinces « WILAYA ». Des envoyés spéciaux ont sillonné la région pour tester le degré de l’application du Coran et de la Sunna par différents groupes qui se réclament de l’islam radical. Dans la région de Butembo-Beni, le cordonnier Djibril Muhindo Mukanda Amir, chef de l’ONG pakistanaise « Jammah Tabligh », était chargé d’accueillir des hôtes en provenance de la Somalie, de la Tanzanie et de l’Inde qu’il conduisait à Madina pour constater la stricte application de la chari’a. Ce qui permit aux ADF devenus M.D.I. de se radicaliser et de radicaliser davantage leurs méthodes dans tous les bastions qu’ils dirigeaient. Fin 2017, les ADF furent conseillés de prendre une dénomination qui se base sur les enseignements du Coran. Ainsi donc, de la Muslim Defence international (MDI), ils prirent la dénomination de Madina at Tauwheed wal Muhahedeen (MTM). Cette dénomination « MTM » se fonde sur le premier de cinq piliers de l’islam, l’unicité de Dieu : «  Il n’y a de Dieu qu’Allah et Muhammad est son Prophète ». Avec l’admission du Ruwenzori comme espace faisant partie de la Province Afrique Centrale de l’E.I., les ADF/MTM pouvaient déjà bénéficier du soutien de l’E.I. Le 31 octobre 2019, le nouveau porte-parole de l’EI avait mentionné l’« Afrique centrale » parmi les nouveaux territoires du jihad dans son premier enregistrement audio. Dressant le bilan d’une année d’opérations, l’hebdomadaire en ligne Al-Naba, l’organe de propagande de l’EI, revendiquait 118 opérations au Mozambique, en Tanzanie et en RDC. Le 22 juin 2020, l’ Etat islamique a revendiqué l’attaque de Makisabo/Beni contre le contingent indonésien/MONUSCO en ces termes : « Grâce à Dieu, des soldats du Califat ont pris pour cible les membres des Forces des Croisés de l’ONU sur la route menant de Beni à Kasindi hier ».Qu’on arrête de les traiter de « présumés » rebelles ougandais. Ils sont les fous d’Allah envers qui ils ont juré allégeance.

Ahlu Sunnah wa Jamma au Mozambique

Ce groupe mieux connu par l’abréviation Al-Sunnah est, au départ, inspiré par Aboud Rogo Mohammed, un religieux Kenyan radical, lié aux attentats de Nairobi et Dar es-Salam en 1998. Suspecté d’être un financier des Shebaab somaliens, il fut abattu au Kenya en 2012. Les premiers membres d’Ahlu Sunnah wa Jamma ont poursuivi son œuvre à Kibiti, au sud de la Tanzanie, avant de s’installer au Mozambique. Ahlu Sunnah wa Jamma signifie littéralement « ceux qui adhèrent à la tradition du Prophète ». Ceux qui appliquent les enseignements du prophète Muhammad depuis qu’il était à Médina sont ses disciples, mieux des Moujahideen. Ses membres portent des pantalons noirs, un turban d’une longue djellaba, rasent leur tête et laissent pousser la barbe. Les deux groupes se retrouvent de par leurs appellations et leurs objectifs sous la bannière du Prophète et peuvent désormais conjuguer pour le même objectif qui est l’installation de l’État islamique dans cette Province de l’Afrique centrale qui devra appliquer le Coran et les Sunna. Ils adoptent les faits et gestes du Prophètes lorsqu’il avait fui à Médine. Les attaques du groupe sont signalées dès 2013 mais celle de grande envergure a lieu en octobre 2017. Il attaque le port de Mocimboa da Praia, des postes de police pour se ravitailler en armes et munitions avant de se retirer. Des fusils d’assaut et des documents en arabes sont découverts sur les membres tués. Par la suite, le groupe attaque les villages, forçant les habitants à partir, entre dans les mosquées pour prêcher un discours radical. Comme pour les ADF/MTM, le groupe crée lui-même ses propres mosquées et des madrassa. Le groupe change de tactique et frappe des cibles civiles dans le sud du Cabo Delgado. Se servant du parc des Quirimbas comme refuge (tout comme les ADF/MTM occupent le parc national des Virunga Nord), il attaque désormais les villages entre les localités de Palma et Pemba. En mai-juin 2018, al-Sunnah lance des raids sur les villages, tue et décapite parfois les habitants, incendie les maisons et brûle des véhicules. Les attaques sont commises par de petits groupes d’ hommes et femmes armés de machettes et de fusils d’assaut rançonnant par la même occasion des habitants. Ils pillent des boutiques, volent le bétail et s’emparent des produits pharmaceutiques avant de disparaître. Lorsqu’on compare le mode opératoire de ces deux groupes qui ont fait allégeance à l’État islamique, on est frappé par de nombreuses ressemblances.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Les Coulisses

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